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Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 11:00

 

  Dans la vie, on est amené à rencontrer beaucoup de gens. Des gens qu'on aime, qu'on déteste, qu'on admire ou qu'on méprise. Des gens qui nous inspirent, qui nous influencent, et d'autres qui nous laissent indifférents. Des liens se tissent, et l'amour naît, au sens le plus large du terme. Quelles que soient les raisons pour lesquelles l'affection se développe, chaque relation est différente, empreinte des particularités des personnes concernées. Ces relations sont si nombreuses et si diverses qu'on se noie parfois dans la masse d'informations, sachant de façon plus ou moins opaque que certaines sont plus importantes que d'autres.

 

  Contrairement aux gens qui ont peur de perdre une partie de leur personnalité en s'investissant trop dans une relation, surtout quand il s'agit d'une relation amoureuse, j'aime beaucoup nouer de nouvelles relations, superficielles ou non, qui durent longtemps ou non. Pour moi, rencontre rime avec échange et non avec perte et renoncement.

 

  Mais comme l'expliquait un bouquin passionnant qui fait des parallèles entre Sherlock Holmes et Freud que je lisais l'autre jour (et que je n'ai pas eu le temps de finir avant de devoir le rendre - mais je retournerai l'emprunter), il y a des rencontres différentes, qui sont porteuses de sens pour nous, et qui transforment durablement notre vie.

 

  En m'interrogeant sur leurs caractéristiques, j'ai du mal à trouver mes mots. Mais il y a effectivement des gens qui vous changent.

  On ne devient pas une autre personne, non. Mais il y a des relations qui nous font piétiner, et d'autres qui nous servent de moteur. Il y a des relations qui nous bloquent dans des vieux schémas confortables, ou pire, qui nous font régresser, et puis il y a celles qui nous remuent et qui nous donnent envie de nous dépasser.

  Je crois qu'une rencontre amoureuse réussie doit forcément être de ce genre, que la relation ne peut pas être viable sur le long terme si elle n'aide pas ses protagonistes à se tourner vers le futur, qu'il s'agisse de leur futur commun ou non. Je crois que tout l'intérêt d'une relation amoureuse, au-delà de permettre de construire quelque chose de plus grand que soi, c'est de nous motiver à nous dépasser, de nous donner envie de devenir meilleurs.

 

  A tous ces frileux de l'engagement, j'ai envie de dire qu'ils loupent quelque chose, parce que je trouve ça génial qu'une rencontre puisse nous aider à aller de l'avant et à nous améliorer, pour le bien de l'autre, et plus uniquement pour le nôtre.

  Et même si on perd cette personne, on est forcément gagnant au bout du compte, parce qu'elle nous aura aidé à nous mettre sur des rails, parce qu'on n'aura pas perdu notre temps en la fréquentant. Parce que la connaître, l'aimer, faire des efforts pour cette personne, ça nous enrichira forcément.

 

  Il y a des relations dont on sort grandi, et j'aime ça.

Par Reika - Publié dans : L'amour, les relations, et tout ce bordel
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 18:22

 

  Tiens, c'est amusant, j'étais en train de lire quand je suis tombée sur une tentative de description de ce genre de baisers dont je vous parlais ce matin. J'aime bien la formulation, alors je vais partager avec vous :

 

  "Il pose ses lèvres sur les miennes. Je ferme les yeux. Quelque chose de plus fort que tout me submerge. Je suis un château de cartes qui s'effondre au ralenti".

 

  (Demain j'arrête !, de Gilles Legardinier)

Par Reika - Publié dans : Lectures
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 11:00

 

  Quand j'étais petite, j'étais fascinée par les acteurs de cinéma qui s'embrassaient à l'écran avec une intensité à vous faire dresser les poils des bras. Un peu comme Leo et Kate à l'avant du Titanic, vous voyez ? Ça avait l'air d'être un truc complètement magique, une expérience hors du commun.

  Alors forcément, j'avais hâte de voir comment c'était.

  Et puis un jour a eu lieu mon premier baiser, et autant vous le dire : c'était tout pourri. Point de violons qui entament leur sérénade, point de ralenti et de flouté tout autour. Et pour la sensation d'être seuls au monde, on repassera : tous mes copains de classe nous observaient. Peut-être même qu'ils applaudissaient, mais j'étais trop concentrée sur mon équilibre précaire pour m'en rendre compte.

  Donc oui, mon premier baiser, c'était ça : la langue qui bave, le mec qui se penche trop en avant, et mon corps qui risque de se casser la figure à n'importe quel moment. J'ai eu l'impression que ça durait une éternité.

 

  Des années plus tard, je me suis enfin risquée à remettre le couvert, craignant que ce soit toujours aussi désagréable. Sans vivre le feu d'artifices tant attendu, je dois avouer que j'ai connu un net mieux.

  Après, il y a des façons d'embrasser qui nous conviennent, et d'autres pas. Certains aiment les baisers passionnés avec les langues qui se font des passes de salive, d'autre préfèrent les baisers discrets du bout des lèvres. Certains mordillent les lèvres, d'autres les lèchent du bout de la langue, et d'autre aiment conclure une galoche à la française par un baiser plus chaste, qui a l'avantage de réguler les problèmes de salive.

 

  Et puis plus le temps passait, plus je me disais que c'était sympa sans plus.

 

  Jusqu'au jour où, alors que je ne m'y attendais pas, on m'a embrassée sur le quai d'une gare. Tout doucement d'abord.

 

  Et là, j'ai entendu les violons, le temps s'est arrêté, j'ai senti mon coeur tambouriner contre ma poitrine, et tout ce qui m'entourait a cessé d'exister,  jusqu'à ce que nos lèvres se séparent.

 

  C'est d'ailleurs seulement au moment où j'ai senti ses lèvres se poser sur les miennes que j'ai enfin compris à quel point j'en avais eu envie, et ça a complètement court-circuité mon cerveau. Tout ce que j'arrivais encore à penser, c'est "encore !". Timide au début, notre baiser a gagné en intensité. Tellement que ça a fait quelque chose à mon ventre.

