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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:00

 

  Revenons un peu sur cette idée de mérite en amour, instillée dans le livre dont je vous ai parlé l'autre jour (du moins dans la version française, je ne sais pas exactement à quel point elle s'éloigne de la version originale - et une différence de formulation, quand la traduction est délicate, peut parfois modifier légèrement le sens).

 

  On ne peut pas nier que l'idée d'avoir mérité ou non tel ou tel partenaire, tel ou tel traitement, est souvent réconfortante. On y a souvent recours pour pouvoir accepter un départ ou prendre la décision de partir. C'est comme une bouée à laquelle s'accrocher pour ne pas perdre de vue notre objectif principal: aller mieux en vivant à nouveau sans lui/elle.

  Elle permet d'une part de s'apitoyer sur soi-même, étape nécessaire après une déception amoureuse, et en même temps de désigner un fautif à l'origine de cette déception, qu'il soit l'autre ou nous-même.C'est toujours pratique d'avoir un coupable.

  Combien de fois n'entendons-nous pas nos proches nous dire "oublies le/la, il/elle ne te méritait pas" et "tu es quelqu'un de formidable, tu mérites d'être mieux traité(e)"? Il s'agit d'abord de relativiser l'intérêt que représentait une relation: est-ce qu'elle apportait vraiment autant de joies que ça, est-ce que nous étions respecté(e)s, est-ce que les rapports entre les deux partenaires étaient réellement équilibrés? Se poser ces questions est primordial pour pouvoir avancer, établir ce que l'on a perdu, mais aussi et surtout, ce que l'on a gagné.

  Il y a également des gens qui s'accusent de ne pas mériter l'amour qu'on leur porte. De ne pas mériter celui des gens qui le leur portent. Il m'est déjà arrivé d'entendre une enflure m'expliquer que j'étais trop bien pour lui. C'est si bon de pouvoir leur répondre: "eh bien oui, tu as raison, je suis trop bien, allez, dégage maintenant". Mais en fait, on se fait surtout lécher les bottes pour être plus facile à quitter ensuite. Enfin, non, il y a aussi des gens qui ont tellement peu confiance en eux qu'ils iront foutre en l'air une relation, qu'elle fonctionne ou non, parce qu'ils sont convaincus de ne pas la mériter.

 

  Je n'aime pas tellement cette idée de mérite. Je trouve qu'elle pose une conclusion trop simpliste sur la nature d'une relation et sur les gens que l'on a fréquenté. Elle nie la complexité de l'être humain, de sa psychologie et de ses sentiments. Elle entraîne, in fine, un jugement de valeur, sur soi et sur les autres, qui me paraît injuste, parce que chacun d'entre nous est capable de blesser quelqu'un un jour, soit sans s'en rendre compte, soit volontairement, mais en tout cas, parce que l'autre ne convenait pas à nos besoins et/ou que nous ne convenions pas aux siens.

  Je crois que le seul mérite qui puisse exister en amour est celui-ci: tout le monde mérite d'être bien traité. Tout le monde est en droit de souhaiter une relation épanouissante où règnent l'amour (c'est un peu la base, tout de même), la confiance, la prévenance, et la prise en compte des besoins de chaque partenaire de façon égale.

 

  Et je suis également persuadée que tout le monde est en droit de se détourner d'une relation qui ne correspond pas à ces critères, à moins qu'elle ne soit satisfaisante pour des raisons névrotiques obscures. Il me semble essentiel d'être capable de repérer une relation qui est toxique pour soi et d'avoir assez de respect pour soi-même pour trouver la force et le courage de dire stop avant d'avoir revu ses exigences à la baisse et accepté des choses qui ne se conforment pas à ce que l'on est capable de supporter sans que cela en diminue l'estime que l'on a pour soi-même.

 

  Je crois aussi que tout le monde a le droit d'être aimé et d'aimer, y compris quand il s'agit d'amour à sens unique. Je n'aime pas quand on me dit de ne plus aimer quelqu'un parce qu'il ne me mérite pas. Non, je refuse que l'amour devienne une récompense qu'on attribue à quelqu'un qui fait bien ses devoirs, comme quand je recevais des gommettes bleues à l'école quand j'avais 10/10.

  A mes yeux, l'amour se donne sans conditions. Quand on aime sincèrement quelqu'un, on admet aussi qu'il soit imparfait. Personne n'est parfait, et pourtant tout le monde aspire à être aimé malgré ses défauts, y compris moi. Alors quand on me dit de ne pas aimer untel parce qu'il est trop poilu ou pas assez courageux, je me rebiffe. Je ne vois pas pourquoi il devrait être exclu de l'amour plus qu'un autre, plus que moi, sous prétexte qu'il a des défauts. S'il n'y a pas des gens comme moi pour l'aimer, qui, alors? Faut-il le condamner automatiquement à la solitude? La seule question pertinente consiste à mon avis à se demander si ce sont des défauts que nous pouvons aimer ou non, si nous sommes en mesure de composer avec ceux-ci ou non.

 

  Le mérite ne peut pas être pour moi autre chose qu'une façon plus facile à appréhender de formuler les limites de ce l'on est capable d'accepter en amour, et ne peut jamais se transformer en jugement réel.

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