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Zelda, Princesse bibliophile

La Lyre et le Glaive, tome 1 : Diseur de Mots - Christian Léourier (éditions Critic, 2019)

17 Mai 2020, 17:15pm

Publié par Zelda

Ça y est, j’ai fini ! J’ai fini toute la sélection du Prix Imaginales des Bibliothécaires !

Ne vous fiez pas à la date de publication de cet article, j’avais bien terminé le livre avant la date fatidique pour voter, le 12 mai à midi. J’ai donc voté, le 11 mai, pour fêter le déconfinement (je ne suis sortie que pour promener le chien alors pour moi la seule différence, c’était la mort de l’attestation de sortie).

 

Sans plus attendre, je vais vous livrer mes impressions sur ce dernier ouvrage de la sélection, après quoi je repartirai pour les rivages des lectures non imposées ! (Mais je me plains pas non plus, dans l’ensemble c’était bien).

La Lyre et le Glaive, tome 1 : Diseur de Mots - Christian Léourier (éditions Critic, 2019)

L’histoire de ce futur diptyque commence ainsi : Kelt est Diseur de mots, il ne peut dire que la vérité. Lorsqu’il prédit la chute du pont du Solkstrand, il se trouve pris dans un engrenage qui lui fera traverser le monde et de nombreux dangers : de la justice du seigneur local, le hartl du Soklstrand, à laquelle il n’échappera que pour devoir le servir, il ira au Heldmark enquêter sur un nouveau dieu unique qui prétend remplacer l’ancien panthéon polythéiste. Pourtant, tout ce que souhaite Kelt, c’est de retrouver Aesa, celle qu’il aime, dans la forêt mythique d’Urskogar…

 

 

Je pense que résumer ce livre est difficile sans en récapituler les principaux événements. En cause, une lenteur du récit qui fait qu’à la moitié du volume, on lit encore des aventures déjà évoquées sur la quatrième de couverture. C’est un peu dommage car il n’y a que peu de suspense. Et même une fois que l’on entre dans la partie entièrement nouvelle, il y a toujours peu de suspense. La qualité de l'écriture permet cependant de ne pas s'ennuyer pour autant.

Le principal "défaut" de ce livre, donc, est à mon sens qu’on a l’impression de survoler l’action plutôt que de la suivre. J’ai pourtant toutes les peines du monde à mettre le doigt sur la cause de cette impression.

Le style de l’auteur est superbe, recourant souvent aux allitérations et aux assonances, et je me suis souvent arrêtée juste pour le plaisir de savourer une phrase. C’est tellement beau que j’ai parfois eu l’impression de lire de la poésie en prose. J’ai aussi dû chercher des mots dans le dictionnaire régulièrement, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps (et ça m’a fait plaisir).

Certains lui reprocheront sa lenteur mais je ne suis pas rebutée par un récit qui prend son temps pour poser ses bases, je l’apprécie même. J’aime avoir le temps de m’imprégner de son atmosphère et de me familiariser avec ses coutumes, ses paysages, ses personnages. Nous sommes de plus face à un monde très complexe et l’œuvre fourmille de détails sur celui-ci, qu’il faut du temps à assimiler. J’admire, également, le brio avec lequel l’auteur a doté ce monde de noms nouveaux, et qui sonnent bien, à la fois familiers et étranges, en me rappelant beaucoup les pays nordiques.

Kelt aimait les ruisseaux joyeux, les torrents impétueux. Il aimait les rivières insouciantes, les fleuves indolents.

 

Pourtant, j’ai eu du mal à ressentir beaucoup d'émotions : je ne me suis pas assez attachée aux protagonistes peut-être, en tout cas je ne me suis pas trop sentie concernée par les scènes d’action. Je pense que faire de Kelt le personnage principal a parasité un peu la dynamique narrative, car les enjeux politiques sont bien posés et intéressants.

Kelt, tout en étant mystérieux, est aussi beaucoup plus spectateur qu’acteur des événements racontés, en tout cas dans ce premier tome. Il traverse ce monde et ses régions comme nous traversons ce roman, en observateur à la fois avisé et innocent. Les quelques événements qu’il aurait pu causés pourraient aussi bien être dus au hasard ou aux dieux. J’ai préféré suivre les autres personnages, qui faisaient davantage avancer l’action, et en particulier les deux hartl rivaux, du Solkstrand et du Heldmark, personnages profonds avec leurs qualités et leurs défauts qui les rendent crédibles.

J'ai notamment beaucoup apprécié que les antagonistes n'aient pas l'air de méchants unidimensionnels mais que tous les personnages soient développés avec la même humanité. En effet, ils ont tous des motivations claires, logiques au vu de leurs parcours respectifs, qu’il s’agisse du besoin de vengeance, ou de zèle au travail. Je trouve donc dommage d’avoir mis au centre celui qui n’ose pas agir.

Car oui, c’est un choix qui s’explique : Kelt est mystérieux, on ne comprend pas tout de son passé, de ses motivations, et encore moins de la nature de son don, précisément parce que lui-même ne le comprend pas et le craint au point de chercher au maximum à l’éviter au lieu d’essayer de se l’approprier. Cela en fait une personne intéressante et pose probablement les bases pour lui donner une trajectoire personnelle grandiose dans la suite, mais en attendant, il nous laisse sur notre faim parce qu’en se privant de l’exploration de son don, il nous en prive aussi.


 

Il montrerait à tous ces bardaghi contempteurs qu'un fils de pêcheur avait autant de panache que l'un des leurs !

 

Enfin, c'est un beau récit au ton posé et adulte plein de poésie et d'humanité, sur le passage du temps et le fait que rien n'est immuable, pas même les dieux.

 

J’attends de voir la suite, que je lirai avec beaucoup de curiosité. Même si je parle de "défaut" ici, je tiens à souligner qu’il est mineur : je n’ai pas vécu tout à fait l’immersion que j’espérais, mais c’était une très bonne lecture et j’en reprendrais volontiers.

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