Évidemment, plus les baisers se répètent, et plus l'effet s'estompe, mais même si un baiser de cette trempe, ça n'arrive qu'une fois sur mille, ça vaut quand même le coup d'essayer le plus souvent possible.

 

  Et maintenant, mon billet a l'air d'une déclaration d'amour. Et peut-être que ça finit effectivement par en être une, mais après tout, ça n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est que j'avais vraiment envie de partager cette expérience.

Par Reika - Publié dans : L'amour, les relations, et tout ce bordel
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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 11:00

 

  Séquence ciné !

 

  Un jour, Madonna a décidé de faire un film. Et tout le monde s'est mis à craindre une ignoble bouse.

  Si ce n'est pas le film de l'année, j'ai tout de même été curieuse d'aller voir ce fameux W.E. , non pas parce qu'il a été réalisé par Madonna (qui aurait pu faire nettement pire, qu'on se le dise), mais parce que le sujet en lui-même m'intéressait.

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/32/49/20017241.jpg

 

 

  Le scénario se compose d'un chassé-croisé entre deux histoires : la vraie, celle de l'histoire d'amour entre Wallis Simpson et le roi Edouard VIII, et la fiction, celle d'une femme minée par un mariage malheureux, et qui porte le même prénom que l'américaine la plus détestée de toute l'histoire du Royaume-Uni. Le film se concentre sur les deux femmes et instaure un dialogue entre elles.

  La première a vécu une histoire d'amour incroyable, qui paraît trop belle pour être vraie, et pourtant, elle a réellement existé. Un roi a réellement abdiqué pour pouvoir épouser la femme qu'il aimait, avant de devoir s'exiler avec elle. Sur le papier, c'est très beau.

  Mais voilà, la deuxième, elle, a envie de connaître la véritable histoire derrière le conte de fée, et hante les enchères des objets du couple mythique chez Sotheby's, quand elle n'est pas occupée à se faire tromper ou battre par son psy de mari.

 

  Je n'ai pas osé regarder ce qu'en a dit la presse avant de vous écrire mon point de vue : je ne veux pas qu'il soit biaisé par des gens qui mourraient peut-être d'envie de pouvoir descendre le travail de Madonna, qui a visiblement beaucoup tenu à faire son film, et qui aimait sincèrement son sujet. On peut trouver des défauts au film, certes, mais on ne peut pas dire qu'on n'y voit pas l'amour que Madonna lui porte.

 

  Je me suis trouvée profondément inspirée par une chose qui est dite de manière très directe par la Wally de notre époque (est-elle la porte-parole de Madonna en cela ?) : elle veut pouvoir raconter l'histoire du point de vue de Wallis, de celle qui a été rejetée par tous et qui n'a jamais eu voix au chapitre. Elle veut redonner sa voix à celle à qui on n'a jamais donné la possibilité de s'exprimer.

  Moi qui réclamait dans mon dernier article que l'on fasse une place à l'avis des méchants, j'ai été servie. Wallis, pour les Anglais de l'époque, était un peu la Camilla des Anglais d'il y a quelques années. Et on a déversé des kilos d'encre et d'oxygène pour le récit de tout ce que le roi avait laissé tomber par amour pour elle : son trône, sa famille, et même son pays, puisqu'il avait été condamné à l'exil. Le film de Madonna proteste contre ce fait, et réclame qu'on se demande, cette fois-ci, ce à quoi Wallis, elle, avait dû renoncer pour être avec lui.

  Forcément, j'ai bondi sur mon siège. Effectivement, dès qu'on accuse quelqu'un d'avoir mal agi, on arrête de s'interroger sur ses sentiments. Et si l'on se demande ce qui l'a poussé à agir, on parle froidement en termes de mobile, comme si quelqu'un qui commet quelque chose de répréhensible l'a fait mécaniquement, parce qu'il est fondamentalement mauvais. Mais les personnages comme Sauron n'existent pas en si grand nombre dans la vie réelle. Non, dans la réalité, il y a tout un tas de gens qui ont parfois tort, qui font parfois du mal autour d'eux, qui sèment la souffrance sur leur chemin, et qui, pourtant, croyaient bien faire, et avaient eux aussi des sentiments humains.

 

  Ce qui rend cette revendication encore plus intéressante, cependant, est de comparer ce film au très récompensé Discours d'un roi.

 

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  Celui-là racontait une histoire très proche : celle du frère bègue du roi Edouard VIII, qui lui a succédé sur le trône pour devenir George VI, papounet de cette brave Elizabeth.

  Il y a un décalage assez frappant sur la manière dont les diverses personnalités sont présentées dans ces deux films. Colin Firth délivrait un homme complexé et sous-estimé par ses proches, à l'exception de sa femme. Son frère et Wallis étaient présentés comme des personnages vulgaires, futiles, nazis (mais ça, tout le monde en parle), et même parfois méchants.

  Dans le film de Madonna, c'est l'inverse. Tout d'un coup, la situation se renverse, et ce sont Wallis et son prince charmant qui sont mal traités, qui souffrent, et se heurtent à l'incompréhension et à l'étroitesse d'esprit de la famille royale. Si George VI n'est pas aussi franchement critiqué dans ce film que ne l'était Edouard VIII dans l'autre, il reste un personnage faible, effacé, influençable, qui se laisse dicter sa conduite par une horripilante épouse intraitable. Wallis et son homme sont accusés de nazisme alors qu'ils ne cherchaient qu'à éviter la guerre. Le film présente en tout cas l'adhésion au nazisme et l'amitié des deux personnages avec Hitler comme des rumeurs que peu de preuves peuvent étayer.

 

  Comme quoi, tout est vraiment une question de point de vue.

 

 

Crédits : Allociné

Par Reika - Publié dans : Sorties ciné et soirées télé - Communauté : De rêves en passions
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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 11:00

 

  Un jour, je suis allée voir Thor.

 

  Honnêtement, je l'ai trouvé très inégal. Mais à ma grande surprise, j'ai eu un gros coup de coeur pendant ce film, pour le méchant.

