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  • : Du cinéma, de la littérature, et un peu de féminisme au milieu.
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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 13:40

 

  Voilà un article que j'ai envie d'écrire depuis longtemps, pour vous livrer mes réflexions sur la position des femmes en tant qu'êtres dotés d'une sexualité.

 

  Pendant très longtemps, la femme a été, littéralement, un objet : possession du père, puis du mari. Objet sexuel, qui plus est : sa raison d'être était de satisfaire les besoins sexuels masculins et de fournir des héritiers, elle devait donc se faire belle, sexy, et conciliante au lit. Et puis est arrivé le féminisme, qui lentement mais sûrement a permis de libérer les femmes de l'oppression masculine : droit de vote, travail, égalité des salaires, avortement, contraception, et tout le toutim. Les deux derniers points portaient sur le principe que les femmes devaient reprendre la possession de leur corps : c'est à elles de décider de ce qu'elles en font et comment. C'est donc dans les années 70, et avec ces combats, qu'a eu lieu ce qu'on appelle la révolution ou libération sexuelle.

  Ça y est, nous pouvions faire ce que nous voulions de notre corps : on brûlait les soutien-gorges, symboles de la soumission sexuelle, on portait des jeans au lieu de jupes, on rechignait à s'épiler sous les bras, et on ne se maquillait presque plus. On a aussi voulu défendre, et à raison je pense, le droit des femmes d'avoir une sexualité. S'affranchir ne signifiait pas ne plus avoir une vie sexuelle, mais avoir celle que l'on entendait. Cela signifiait qu'on allait pouvoir admettre qu'on avait des désirs et aller au bout de ceux-ci sans que quelqu'un d'autre ait son mot à dire. Une femme devait pouvoir coucher avec qui elle voulait, sans amour si elle le voulait. Elle pouvait avoir plusieurs amants.

 

  C'est aussi dans cet esprit qu'on est arrivés à des tenues plus découvertes : si une femme a le droit de s'habiller comme elle veut sans être jugée, elle doit pouvoir se mettre en mini-jupe sans que quelqu'un lui explique que ça fait salope. Encore aujourd'hui, il faut batailler contre les gens qui soutiennent qu'une tenue estivale, sexy, ou simplement jolie, justifie toutes les exactions. Combien de fois n'entend-on pas qu'une femme méritait d'être violée, habillée comme elle l'était ?

  Tout ça c'était donc en théorie, puisque le concept de fille facile a prospéré depuis, à tel point qu'on ne peut pas avouer un grand nombre d'amants sans qu'en face, il n'y ai pas de réaction surprise (qu'elle soit positive ou négative). Dans les faits, nous étions, sommes, toujours soumises à certains signes de domination masculine, qu'elle soit bienveillante ou non : la protection physique, la galanterie, l'inégalité effective des salaires...

 

  Mais moi, ce qui me frappe surtout, c'est que peu importe le sens des évolutions de la place de la femme, d'abord en robe, ensuite en jean, ensuite en jupe, et puis tout ça à la fois, avec une sexualité très active et le droit de refuser les rapports si on le souhaitait, il y a quand même une chose qui reste constante : le rôle central de la séduction.

  Le cliché de la féministe, qui sert à déprécier le mouvement féministe, la représente en femme poilue, mal baisée et pas habillée de manière féminine (déjà, rien que partir du principe qu'il y a une manière féminine de s'habiller, ça me pose problème). Autrement dit, la féministe n'est pas une femme séduisante, dans l'esprit de ses détracteurs. Et puis il y a le mouvement inverse, de ces féministes qui clamant le droit des femmes de se montrer, usent et abusent d'un look et d'une attitude qui sont fortement sexualisés, le but étant de prouver qu'on peut être féministe et séduisante, et avoir une vie sexuelle satisfaisante. Mais j'ai peur qu'en faisant ça, on ne finisse par tomber dans un extrême tout aussi péjoratif et avilissant pour les femmes, puisqu'on se retrouve, encore une fois, particulièrement marquées par notre sexualité. Dans un sens ou dans l'autre, celle-ci nous poursuit, et personne ne soulève la question d'une autre forme de séduction que physique et sexuelle.

 

  Et du coup, on en arrive à voir les femmes à nouveau transformées en objets, non plus fonctionnels, mais de désir pur et brut. C'est comme ça qu'on voit pulluler à la télé toutes ces chanteuses qui, à force de vouloir être plus sexys les unes que les autres, finissent carrément à poil dans leurs clips et sur scène. Moi, je veux bien qu'on me dise que ces femmes font ce qu'elles veulent de leur corps, et que leur demander de se couvrir reviendrait à cautionner la burqa, quoi que je trouve ce raccourci dangereux. Mais avec un nombre aussi élevé de femmes médiatisées qui se comportent de cette manière, je commence à me demander si elles ne se sentent pas un peu forcées, ne serait-ce que sur un plan inconscient, parce que la sexualité féminine fait vendre. Ca me rappelle le film d'horreur que j'ai vu hier : il y avait cette blonde à gros seins, dont le corsage était à moitié déboutonné, alors que même s'il avait été boutonné plus haut, on aurait encore pu voir son décolleté. Et tout ce que j'ai réussi à penser, c'est que j'avais de la peine pour cette fille qui avait été payée pour montrer ses seins à la caméra. Je ne vois pas de libération sexuelle là dedans, simplement une autre façon de nous objectifier. Et à tous ceux qui me rétorquent qu'il n'y a pas de problèmes là dedans parce qu'elle l'avait accepté de plein gré, je dis non, elle l'a accepté parce que c'était ça ou pas de boulot. Ce n'est pas un vrai choix, mais un rapport de force dans lequel il faut accepter d'être dominé ou ne pas être tout court.

