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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 11:00

 

  Quand on le voit à la télé, quand on l'entend dans des chansons, ça paraît toujours tellement normal et naturel de dire ces trois mots : "je t'aime". Pourtant dans la vraie vie, c'est un peu plus compliqué que ça. Et moi, ça me fait toujours un peu bizarre de le dire. Même quand j'en ai envie, j'en ai la bouche pâteuse au moment où ça sort, et une fois sur deux, ça ressemble à rien. Je me dis presque toujours que ça sonnait mieux dans ma tête.

 

  Une chose ressort de tout ça : ce n'est pas si facile à dire.

  Et je me demande bien pourquoi, parce qu'a priori, c'est quand même un truc qui fait plutôt plaisir. C'est quand même rare que notre interlocuteur se fâche après l'avoir entendu. Au contraire, ça aurait plutôt tendance à le mettre dans de bonnes dispositions et à rendre tout le monde content, alors pourquoi est-ce qu'on galère comme ça ?

 

  La réponse qui me paraît la plus évidente, c'est qu'on se demande si c'est vraiment le bon moment.

  Il faut d'abord être sûr de soi et de ses sentiments. Comme j'ai tendance à faire l'autruche, j'ai du mal à savoir si ça correspond vraiment à ce que je ressens. Je me souviens d'une fois où ma psy m'avait demandé "vous étiez un peu amoureuse, non ?", et j'ai même pas eu les ovaires de dire franchement oui. Ce n'est que 3 mois plus tard que je me suis admis à moi-même que c'était bien le cas, y compris au moment où elle m'avait posé la question.

  Et puis il y a aussi une part de peur : comment est-ce que cette confession va être reçue ? S'il n'est pas retourné, ça peut éventuellement faire de la peine. Dans ce cas, on ne le dit pas, même si on le pense très fort, rien que pour se protéger. Il y a peu de choses que je trouve pires que de se sentir rejeté par quelqu'un qu'on aime, aussi je comprends qu'on puisse éluder cette possibilité en évitant tout simplement de lui donner l'occasion de se produire.

 

  Je crois que chez certaines personnes, il y a aussi une part de fierté (mal placée ?) qui s'en mêle. Et que la crainte de souffrir y est pour beaucoup. Parfois, admettre qu'on aime revient à abdiquer, à dire "voilà, tu peux faire ce que tu veux de moi, je suis à la merci de ta bonne volonté". C'est difficile d'envisager la perte de soi qu'une telle emprise implique. C'est un peu triste de voir l'amour comme un rapport de force dans lequel on perd, même si d'un autre côté, cet abandon de soi fait partie du charme de la chose.

  C'est un peu comme reconnaître qu'on est dépassé par les événements.

  Beaucoup de gens ont peur de ça, parce que ça signifie qu'ils ont perdu le contrôle, non seulement sur le monde qui les entoure, mais aussi sur eux-même. Et d'une certaine façon, ce n'est pas complètement faux de dire que notre bonheur "dépend" de l'autre. Pas entièrement, non (enfin, pas pour tout le monde, et j'espère bien pour moi-même que ce n'est pas le cas), mais il est tout de même indéniable que les personnes qu'on aime sont celles qui connaissent le mieux nos failles, et dont on ressent avec le plus d'acuité chaque chose blessante qu'ils font. Ceux qui comptent le plus sont aussi ceux qui peuvent nous faire le plus de peine.

  Du coup, l'attachement peut en effrayer plus d'un. Il y en a même qui fuient avant d'atteindre ce point de non retour. Pas étonnant, dans ce cas, que la verbalisation de cet état soit aussi anxiogène. Ne pas le dire, c'est un peu comme le laisser baigner dans la virtualité. Dès qu'on nomme nos sentiments, on leur donne une forme tangible, ils deviennent concrets, et on ne peut plus les ignorer. Si on se tait, on peut continuer à faire comme si de rien n'était.

  Quelque part c'est un peu dommage, parce que quand on aime, on a envie que l'autre le sache. Et puis il faut dire ce qui est : dire "je t'aime", quand on a le coeur tout gonflé d'amour, ben ça soulage. Un peu comme aller aux toilettes après s'être retenu pendant des heures (je fais des comparaisons très prosaïques, n'est-ce pas).

 

  A côté de ça, l'entendre n'est pas toujours facile non plus.

  C'est pas facile quand ce n'est pas réciproque, évidemment, parce qu'on ne sait jamais trop comment répondre. Le dire soi-même, ou dire "moi aussi", ça sonnerait faux, et à moins d'en avoir rien à foutre de mentir à quelqu'un qui dévoile sa faiblesse comme ça, on a rarement envie de faire ça. Alors on dit quoi ? "Je sais" ? "C'est gentil" ? Personnellement, je ne dis rien. Oui je sais ça a l'air cruel comme ça, mais ça me fait complètement paniquer, et quand je panique, je bloque. Je me suis forcée une ou deux fois, et en fait, je me suis sentie sale. Je crois qu'il vaut mieux ne pas le dire, tant que ça ne correspond pas à ce qu'on ressent. Si ça doit en arriver là, alors ça viendra déjà.

  Et même quand c'est réciproque, il y a des gens tordus que ça peut faire flipper. Pourquoi ça ? Je me dis que le manque de confiance en soi doit jouer. Quelqu'un qui n'a pas l'habitude de l'entendre ou ne croit pas le "mériter" pensera plus facilement qu'on est en train de se moquer de lui et que ce n'est pas vrai. Ou alors il se dira que ça ne durera pas dès que l'autre se sera rendu compte de ses innombrables et insupportables défauts. Et la machine de la peur de l'abandon se met en marche.

 

  Au delà de ces considérations, j'ai du mal avec les gens qui le disent pour l'entendre. Certains "je t'aime" veulent dire "tu m'aimes ?" et pour moi ça ressemble à une sorte de chantage affectif. Je comprends qu'on ait besoin de se sentir aimé, et à travers ça, validé dans ce qu'on est, mais je trouve que c'est une façon de culpabiliser l'autre, qui aura l'impression d'être un monstre s'il ne se sent pas capable de dire les mots magiques lui aussi.

  Heureusement, il y a aussi des gens qui ne le disent que pour le dire. Pour valider l'autre, justement. Un peu comme pour dire "je te vois", à la manière de Jack dans Titanic. Parce qu'on se dit que ça peut faire plaisir à l'autre de se savoir aimé, tel qu'il est, pour ce qu'il est.

  En gros, j'ai l'impression qu'il y a des "je t'aime" égoïstes et des "je t'aime" altruistes. Certains sont en réalité tournés vers soi-même, alors que d'autres sont tournés vers l'autre.

  Et moi je crois que l'amour n'est pas un dû. Je crois que c'est un cadeau que l'on fait. On est libre de le dispenser ou non, aux gens que l'on a choisi, plus ou moins consciemment, peu importe que nos raisons soient bonnes ou non. C'est quelque chose qui ne s'explique pas, ne se rationalise pas, et qui ne se monnaye pas.

 

  Je pense qu'il ne faut dire "je t'aime" que si l'on attend rien en retour, uniquement pour le bonheur d'avoir dit ce qui apparaît comme l'évidence même.

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commentaires

Alda 20/04/2012 14:29

« Non, Amour. Mais c'est gentil de le dire. » :D

Reika 20/04/2012 20:50



Aaah, Spike

Marlowe 20/04/2012 12:31

Très belle article ! je l'aime beaucoup ! :-)

Reika 20/04/2012 13:44



Merci :)