  Je vous ai déjà parlé de mon affection pour le personnage de Loki, je ne m'attarderai donc pas trop sur lui (même si j'en meurs d'envie). Mais il a quand même ravivé mon opinion déjà bien installée que les méchants des films sont bien souvent beaucoup plus intéressants que les gentils. Beaucoup de gens pensent de la même manière et j'en suis ravie. Ce qui revient moins souvent, c'est de penser que les soi-disant gentils ne valent pas forcément mieux. En dehors du formidable Avengers qui souligne les imperfections de chacun de ses héros (ce qui à mon avis, les rend tous mille fois plus intéressants), on ne remet en général pas en cause les qualités du gentil. Voilà qui a donc relancé mon envie d'écrire un article sur cette lutte manichéenne entre les beaux gentils et les vilains méchants.


 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/77/96/35/19719784.jpgL'irréprochable gentil blond et le viceux méchant aux cheveux noirs

 

 

  Je trouve que le gentil, souvent... c'est un con, franchement.

  Pourquoi je dis ça ? Parce que je les trouve très obtus, ces héros. Oh, oui, ils sont pleins de bonnes intentions, et ils veulent civiliser la planète pour vivre au pays des Bisounours, tout ça tout ça... mais dans leur vision du monde, il n'y a pas de place pour d'autres points de vue que le leur. Ils symbolisent à merveille cet Occident paternaliste et autrefois colonialiste qui prétend sans se remettre en question qu'il va apporter le progrès et la civilisation partout où il passe.

Plus le temps passe, et moins j'aime les gens qui veulent faire croire que eux, ils savent ce qui est bon pour nous. Ils ont beau emballer tout ça dans de la guimauve, je ne peux pas m'empêcher de penser que cette attitude a le tronc pourri à sa base.

  Ils font exactement ce qu'ils disent vouloir empêcher les "méchants" de faire, à l'image de ces fervents défenseurs de la démocratie qui bloquaient ma fac pendant les grèves contre le CPE, en faisant des pieds et des mains pour que notre vote (contre le blocage) ne soit pas pris en compte. Ils nous tenaient sans arrêt de grands discours sur la liberté, le libre arbitre, et la démocratie, mais leurs méthodes étaient tout sauf démocratiques.

  Allez vous promener au milieu de partis politiques et d'associations qui disent oeuvrer pour le bien commun, et je vous garantis que vous tomberez toujours sur des gens qui cherchent avant tout à s'imposer eux-mêmes, et leur mode de pensée.

 

  Mais assez parlé des gentils, ce sont les méchants qui m'intéressent.

  Quand j'étais petite, je jouais aux barbies.

  Jusqu'ici rien de surprenant, sauf que j'y jouais avec mon frère, et nos scénarios ressemblaient plus à des thrillers et à des films d'espionnage qu'à des comédies romantiques. Je vous raconte pas le nombre de dealers et de psychopathes à qui on est allés casser la gueule. Mes voitures ont morflé d'ailleurs. Le camping-car, aussi. Trop d'embuscades...

  Mais je m'égare. Je vous raconte ça parce que bien-sûr, nous faisions toujours gagner les gentils. Enfin, mon frère les faisait gagner, étant donné que c'est lui qui décidait du tournant que prenait l'histoire. Moi, je n'étais là que pour répéter les répliques qu'il attribuait à mes poupées ("et alors là, tu dirais ça ! Mais non, pas comme ça !!" - un vrai réalisateur capricieux en herbe). Je ne protestais pas, mais intérieurement, j'éprouvais de la compassion pour ces personnages de vilains qu'on inventait, et qui finissaient invariablement vaincus, malheureux, et submergés par  les échecs. Je ne pouvais pas m'empêcher de me dire que ce n'était pas étonnant qu'ils soient de mauvais poil tout le temps, avec le manque de bol qu'ils avaient dans la vie et tout l'acharnement dont ils faisaient l'objet. Toujours malheureux, toujours en échec, et toujours rejetés par tout le monde.

  Et puis un jour, je me suis rebellée. Je me suis fâchée, et j'ai demandé pourquoi le méchant, il gagnait jamais. Enfin, la méchante, en l'occurrence, parce que j'avais quand même beaucoup moins d'exemplaires de Ken, et le peu que j'avais servaient de chéris aux héroïnes (un homme, ça sert à rien d'autre que se reproduire, je vous l'ai pas déjà dit ?). Après une âpre négociation, j'ai enfin obtenu gain de cause pour cette brave Nathalie (ouais, ça m'a tellement marquée que je me souviens encore de son nom, et même de la robe que je lui avais mise). Je crois que c'était la meilleure fin qu'on ait inventée.

 

  Au fond, je n'aime pas trop ce lynchage en règle des méchants, parce que, tout comme Tom Hiddleston (celui qui incarne Loki, pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore), je crois que les "méchants" de ce monde ne sont pas conscients de l'horreur de leur conduite. Ils croient vraiment faire pour le mieux, et sont avant tout des personnes en souffrance.

  Oui, voilà, c'est ça. Je suis devenue endurante aux mauvais traitements, parce qu'à chaque fois, je me dis que pour en être réduit à ces extrémités, la personne en face de moi doit être à l'agonie. Et de penser ça, ça me fait toujours remuer un truc dans le ventre. Parfois, même, ça perturbe mes glandes lacrymales.

 

  Et des fois je me dis que le monde se porterait peut-être mieux si les traditionnels gentils essayaient davantage de comprendre et de réconforter les "méchants" au lieu de juste leur casser la gueule.

 

 

Crédits : Allociné

Par Reika - Publié dans : Questions existentielles en tous genres
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 11:00

  Avant-hier dans le train, j'ai lu.

