Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Zelda, Princesse bibliophile

Mers Mortes - Aurélie Wellenstein (Scrinéo, 2019)

23 Avril 2020, 17:15pm

Publié par Zelda

Je n’aime pas lire sur des écrans, mais je le fais pour la bonne cause ! J’ai terminé un quatrième livre de la sélection des Imaginales, Mers Mortes, en quelques deux semaines de lecture pénible sur pc portable. Je suis donc prête à vous livrer une petite chronique sur ce roman, avant de me lancer dans la dernière ligne droite, la lecture du premier tome de la Lyre et le Glaive !

Mers Mortes - Aurélie Wellenstein (Scrinéo, 2019)

Résumé : Mers Mortes se déroule sur une Terre où tous les océans, toutes les mers, ont disparu, et leur faune avec. Malheureusement, un nouveau phénomène est apparu : des marées fantômes, peuplées d’animaux marins fantômes, qui se repaissent des âmes humaines sur le chemin. Le jeune Oural est exorciste : son rôle est de protéger les habitants de son bastion de ces marées, en « exorcisant » ces fantômes. Mais un jour, un mystérieux bateau pirate surgit de la faille, et son capitaine kidnappe Oural. Nous suivrons dès lors les dilemmes moraux qui accompagnent ce périple.

 

Je suis une des dernières parmi mes collègues à avoir lu ce one-shot, et je dois dire que c’était une bonne surprise pour moi.

Mers Mortes, c’est une étonnante hybridation des genres, mais qu’on ne se laisse pas abuser par son point de départ : on s’éloigne bien vite de la science-fiction, pour rejoindre les rivages du fantastique et du merveilleux. En réalité, le seul aspect SF que l’on y trouve repose dans la situation post-apocalyptique dans laquelle se trouve l’Humanité. Tout le reste n’est que fantastique, car la magie y prend beaucoup de place : l’origine des marées reste mystérieuse, puis se teinte de châtiment presque divin, et l’on ne comprend qu’à moitié la nature des pouvoirs du héros. Nous sommes finalement plutôt dans un conte moderne que dans un récit d’anticipation. Il tire même parfois du côté de l’horrifique, avec ses poissons-fantômes mutilés et sanguinolents dépeints d’une façon très saisissante voire écœurante, aux limites de l’insoutenable. J’en profite pour saluer le style de l’auteure, car je la trouve particulièrement douée pour rendre ses descriptions très visuelles.

 

L’histoire elle-même est captivante car on ne peut pas deviner aisément son dénouement, malgré son schéma plutôt classique de récit initiatique dont le héros sortira grandi et même métamorphosé, révisant au passage sa conception du bien et du mal. Sur ce point-là, il m’a un peu rappelé des œuvres comme Je suis une Légende de Matheson, qui jouent sur un retournement des valeurs, même si ici, ce sera développé plus tôt et sur la durée, au lieu de faire l’objet d’un twist de fin (désolée pour le mini-spoil, mais si vous n’avez pas lu Je suis une Légende, qu’est-ce que vous attendez franchement?).

Cette évolution des croyances du personnage principal sert par ailleurs un vibrant plaidoyer pour l’écologie, car la cause de la disparition des mers et des animaux marins est imputable aux comportements irresponsables, irrespectueux et souvent inutilement cruels des humains. On peut peut-être reprocher au roman d’en faire trop sur ce point, en recourant à une liste quasi-exhaustive des supplices infligés à plusieurs espèces, certes bien intégrée à la narration sous forme de cauchemars, mais dont les descriptions s’éternisent suffisamment pour que je me sois sentie mal plus d’une fois. Je précise que j’ai le cœur généralement bien accroché, sauf dans le cas très précis de la souffrance animale, et là rien ne va plus. Pour les gens comme moi : avec ce livre, vous serez servis. Vous voilà prévenus.

L’auteure se prend même le temps de bien développer ses personnages secondaires, qui sont de fait tous attachants. Mais surtout, ce soin à les caractériser par leurs expériences passées fait ressortir leur individualité pour les sortir du cadre d’éléments décoratifs ou permettant simplement de faire avancer l’intrigue. A travers cette démarche, elle souligne la diversité des situations et des drames qui jalonnent toute vie dans un monde aussi dur que le nôtre, et encore plus, que celui de Mers Mortes. Par ailleurs, elle a su incorporer à son histoire des créatures fascinantes, qu’il s’agisse des monstres marins cadavériques (qui ne sont pas sans rappeler ceux de Chevauche-Brumes), ou des créatures parfois plus complexes que l’on découvre vers la fin, et que je ne détaillerai pas pour ne pas vous gâcher la surprise.

 

 

Mes collègues et moi-même avons été un peu perplexes face au côté littérature ado de ce livre dans cette sélection, puisqu’il s’agit d’un prix adulte alors qu’on l’aurait bien vu dans la catégorie jeunesse.

Nous avons eu cette impression pour deux raisons principales, il me semble : un, à cause de sa forme de récit initiatique, porté par un jeune héros auquel un adolescent encore naïf pourra s’identifier ; deux, par une insistance si évidente sur le message écologique qu’il prend une tournure pédagogique. Pour autant, j’ai plutôt envie de louer ce message que de fustiger la forme qu’il prend, et je ne mettrais pas un roman aussi glauque entre les mains d’un enfant de 10-11 ans, je pense qu’il s’adresse à un public déjà un peu plus âgé.

Se rattacher à la littérature ado n’est pas un défaut en soi, et cela ne nous a pas empêché d’apprécier cette œuvre. N’oublions pas que certains incontournables des genres de l’imaginaire sont destinés d’abord aux ados, ou même aux enfants, mais sont d’une telle qualité qu’ils peuvent êtres lus à tout âge : Bilbo le Hobbit, Harry Potter, l’Histoire sans fin, Hunger Games…

Commenter cet article