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Zelda, Princesse bibliophile

L'Aliéniste

11 Mai 2020, 17:15pm

Publié par Zelda

Voici la dernière série du cyle annoncé d’articles sur des séries (mais sans doute pas la dernière que j’aborderai sur ce blog).

Pour une fois, ce n’est pas une œuvre que j’avais prévu de voir. Je l’ai empruntée parce que je suis tombée dessus en rangeant à la médiathèque. Une série policière se déroulant dans le New York de la fin du 19e siècle ? Tentant ! Avec Daniel Brühl au casting en plus ? Mais je prends !

Et grâce au confinement, j’ai eu le temps de la regarder en entier avant de rendre le DVD.

Cette série tient en 10 épisodes d’environ 50 minutes, et devrait connaître une suite.

 

L'Aliéniste

L’Aliéniste, adaptée d’un roman de Caleb Carr, retrace l’enquête sur des meurtres de jeunes garçons prostitués et travestis, menée par un trio détonnant : Sara Howard, première femme de la police new-yorkaise, John Moore, dessinateur, et l’ami aliéniste de ce dernier, Lazlo Kreizler, qui pense que la clé pour découvrir le meurtrier réside dans la compréhension de ses motivations.

 

Je suis biaisée : le 19e siècle est ma période historique et artistique favorite, et j’adore le croisement entre fiction policière et historique. J’ai été servie d’une bonne dose de paysages urbains évocateurs, entre essor industriel, innovations scientifiques et techniques, bas-fonds victoriens et bonne société coincée. Cela change aussi des représentations habituelles de New York. Au lieu de nous transporter dans ses lieux iconiques maintes fois immortalisés au cinéma (exception faite, il me semble, de la statue de la Liberté, et ce n’est pas gratuit), nous sommes invités à pénétrer dans la vie quotidienne de ses habitants.

L’imagerie de la série n’est pourtant pas sans rappeler celle qui illustre souvent une autre ville de l’autre côté de l’Atlantique et terrain de jeu du tueur en série le plus célèbre de l’Histoire, Jack l’Éventreur. Ses ruelles crasseuses, décor dans la nuit embrumée des vices humains et des pires atrocités, rappelle le London Fog par moments. Ses bandes d’enfants recrutés pour exercer des activités illicites ne sont pas sans rappeler, non plus, les œuvres de Dickens.

Cette confusion des lieux permet de créer une impression d’étrangeté : nous sommes dans un lieu familier si différent des représentations que l’on s’en fait aujourd’hui qu’il en est déroutant. La bande originale, toute en dissonnances, renforce encore cet effet.

L'Aliéniste

Car après tout, l’aliénation est bien au cœur de l’histoire qu’on nous raconte.

Ce n’est finalement pas tant l’enquête qui est captivante que les enjeux qui gravitent autour d’elle. Les intrigues politiques font passer les intérêts des puissants de la ville avant la justice en impliquant même des policiers, détournant ces derniers de leur vocation première. Lazlo, de son côté, de sert de cette affaire pour explorer les mécanismes à l’œuvre dans l’esprit humain le rendant capable de commettre des actes aussi terribles, quitte à se mettre à dos ses alliés en titillant leurs contradictions et leurs névroses. Enfin, n’est-il pas lui-même un peu trouble, avec son comportement obsessionnel, ses colères très vives, sa manie de vouloir observer froidement les comportements de ses propres amis, et tous les secrets qu’il garde jalousement sur ses propres blessures ?

Ce qui m’a plu surtout c’est cette façon que la série a de privilégier les tourments des personnages principaux, que cette enquête pousse dans leurs derniers retranchements, et force à admettre les ressorts psychologiques à l’œuvre dans leur propre attitude.

 

On nous raconte, au fond, une histoire très humaine, d’un mystère qui nous touche toutes et tous : qu’est-ce qui peut nous pousser à faire du mal ?

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