  Non, je ne vais pas te parler bouquin mais simplement d'un truc qui a fait tilt dans mon cerveau pendant que je lisais. L'héroïne était en plein divorce et vivait assez mal le fait de voir ses parents alors qu'elle s'était séparée de son compagnon. C'est là que j'ai ouvert grand la bouche de consternation : à travers son sentiment d'échec, et sa difficulté à l'annoncer à sa famille, l'auteur la comparait à un enfant qui rentre de l'école et qui n'ose pas annoncer à ses parents qu'il a eu une mauvaise note.

  Et là, je me suis dis, what the fuck ??

  J'en étais plus ou moins consciente avant, mais je n'avais pas les mots pour. Il y a des gens, beaucoup, j'ai l'impression, pour qui la fin d'une relation rime avec échec, et c'est un échec très personnel, qu'ils prennent à coeur. C'est la preuve qu'ils ont commis une faute, et ils en ont honte. Or je ne vois pas pourquoi on devrait se justifier dans ce domaine auprès de qui que ce soit. Je ne vois pas comment une déception sentimentale devrait être une faute, un tort, surtout si c'est nous qui nous faisons plaquer. Et pourtant, ce personnage le vit comme un crime qu'elle aurait commis et qu'elle n'oserait pas avouer. Bon, je dis pas, des fois on a vraiment fait un truc qui justifie la rupture, ou qui ne nous couvre pas de gloire, mais je crois qu'assez souvent, ce n'est la faute de personne.

 

  Oui, dans notre société, c'est mal de ne pas être heureux en couple. Ou au moins, de ne pas être en couple.

  Déjà, ça, ça me gonfle. Pourquoi est-ce qu'on serait obligé d'être en couple pour être heureux, pour avoir réussi ? J'accorde une place importance à l'amour, c'est vrai, mais je ne crois pas qu'il n'y ait que ça dans la vie. Et je crois d'ailleurs que c'est prendre les choses par le mauvais bout. Je crois qu'il faut d'abord être bien dans sa vie, dans sa peau, être prêt pour la nouveauté, avant de pouvoir réellement s'investir dans une relation.

  Et d'un autre côté, ça m'attriste de voir l'amour comme une compétition ou comme un combat. Je trouve ça complètement inepte de parier sur celui du groupe d'amis qui va se marier en dernier, ce qui le fait sortir du lot comme s'il avait une sorte de tare. Il est l'inadapté incapable de finir la course. C'est injuste non ? Et ça n'a aucun sens parce que tout le monde n'a pas la même façon de faire ni d'aborder les choses, ni les même priorités ou les mêmes besoins, et encore moins les mêmes envies.

 

  Et puis quoi, si cette relation se termine ? Eh bien, ma foi, la mort fait partie de la vie, tout autant que la naissance. Il y a en ce monde toute une tripotée de choses qui ont une fin, et s'obstiner à le nier ne sert strictement à rien. Ce n'est pas en niant des faits qu'ils vont tout d'un coup cesser d'être ancrés dans la réalité. Quand c'est fini, c'est fini. C'est triste, mais c'est comme ça.

  Ce n'est pas parce qu'une chose est finie et qu'on l'accepte, qu'elle devient moins réelle pour autant. Lâcher prise sur le passé, ce n'est pas faire comme s'il n'existait pas, mais au contraire, c'est le reconnaître, le chérir, sans pour autant que ça nous empêche de nous tourner vers l'avenir. C'est très difficile à faire, mais en tout cas, il ne faut pas forcément y voir un échec personnel, la preuve qu'on est incapable de quelque chose. Des fois, il nous arrive des choses sur lesquelles on n'a pas de prise.

  Quelque part, tout ça est pas mal liée à la difficulté d'admettre qu'on s'est trompé. On était à fond, on a cru que ça pouvait le faire, et pouf, d'un coup ça nous tombe sur le coin de la gueule : ben non ma vieille, c'était pas lui le bon. Je sais, je sais, il en avait l'air, mais tu vois bien là, que c'est pas le cas, visiblement. Si ça l'était, il serait pas en train de te quitter.

 

  Ah, merde.

 

  Des fois, on refuse d'admettre qu'on s'est trompé alors qu'on sait très bien que c'était pas le bon, et ça, c'est plus grave. Pourtant, c'est courant, les gens qui n'aiment plus vraiment leur compagnon, et qui sont malgré tout dévastés par son départ, comme s'ils ne pouvaient pas vivre sans lui, et ce même quand ils sont conscients que la vie serait plus facile s'ils en étaient débarrassés.

  Je trouve ça un peu dommage de se trouver freiné par un truc qui n'en vaut pas la peine, surtout quand on le sait.

   Mais il y a des fois où je trouve, moi aussi, que c'est très difficile d'accepter la fin. Ce que je vis mal, moi, c'est l'idée de renoncer à la personne qu'on aime du fond du coeur. Ça m'arrache les branchies (au cas où tu le savais pas, j'ai rêvé que j'étais un poisson la nuit d'avant). Renoncer à une relation pourrie, oui, mais renoncer alors que je m'étais dis "avec celui-là, ça pourrait le faire", non, je peux pas, c'est au-dessus de mes forces. Il ne s'agit même plus d'accepter qu'il n'y ait plus d'avenir en commun, de projets communs, mais simplement d'accepter l'absence de l'autre, cette sorte de gouffre qui se crée tout d'un coup, béant, prêt à nous avaler. Et là, on se dit "non, tout mais pas ça, tout, pourvu qu'il ne sorte pas de ma vie".

  C'est quand on pense de cette manière qu'on est incapable de tourner la page si ça se termine.

Par Reika - Publié dans : L'amour, les relations, et tout ce bordel
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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 11:00

 

  Séance lecture aujourd'hui, mes chers lecteurs.

  Et je continue dans ma lancée chick lit' avec un formidable bouquin. Je l'ai à peine terminé que j'ai déjà envie de vous en parler. Il s'agit de L'autre homme de ma vie, d'Emily Giffin.