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/31/93/20137621.jpgLa blonde à gros seins, personnage obligé du film d'horreur, dans Chroniques de Tchernobyl


  Parallèlement à ça, j'ai aussi vu la lingerie fine prendre de plus en plus d'importance. Quand j'étais petite, une culotte en dentelle, c'était bien assez sexy. Et puis les strings sont arrivés, et si tu n'en portais pas, tu n'étais qu'une prudasse qui ne méritait pas qu'on la regarde, sauf pour en rire. Et puis les porte-jarretelles et autres choses que tu mets trois fois plus de temps à enfiler qu'à enlever sont revenus en force. L'épilation a fait l'objet d'une attention similaire : les poils, c'est sale, c'est pas sexy, tu ne dois point en avoir (les hommes par contre, ils peuvent). Et ç'en est arrivé au point où c'est devenu complètement ringard et digne de moqueries de ne pas se faire l'intégrale. Quoi, t'as seulement le ticket de métro ?? Mouhahaha, mais tu mérites pas que je te baise ! Donc les femmes se sont mises à s'épiler avec frénésie.

  Et puis est arrivée encore une nouvelle façon de faire de nous des objets sexuels : le bon coup. Si dans le temps, l'impératif de performance ne concernait que les hommes, puisque nous étions passives, désormais, la femme passive est rejetée. Quoi, tu refuses la levrette ? Mais à quoi ça sert de te fréquenter, alors ? Hein, tu te contentes d'écarter les jambes ?? Mais comment tu fais pour te trouver des mecs ? Eh oui, le fameux article sur la pipe, "ciment du couple", ne faisait qu'illustrer avec un exemple ce malheureux état de fait : une femme doit être un bon coup, sinon elle ne vaut rien du tout. Qu'elle soit gentille, intelligente, drôle, patiente, dévouée, persévérante, dotée d'un talent artistique quelconque, ça n'est pas intéressant. Ou du moins ça l'est, à condition que ses performances sexuelles ne viennent pas foutre la pagaille. Notre caractère est un plus, pas un aspect essentiel. Il y a une pression assez importante sur les femmes d'aujourd'hui, pour être sexuelles, sans quoi nous ne saurions être des femmes. On peut fustiger comme on veut les femmes qui se soumettent à cette pression, il n'empêche que cette pression est très forte, et que le rejet en cas de non conformité est bien réel. Moi-même je la ressens très fortement et n'arrive pas totalement à m'en dégager, mais elle a plutôt l'effet de me bloquer complètement plutôt que de me pousser à faire des choses étiquetées comme sexys.

 

  Un jour, un mec avec lequel je m'apprêtais à coucher m'a demandé ce que je faisais pour être sexy et exciter un homme. Et je lui ai répondu que jusqu'ici, je n'avais jamais eu besoin de faire grand chose. Pourtant, je dois bien être honnête : je me force à m'épiler, j'ai jeté la majorité de mes culottes en coton, et quand j'ai un rendez-vous, je me demande si je dois mettre une jupe et si mon décolleté est assez profond.

  Je trouve ça assez triste de me dire que si je ne corresponds pas aux standards actuellement très élevés de la sexytude, je ne parviendrai pas à séduire simplement avec mon charme naturel, mes sourires et mon esprit.

 

  Quoiqu'il en soit, ce qui ressort de tout ça, à mes yeux, c'est que d'une façon ou d'une autre, nous sommes soumises à l'approbation des hommes.


 

Crédits : Allociné

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commentaires

kelly 08/11/2012 11:15

Bingo pour la blonde...Sauf que j'ai pensé "encore une a grosse paire de miches...", je vois que je en suis pas la seule a le remarquer :)

Reika 09/11/2012 01:04



Impossible de pas le remarquer, on ne voit que ça quand elle est à l'écran xd



Kadcom 31/07/2012 19:48

«Dans un sens ou dans l'autre, celle-ci nous poursuit, et personne ne soulève la question d'une autre forme de séduction que physique et sexuelle.»
C'est interessant. Faut dévopller ça parce que la séduction intellctuelle existe elle aussi. Et elle est parfois tout aussi éfficace voir même plus.

«Je trouve ça assez triste de me dire que si je ne corresponds pas aux standards actuellement très élevés de la sexytude, je ne parviendrai pas à séduire simplement avec mon charme naturel, mes
sourires et mon esprit.»
Y a des filles qui arrive à séduire sans qu'on les trouvent sexy. Simplement en étant elles même.

Reika 07/08/2012 11:00



Trois plombes plus tard, je me décide à répondre xd.


 


Je me suis mal exprimée je crois : je ne doute pas que la séduction intellectuelle existe mais ce n'est pas celle-ci qui est mise en avant pour les femmes, en général.


J'espère bien qu'il y a des femmes qui arrivent à séduire sans ça mais franchement... dans la majorité des cas que j'ai pu voir de mes propres yeux, c'est la nana sexy qui l'emportait, tout comme
chez les mecs, c'est celui qui a la tchatche qui l'emporte.