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Zelda, Princesse bibliophile

Shino ne sait pas dire son nom / Nos yeux fermés

1 Novembre 2020, 17:15pm

Publié par Zelda

Lors de mon dernier point Lal-Pal, j’ai évoqué deux mangas que j’avais beaucoup aimé et auxquels je souhaitais consacrer plus de temps.

 

Shino ne sait pas dire son nom (Ki-oon, 2020)

 

 

Le premier que je voulais aborder est un one-shot de l’excellent mangaka Shûzô Ôshimi, dont je vous ai déjà parlé, et que j’ai découvert en lisant sa série les Liens du sang, que je conseille vivement. Dans ce volume, il raconte l’histoire d’une jeune fille qui souffre de bégaiement, un trouble du langage qu’il évoque également dans les Liens du sang, car il en souffre lui-même. Son expérience sur le sujet lui donne à la fois la délicatesse et l’honnêteté qui permettent de rendre compte avec justesse de ce que peuvent vivre les personnes qui ont ce type de difficultés, et la façon dont cela peut impacter leurs relations sociales. Cela montre par ailleurs que c’est un sujet qui lui tient à coeur, et explique peut-être aussi sa grande capacité à faire résider tellement de sens et de nuances dans les non-dits. 

Je suis encore une fois épatée par son dessin très fouillé et très expressif, même si cette fois j’ai parfois été gênée par ses exagérations. Cependant, je comprends la démarche : ces yeux exorbités, ces bouches ouvertes aux limites du possible, la transpiration excessive de l'héroïne à chaque fois qu’elle est bloquée, sont là pour rendre compte de la perception exacerbée complètement disproportionnée qu’elle a de sa situation. En clair : elle s’en fait des montagnes, comme elle le vit mal elle s’imagine qu’on ne voit plus que ça. Du moins, c’est ainsi que je l’interprète.

Je n’ai pas un coup de coeur comme pour les Liens du sang, mais on ne peut développer que difficilement avec la même profondeur un one-shot et une oeuvre qui s’étale sur plusieurs tomes. J’aurais aimé en savoir plus sur l’avenir de cette jeune fille, mais l’histoire se tient toute seule, avec une belle fin qui marque l’affirmation de l’identité du personnage, tissant ainsi un parallèle entre la difficulté de dire le soi, et celle de le définir et de l’accepter.

 

Nos yeux fermés (Pika, 2017)

 

 

Le second manga est un très beau one-shot sur la déficience visuelle mais pas que.

Chihaya est une jeune femme dont la mère a quitté son père alcoolique, qui tente tant bien que mal de joindre les deux bouts. Sa rencontre avec Ichitarô, un jeune aveugle à l'optimisme débordant de poésie, bouleverse son regard sur la vie.

Ce titre bénéficie avant tout d’un très beau dessin épuré et aux contours doux, qui n’est pas sans rappeler celui de Taniguchi. Personnellement, je le trouve très agréable. 

Pour ce qui est de l’histoire, chaque chapitre est une tranche de vie, et l’ensemble permet de brosser un tableau basique de ce que peuvent vivre les personnes non-voyantes : des chutes que l’on peut faire si des obstacles ponctuels apparaissent sur un trajet familier, à la façon dont on peut reconnaître une personne au bruit que font ses chaussures. Il y a forcément un côté didactique dans la démarche, mais tout est fait avec une certaine poésie, sous la forme d’une invitation à penser autrement. Ainsi, l’oeuvre s’attache à ouvrir l’esprit, et à montrer que l’on peut appréhender le monde d’une autre manière qu’avec la vue, tout comme Ichitarô apprend à Chihaya à aborder la vie différemment. Dans ce cas, il lui apprend à se détacher des contrariétés du quotidien pour faire davantage attention à ce qui en fait le charme.

Le seul reproche que j’ai à faire à ce livre est que le personnage aveugle est trop parfait à mon goût, comme si le fait d’être en situation de handicap rendait forcément gentil et philosophe. Ce point est tempéré par l’apparition de ses amis dans la deuxième partie de l’ouvrage, qui permettent d’introduire une vision moins monolithique de l’Aveugle.


Deux bonnes lectures donc, qui sensibilisent au handicap tout évoquant chacune à sa manière la voie de l’acceptation de soi et d’autrui avec bienveillance.

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