 

 

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  Couverture colorée, choupi mais sobre, de bonnes critiques sur Amazon, et un titre accrocheur : il me le fallait, et ma lecture s'est trouvée retardée. Je l'ai cherché dans le catalogue de la bibliothèque où je fais mon stage, et bonheur, il y était. Je me suis donc dit que j'irais le chercher le lendemain, à la fin de ma journée de labeur. Quelle ne fut pas ma déception en ne le trouvant pas sur les rayonnages ! Pour vérifier qu'il n'était pas mal rangé, j'ai fait un deuxième petit tour dans le catalogue, qui m'a appris qu'il venait d'être emprunté. On peut dire que ça s'est joué à peu de choses, mais qu'à cela ne tienne, je voulais le lire et je l'ai donc réservé.

  Deux semaines plus tard, il était déjà de retour, ce qui m'a conduite à penser qu'il avait été impossible à poser pour la précédente emprunteuse. J'avais donc des attentes relativement élevées, et maintenant que je l'ai terminé, finalement plus vite que ce que je pensais, je dois dire que je ne suis pas déçue. Je m'attendais à de la chick lit' légère et marrante, je suis tombée sur un livre riche en pistes de réflexions et de réminiscences pour moi.

 

  Voilà pour les préambules, je peux enfin vous raconter sommairement l'histoire, et vous livrer mes impressions.

  C'est l'histoire d'une photographe, Ellen, qui épouse le mec parfait, beau blond aux yeux bleus, riche, intelligent, bien élevé, issu d'une famille aussi parfaite que lui : Andy. Ne me demandez pas pourquoi, mais je me le suis tout de suite figuré sous les traits de Tom Hiddleston.

 

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Ma vision d'Andy

 

  Mais un beau jour, alors qu'elle se promène dans la rue, elle le recroise, cet ex qui a bouleversé sa vie et qu'elle n'a jamais pu oublier. Son coeur plonge dans ses chaussures et ses ovaires se détraquent, et la voilà qui se laisse faire, tétanisée, tandis que ce fameux Leo reprend contact avec elle.

  La magie opère toujours entre ces deux-là, et elle ne peut s'empêcher d'accepter de travailler avec lui, journaliste de son état, sur le genre d'article qu'on attend pendant toute sa carrière, premier pas dans un engrenage qui la mène lentement mais sûrement, et je dirais même, sournoisement, à remettre en question toute sa vie.

 

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L'idée que je me fais de Leo (faites abstraction du costard par contre)

 

  Je ne vous dirai pas lequel elle choisi à la fin, mais sachez que j'approuve totalement son choix.

 

  Place à mon ressenti maintenant, qui brûle de sortir de mes doigts depuis que j'ai commencé cet article.

 

  Je dois dire qu'il est très appréciable de tomber de temps à autre sur un livre dans lequel il est si facile de rentrer. J'ai été immédiatement conquise par le style et surtout, le ton employé par l'auteur. Le premier chapitre vous plonge instantanément dans l'état de choc de l'héroïne, et j'avais déjà envie de savoir la suite après avoir lu cette entrée en matière.

  J'ai franchement aimé que l'auteur nous présente une héroïne tiraillée entre son couple et son besoin vital de conserver une certaine forme d'indépendance. Elle lève petit à petit le voile sur son malaise lorsqu'elle suit son mari à la campagne, laissant derrière elle son travail adoré et l'effervescence de sa New-York bien-aimée, en illustrant du même coup les déséquilibres qui peuvent s'instaurer dans un couple lorsque les intérêts et envies de chacun ne vont pas dans la même direction, et que les compromis finissent pas en léser un des deux.

 

  L'alchimie entre Ellen et son ex, Leo, est palpable des les premiers échanges, et j'ai attendu avec autant d'excitation qu'elle chacun des moments qu'elle allait passer avec lui. Je jubilais intérieurement comme une adolescente ne serait-ce que lorsqu'elle recevait un mail de ce bellâtre qui j'avoue, m'a paru effectivement très attirant.

  Je trouve, personnellement, qu'un livre de ce genre, dont le sujet est une histoire d'amour, ne peut pas réellement fonctionner si on ne peut pas tomber amoureuse du mec avec l'héroïne. Alors voilà, pendant qu'elle se laissait submerger par son attirance pour son ex, moi je suis tombée amoureuse de lui aussi.

  Peut-être était-ce aussi singulièrement facile pour moi, parce qu'il m'a rappelé quelqu'un que j'aime, dès la première description. Son allure, son attitude, sa façon de parler... dans chacun de ses gestes, je voyais toujours le même homme, un ex aussi, que j'ai aimé tout autant, et que j'aime toujours d'ailleurs. Le parallèle que j'ai établi entre ce personnage et l'homme de chair et d'os que je connais m'a troublée tout au long de ma lecture, au point de me jeter dans une certaine mélancolie. Je n'ose pas dire "déprime", mais je n'en étais probablement pas si loin.

  Ce qui rend le livre réellement efficace, cependant, est que la magie ne fonctionne pas uniquement pour cette relation-là. Andy m'a plu, lui aussi, dès les premières lignes à son sujet, cet Andy si apaisant, si lumineux et si tendre. Andy, c'est la relation reposante, comme un baume sur une plaie, après une relation passionnelle, chaotique et douloureuse avec un Leo.

  Le choix cornélien de l'héroine entre ces deux hommes diamétralement opposés s'achève sur une réflexion sur ce qu'est l'amour, et il y a un passage qui m'a tiré des larmes (oui, oui, vous avez qu'à vous dire que je suis en période d'ovulation) parce qu'il met des mots sur ce que je pensais mais n'ai jamais réussi à exprimer. Je vous le cite, donc :

 

"C'est peut-être ça, l'amour. Non pas succomber à la passion mais faire un choix et s'y tenir quels que soient les obstacles et les tentations qui se dressent sur la route. Et peut-être que réitérer ce choix, jour après jour, année après année, en dit davantage sur la force de cet amour que tout le reste."

 


 

Crédits : Amazon (pour la couverture), Allociné.

