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Zelda, Princesse bibliophile

Au bal des absents - Catherine Dufour (Seuil, 2020)

15 Janvier 2021, 17:15pm

Publié par Zelda

Le Prix Imaginales des bibliothécaires a commencé, ça y est !

J’ai fini mon Robin Hobb juste à temps pour pouvoir enchaîner avec un premier livre de la sélection.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à aller voir la page du prix.

En attendant, je vais déjà vous parler du premier ouvrage que j’ai lu, puisque je l’ai déjà fini ! Il faut dire qu’en plus d’être addictif, il est très court : le roman de Catherine Dufour ne dépasse pas 230 pages. Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre, il est plus difficile de lire plusieurs livres en un temps donné s’ils sont tous de gros pavés.

 

Au bal des absents suit Claude, chômeuse en fin de droits, et en situation de précarité avancée. Alors qu’elle semble sur le point de se retrouver à la rue, Claude reçoit une offre alléchante : un juriste américain la contacte par mail pour lui demander d’enquêter sur la disparition de toute une famille après son séjour dans un beau manoir reculé au fin fond de la campagne française, moyennant rémunération attractive.

 

Avec un tel pitch, ça puait l’histoire de maison hantée à des kilomètres. A moi qui en lis depuis que je suis gamine, on ne la fait pas. Même si vous la publiez dans une collection plutôt orientée polar !

Et donc, oui, c’est une histoire de maison hantée, et c’est assumé dès le départ. Ce qui est intéressant, c’est la suite : qu’est-ce qu’elle va en faire, de sa maison hantée, la pauvre Claude qui n’a nulle part d’autre où aller ?

Maintenant qu’on a enfoncé les portes ouvertes, ça devient plus difficile pour moi d’expliquer ce que j’ai pensé de ce livre sans spoiler. Vraiment, c’est presque impossible de développer sans dévoiler des éléments clés de l’intrigue !

Elle aurait beau mettre toutes les chances de son côté, elle devrait un jour se lancer à l'aveuglette, dans la complète nudité de son ignorance.

Pour commencer, j’ai apprécié le style nerveux de l’autrice, dans l’air du temps, et très dynamique. Les chapitres sont courts, la progression de l’intrigue bien rythmée. Les phrases sont souvent courtes et percutantes, ou alors alternent avec de longues phrases jouant avec les accumulations, les juxtapositions et les répétitions, voire des chutes inattendues. L’écriture est très efficace, sachant distiller les mystères puis apporter des révélations aux moments opportuns. Après chaque révélation ou scène d’action captivante, le calme revient, puis les mystères, puis la nouvelle révélation, nous faisant suivre ainsi une progression cyclique qui maintient l’attention. 

Ce que j’ai beaucoup aimé aussi, c’est son habileté à brouiller les pistes. Plus on avance, et plus la confusion est grande, pour nous amener à ne plus pouvoir distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas, élément clé dans une œuvre fantastique réussie. J’avoue que j’ai dû retourner régulièrement en arrière pour relire certains passages avec un regard neuf. Arrivée à la moitié environ, je ne savais plus du tout que croire.


Comme pour tout thriller fantastique actuel, il lui est impossible d’ignorer le genre dans lequel il s’inscrit. Ainsi, sa filiation aux classiques est entièrement assumée, tout en proposant un renouvellement agréable. Je regrette un peu le côté name-dropping, lui aussi assez fréquent dans les textes contemporains, qui a tendance à me sortir de l’histoire parce qu’il me ramène trop à mon propre réel. Ceci dit, il n’est pas gratuit mais bien intégré à la narration et contribue vraiment à la suspension de l’incrédulité nécessaire pour qu’aux moments où le danger intervient, ce soit crédible et effrayant. 

L’hommage n’est cependant pas une redite : on évite les d’atermoiements inutiles sur des mystères tellement vus et revus  qu’ils ne nous piègent plus depuis longtemps. L’autrice le sait et s’en sert pour relancer son intrigue. Dès que le lecteur commence à comprendre la nature de l’élément qu’on lui a présenté, l’héroïne le comprend elle aussi, de sorte qu’on ne passe jamais de longues pages à se dire qu’elle est idiote de ne pas se rendre compte de choses qu’on a remarqué depuis belle lurette.

 

Du côté des éléments horrifiques, là aussi, j’ai trouvé ce roman habile : là où beaucoup font l’erreur de faire monter la sauce sur la durée en utilisant les mêmes recettes si éculées qu’elles ne font plus peur, ici, on assume, on y va franco, mais on ne s’attarde jamais assez pour en faire trop.

J’ai dû laisser échapper des jurons ou des hoquets de surprise plusieurs fois. Oui, j’ai flippé. Et dans un livre de ce genre, c’est capital de réussir à faire flipper le lecteur. Là, il y a une très bonne gestion de la tension, en tout cas ça a fonctionné pour moi.

Enfin, j’ai beaucoup aimé la protagoniste de ce titre, une femme qui n’a plus grand chose à perdre, peut-être, mais aussi une pragmatique pleine de ressources, capable de canaliser sa peur pour la transformer en colère salvatrice, pour se battre jusqu’au bout pour sa survie, comme seuls les gens qui n’osent pas ou ne peuvent pas compter sur les autres savent le faire. J’ai trouvé qu’il était très facile à la fois de s’y attacher et de s’y identifier.

Sa colère cessa de rugir, se coucha à ses pieds comme un gros chat mécontent. Bien nourri, bien reposé, ce n'était plus un maigre greffier de gouttière qui crachait, mais un matou entier qui rêvait plaies et bosses en toilettant ses griffes.

 

Pour conclure, cette première lecture dans le cadre du festival a constitué une entrée en matière enthousiasmante pour moi. Je considère qu’Au bal des absents est une réussite, un roman fantastique captivant, foisonnant de pistes fascinantes qui allongent sa durée de vie au-delà de ses courtes 224 pages.

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