Par Reika - Publié dans : Lectures
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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 11:00

 

  Tous les magazines féminins vous le diront : le secret pour faire marcher une relation, c'est une bonne communication. Chaque couple connaît sa part de non-dits. Nombreux sont ceux qui n'osent pas toujours exprimer leurs pensées, leurs sentiments, surtout si ceux-ci sont négatifs, que ce soit parce qu'ils ne savent pas comment s'y prendre ou parce qu'ils ont peur de l'effet que ça aura. Et parfois, même quand des mots sortent de notre bouche, on a tout fait, sauf communiquer.

 

  N'en déplaise aux féministes, je crois bien que certaines réactions en matière de communication sont effectivement beaucoup liées au sexe de la personne qui s'exprime, pas parce que c'est dans nos gènes ou dans notre nature, non, mais simplement parce que nous avons tous intégré malgré nous un comportement calé sur ces discours de genre qui nous entourent depuis que nous sommes nés.

  Femme que je suis, et toute féministe que je suis, j'ai forcément un point de vue et des réactions différentes que mon homme sur certaines choses. Mes réactions et points de vue seront plus proches de ceux de mes amies que de ceux des hommes que je fréquente, parce que nous sommes des femmes et qu'ils sont des hommes. Ce que la société est nous a forcés, en partie, à nous comporter d'une manière différente, du fait de ce que nous avons entre les jambes.

 

  J'ai beau être horripilée par ces  chaînes sexistes qui prétendent vous expliquer le langage des hommes ou celui des femmes, je crois qu'il y a parfois un peu de vrai dedans.

  Il y a des choses fausses, comme le célèbre "non veut dire oui" dans le cas des femmes. Non veut dire non, dans la majorité des cas.

  Et s'il est vrai que les femmes ont beaucoup de mal à formuler leur pensée de manière directe, claire et entière, ça ne veut pas dire qu'elles sont toutes des serial menteuses. Non, nous avons simplement appris à rester diplomates face à un homme, pour diverses raisons, comme par exemple, parce qu'on a peur de se prendre une beigne, ou parce qu'on sait qu'il le prendrait mal et qu'on a appris à ne pas contrarier notre homme. Les femmes n'ont pas toujours eu leur mot à dire, non plus, et ce n'est toujours pas le cas pour certaines d'entre nous. Face à un homme, il est toujours difficile d'être sûre qu'on a vraiment autant notre mot à dire sur la relation que lui. Alors on se tait, pour ne pas dépasser les limites de ce qu'une femme a le droit de dire.

  Parallèlement à ça, on a aussi appris qu'on ennuyait beaucoup les hommes quand on se mettait à parler de sentiments et d'émotions. Ah ces femmes, toujours à pleurnicher ! Toujours à vouloir avoir des discussions sérieuses ! Ne peuvent-elles pas se contenter de profiter de l'instant présent !? Ne peuvent-elles pas comprendre qu'un homme, quand il rentre, a besoin de se reposer devant la télé sans qu'on l'asticote en exigeant des comptes !? Alors à force, ben on commence à bloquer, on n'ose plus, parce qu'on a peur de franchir la ligne limite du trop plein de discussion.

 

  Il y a beaucoup de blagues et de critiques sur certaines répliques des femmes lors d'une dispute. Je ne vais en prendre qu'une en exemple et vous laisser réfléchir aux autres. Un homme a le choix entre faire quelque chose pour lui, ou faire quelque chose qui ferait plaisir à celle qu'il aime. Ils se disputent, et la femme finit par lâcher un "fais comme tu veux". Or, tout homme qui ne vit pas dans une grotte depuis 30 ans sait que c'est un piège.

  Ce n'est pas que cette phrase signifie "fais ce que JE veux ou je vais me fâcher tout rouge", mai plutôt qu'elle est une capitulation désespérée et un test à la fois.

  Quand on dit ça, on laisse tomber, parce qu'on sent bien que notre point de vue raisonné ne présente aucun intérêt aux yeux de l'autre. Mais d'un autre côté, on continue d'espérer qu'il va faire cette chose qui nous tient à coeur. Pas parce que nous sommes des tyrans en puissance, mais simplement parce que ça nous ferait de la peine qu'il ne le fasse pas. Et si ça nous fait de la peine, c'est parce que pour nous, ça signifie "je m'en fous de ce qui est important pour toi". Et beaucoup de femmes espèrent encore qu'un homme vraiment amoureux ne s'en fiche pas de ce qu'elles ressentent et de ce qui compte pour elles. Elles espèrent que ce sera important pour lui de ne pas leur faire de peine.

 

  Or, elles se trompent, car souvent, quand on donne un choix à un homme, il va simplement choisir celui qui lui plaît le plus, indépendamment de ce que pense sa compagne, ou n'importe qui d'autre d'ailleurs.

  En réalité, les femmes dans cette situation se retrouvent face à un paradoxe insoluble. Elles voudraient que leur homme fasse quelque chose d'important pour elles parce que cela prouverait son attachement pour elles, mais elles ne veulent pas le forcer à le faire, parce que s'il se force, il ne le fait pas vraiment pour les bonnes raisons. Donc, elles ne peuvent faire autrement que de lui laisser le choix, du moins, en apparence, et sont inévitablement déçues parce qu'en lui laissant le choix, elles l'autorisent à faire passer autre chose avant elles, ce dont il ne va pas se priver.

  En fait, elles sont forcément perdantes.

  Et après, on s'étonne qu'elles l'aient mauvaise.

Par Reika - Publié dans : L'amour, les relations, et tout ce bordel
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 13:00

 

  Quand j'étais gamine, j'écoutais Mariah Carey chanter "I can't liiiiive if living is without youuuu" avec des trémolos dans la voix, et je me disais que c'était quand même magnifique d'aimer à ce point. Il n'y a pas qu'elle qui tienne ce type de discours, et même dans la vie ordinaire, combien de fois n'ai-je pas entendu des amies me dire "je ne peux pas vivre sans lui" ?

  C'est vrai qu'au moment d'une rupture, on est souvent tenté de croire que notre vie s'arrête avec le départ de l'autre. A l'instar de Vonda Shepard quand elle reprend The End of the World, on a une certaine tendance naturelle à se demander comment la vie peut continuer alors que pour nous, c'est la fin du monde.

 

Why do the birds go on singing?
Why do the stars glow above?
Don't they know it's the end of the world?
It ended when I lost your love.

 

  Mais voilà, la réalité n'est pas aussi romantique et absolue. On peut vivre sans l'autre. On peut toujours, peu importe la force de notre amour et la masse de bons souvenirs qu'on a. On n'arrive peut-être pas forcément à se débarrasser de toute trace de sentiments pour lui, mais malgré tout, le temps et l'habitude atténuent beaucoup de choses. Au bout d'un moment, on se retrouve à nouveau emporté dans le tourbillon de notre vie, dont les impératifs plus pressants et plus réels que notre nostalgie pour une relation qui n'est plus se font ressentir de plus en plus vivement.

  Les premiers jours, on pleure, on passe son temps à y penser et on n'arrive plus à se concentrer sur rien. Les jours suivants, on regarde toujours autant dans le vide, mais on pleure un peu moins. Le temps passe, on se remet un peu à travailler. On rigole avec bon coeur aux blagues de nos amis, entre deux soupirs. Quelquefois, on fait des rechutes. Et ces rechutes deviennent de plus en plus espacées. Parfois, on rencontre quelqu'un d'autre.

  Alors oui, sur le moment, on a l'impression que c'est la fin du monde et qu'on ne peut pas continuer sans l'autre. Mais cette impression est fallacieuse. On est un peu comme un drogué en plein sevrage. Au début, on ne peut pas se passer de notre drogue, et son absence nous rend fébrile. Et puis avec le temps, le manque se fait de moins en moins ressentir.

 

  J'ai remarqué une chose étrange : cette sensation concerne aussi ceux qui sortent d'une relation toxique, et ceux qui chérissaient leur indépendance comme personne avant que leur relation ne commence. Une de mes amies, par exemple, se trouvait très bien toute seule, mais lorsqu'elle a quitté son sombre connard d'ex, qui lui manquait de respect de toutes les façons possibles et imaginables, elle s'est quand même retrouvée à avoir peur d'être à nouveau seule et de ne plus jamais retrouver l'amour. Comme s'il n'y avait qu'avec lui qu'elle pourrait vivre ça.

  Pour un observateur extérieur, c'est facile de se dire "comment un type pareil peut-il lui manquer ?", mais il ne faut pas oublier la force des habitudes. Elles peuvent, dans une certaine mesure, transformer notre façon de voir les choses. Et là, on voit clairement que les sentiments amoureux ne rendent pas particulièrement lucide. Au contraire, ils déforment la réalité à nos yeux, et quand on discute avec d'autres personnes, qui n'éprouvent donc pas ces sentiments, on a parfois l'impression d'évoluer dans un monde parallèle.

 

  A chaque rupture, on croit que notre vie s'arrête, et pourtant, on a surmonté chacune d'entre elles, n'est-ce pas ? Alors évidemment, quand un mec me dit "tu m'oublieras, tu te remettras, va", j'ai beau avoir envie de le contredire de tout mon coeur, je sais bien qu'au fond, c'est vrai.

 

  Ou alors, j'en suis convaincue parce qu'en réalité, je n'ai jamais rencontré "l'homme de ma vie", et si c'est pas l'homme de ma vie, c'est normal que je puisse vivre sans. Mais même en supposant que je me fasse plaquer par "l'homme de ma vie", je crois que je surmonterais quand même cette épreuve. J'en suis arrivée à penser qu'on peut très bien se remettre d'une rupture sans cesser d'aimer l'autre. Autrement dit, je sépare le deuil d'une relation du deuil des sentiments.

  Si j'affirme qu'on peut tous vivre sans un être aimé qui nous quitte, dans la pratique, je pense également qu'il faut distinguer notre capacité de notre volonté à le faire. On pourrait, oui, mais au moins sur le moment, on n'en a pas envie. Je n'ai pas souvent souhaité le dire mais ça m'est arrivé de protester que même si je pouvais effectivement me remettre, ça ne m'intéressait pas. Me remettre, pourquoi faire ? Pour retomber amoureuse d'un autre, qui me fera à nouveau traverser cette souffrance ? Autant continuer à souffrir pour toi. Ou renoncer aux relations amoureuses et me satisfaire de t'aimer de loin. Étant donné que vivre seule ne me fait pas peur, cette solution me convient.

 

  J'aurais pu écrire ma propre conclusion, mais je vais me contenter de citer Jennifer Aniston dans La rumeur court... , étant donné que je n'aurais pas pu formuler ma pensée mieux que ça :

"I didn"t come here to tell you I can't live without you. I can live without you. I just don't want to".

Par Reika - Publié dans : L'amour, les relations, et tout ce bordel
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Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 11:00

 

  Quand on le voit à la télé, quand on l'entend dans des chansons, ça paraît toujours tellement normal et naturel de dire ces trois mots : "je t'aime". Pourtant dans la vraie vie, c'est un peu plus compliqué que ça. Et moi, ça me fait toujours un peu bizarre de le dire. Même quand j'en ai envie, j'en ai la bouche pâteuse au moment où ça sort, et une fois sur deux, ça ressemble à rien. Je me dis presque toujours que ça sonnait mieux dans ma tête.

 

  Une chose ressort de tout ça : ce n'est pas si facile à dire.

  Et je me demande bien pourquoi, parce qu'a priori, c'est quand même un truc qui fait plutôt plaisir. C'est quand même rare que notre interlocuteur se fâche après l'avoir entendu. Au contraire, ça aurait plutôt tendance à le mettre dans de bonnes dispositions et à rendre tout le monde content, alors pourquoi est-ce qu'on galère comme ça ?

 

  La réponse qui me paraît la plus évidente, c'est qu'on se demande si c'est vraiment le bon moment.

  Il faut d'abord être sûr de soi et de ses sentiments. Comme j'ai tendance à faire l'autruche, j'ai du mal à savoir si ça correspond vraiment à ce que je ressens. Je me souviens d'une fois où ma psy m'avait demandé "vous étiez un peu amoureuse, non ?", et j'ai même pas eu les ovaires de dire franchement oui. Ce n'est que 3 mois plus tard que je me suis admis à moi-même que c'était bien le cas, y compris au moment où elle m'avait posé la question.

  Et puis il y a aussi une part de peur : comment est-ce que cette confession va être reçue ? S'il n'est pas retourné, ça peut éventuellement faire de la peine. Dans ce cas, on ne le dit pas, même si on le pense très fort, rien que pour se protéger. Il y a peu de choses que je trouve pires que de se sentir rejeté par quelqu'un qu'on aime, aussi je comprends qu'on puisse éluder cette possibilité en évitant tout simplement de lui donner l'occasion de se produire.

 

  Je crois que chez certaines personnes, il y a aussi une part de fierté (mal placée ?) qui s'en mêle. Et que la crainte de souffrir y est pour beaucoup. Parfois, admettre qu'on aime revient à abdiquer, à dire "voilà, tu peux faire ce que tu veux de moi, je suis à la merci de ta bonne volonté". C'est difficile d'envisager la perte de soi qu'une telle emprise implique. C'est un peu triste de voir l'amour comme un rapport de force dans lequel on perd, même si d'un autre côté, cet abandon de soi fait partie du charme de la chose.

  C'est un peu comme reconnaître qu'on est dépassé par les événements.

  Beaucoup de gens ont peur de ça, parce que ça signifie qu'ils ont perdu le contrôle, non seulement sur le monde qui les entoure, mais aussi sur eux-même. Et d'une certaine façon, ce n'est pas complètement faux de dire que notre bonheur "dépend" de l'autre. Pas entièrement, non (enfin, pas pour tout le monde, et j'espère bien pour moi-même que ce n'est pas le cas), mais il est tout de même indéniable que les personnes qu'on aime sont celles qui connaissent le mieux nos failles, et dont on ressent avec le plus d'acuité chaque chose blessante qu'ils font. Ceux qui comptent le plus sont aussi ceux qui peuvent nous faire le plus de peine.

  Du coup, l'attachement peut en effrayer plus d'un. Il y en a même qui fuient avant d'atteindre ce point de non retour. Pas étonnant, dans ce cas, que la verbalisation de cet état soit aussi anxiogène. Ne pas le dire, c'est un peu comme le laisser baigner dans la virtualité. Dès qu'on nomme nos sentiments, on leur donne une forme tangible, ils deviennent concrets, et on ne peut plus les ignorer. Si on se tait, on peut continuer à faire comme si de rien n'était.

  Quelque part c'est un peu dommage, parce que quand on aime, on a envie que l'autre le sache. Et puis il faut dire ce qui est : dire "je t'aime", quand on a le coeur tout gonflé d'amour, ben ça soulage. Un peu comme aller aux toilettes après s'être retenu pendant des heures (je fais des comparaisons très prosaïques, n'est-ce pas).

 

  A côté de ça, l'entendre n'est pas toujours facile non plus.

  C'est pas facile quand ce n'est pas réciproque, évidemment, parce qu'on ne sait jamais trop comment répondre. Le dire soi-même, ou dire "moi aussi", ça sonnerait faux, et à moins d'en avoir rien à foutre de mentir à quelqu'un qui dévoile sa faiblesse comme ça, on a rarement envie de faire ça. Alors on dit quoi ? "Je sais" ? "C'est gentil" ? Personnellement, je ne dis rien. Oui je sais ça a l'air cruel comme ça, mais ça me fait complètement paniquer, et quand je panique, je bloque. Je me suis forcée une ou deux fois, et en fait, je me suis sentie sale. Je crois qu'il vaut mieux ne pas le dire, tant que ça ne correspond pas à ce qu'on ressent. Si ça doit en arriver là, alors ça viendra déjà.

  Et même quand c'est réciproque, il y a des gens tordus que ça peut faire flipper. Pourquoi ça ? Je me dis que le manque de confiance en soi doit jouer. Quelqu'un qui n'a pas l'habitude de l'entendre ou ne croit pas le "mériter" pensera plus facilement qu'on est en train de se moquer de lui et que ce n'est pas vrai. Ou alors il se dira que ça ne durera pas dès que l'autre se sera rendu compte de ses innombrables et insupportables défauts. Et la machine de la peur de l'abandon se met en marche.

 

  Au delà de ces considérations, j'ai du mal avec les gens qui le disent pour l'entendre. Certains "je t'aime" veulent dire "tu m'aimes ?" et pour moi ça ressemble à une sorte de chantage affectif. Je comprends qu'on ait besoin de se sentir aimé, et à travers ça, validé dans ce qu'on est, mais je trouve que c'est une façon de culpabiliser l'autre, qui aura l'impression d'être un monstre s'il ne se sent pas capable de dire les mots magiques lui aussi.

  Heureusement, il y a aussi des gens qui ne le disent que pour le dire. Pour valider l'autre, justement. Un peu comme pour dire "je te vois", à la manière de Jack dans Titanic. Parce qu'on se dit que ça peut faire plaisir à l'autre de se savoir aimé, tel qu'il est, pour ce qu'il est.

  En gros, j'ai l'impression qu'il y a des "je t'aime" égoïstes et des "je t'aime" altruistes. Certains sont en réalité tournés vers soi-même, alors que d'autres sont tournés vers l'autre.

  Et moi je crois que l'amour n'est pas un dû. Je crois que c'est un cadeau que l'on fait. On est libre de le dispenser ou non, aux gens que l'on a choisi, plus ou moins consciemment, peu importe que nos raisons soient bonnes ou non. C'est quelque chose qui ne s'explique pas, ne se rationalise pas, et qui ne se monnaye pas.

 

  Je pense qu'il ne faut dire "je t'aime" que si l'on attend rien en retour, uniquement pour le bonheur d'avoir dit ce qui apparaît comme l'évidence même.

Par Reika - Publié dans : L'amour, les relations, et tout ce bordel
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