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Zelda, Princesse bibliophile

La beauté féminine

19 Août 2013, 10:18am

Publié par Reika

La beauté féminine

   Tiens, ça fait longtemps que j'avais pas joué les féministes hystériques.

   Ca tombe bien, j'étais au cinéma hier soir pour voir un film d'Audrey Hepburn, Funny Face, et ça m'a donné l'occasion de me livrer à des réflexions féministes - sur ce qu'est la beauté féminine, pour être précise.

  J'ai vu un bon paquet de comédies romantiques dans ma vie, et dans certaines d'entre elles (pour ne pas dire beaucoup), la beauté de l'héroïne est centrale, soit parce qu'il n'y aurait tout simplement pas d'histoire si elle avait été moche, soit parce que le mec ne réalise pas qu'il l'aime avant que sa véritable beauté ne soit révélée au monde.

   Exemples :

- Funny Face, obviously : Audrey est une libraire qui se promène dans ce qui ressemble approximativement à un sac à patates, mais devient sublime lorsque l'équipe d'un magazine de mode la prend en main pour en faire son égérie (comme si on pouvait gober que qui que ce soit puisse trouver Audrey Hepburn hideuse, même mal fagotée).

- Elle est trop bien : L'héroïne porte de grosse lunettes, elle est donc très moche (paraît-il). On lui met des lentilles, on lui coupe les cheveux, et Freddie Prince Jr tombe sous son charme (moi je la trouvais mieux avant, mais ça n'engage que moi).

- Sabrina (toujours avec Audrey) : une gentille petite fille apprend à devenir classe et sexy à Paris, et soudain le gosse de riche oisif qui ne la voyait même pas en tombe amoureux.

- Princesse malgré elle (oui je vous cite de la très haute qualité... pardon) : Anne Hathaway est moche parce qu'elle a les cheveux frisés (ah bon), alors on lui lisse tout ça, on rajoute des robes de princesse, et hop, c'est un canon !

- My Fair Lady : Audrey toujours, devient belle en apprenant à être une lady (elle prend l'accent ET les fringues, j'insiste).

- Bimboland : on nous fait croire que Depardieu est incapable de reconnaître Judith Godiche... euh, pardon, Godrèche, dès qu'elle se teint en blonde et porte des minijupes. Déjà, je trouve que même mal arrangée, elle pourrait prétendre à mieux que Depardieu. Mais en plus, je pense qu'il a sérieusement besoin d'aller voir un ophtalmo parce qu'il n'y a que lui pour ne pas parvenir à la reconnaître.

 

   Mais les hommes dans les comédies romantiques ne sont pas obligés d'être beaux pour séduire, alors que les femmes, si (si vous ne me croyez pas, alors expliquez-moi Un Plan parfait qui rassemble Dany Boon et la sublime Diane Kruger). Ah non pardon, en Amérique les hommes sont beaux, c'est surtout en France qu'on a droit à cette injustice.

 

   Enfin, là n'est pas mon propos. Ce dont je veux parler, c'est des attributs de la beauté. Qu'est-ce qui fait que ces héroïnes sont belles à retardement ? Ne sont-elles pas naturellement belles ? Leur corps ne change pas du tout au tout quand même... Si on ne les croit pas belles au début, alors pourquoi est-ce que ça change ? Quels sont les éléments qui transforment ces petits canards en cygnes ?

   Il n'y a pas besoin de chercher loin : les agents de cette transformation sont les vêtements et les accessoires, typiquement féminins, autrement dit, collant parfaitement aux clichés de la définition de la féminité en vogue dans la bouche des avocats du sexisme. Etre une femme, ce n'est pas seulement avoir un vagin, paraît-il : c'est aussi porter des robes, et du maquillage, et des bijoux, des qui mettent en valeur notre "féminité". C'est la même conception de la féminité qui pousse un de mes collègues à me demander inlassablement quand je porterai de "vraies chaussures" à la place de mes baskets.

 

   Ce que j'en conclus donc, c'est que pour être belle, il ne suffit pas d'avoir de beaux traits, ni même un beau corps. Il faut porter haut l'étendard de la féminité. Une femme belle, c'est une femme qui s'habille de manière féminine, c'est-à-dire qu'en réalité, la beauté, ou l'impression de beauté, est au moins autant attachée aux vêtements et accessoires qu'elle porte qu'à son physique réel. D'ailleurs, quand on décide de mettre une robe, ou une jupe, ou des talons, ou du maquillage, etc, pour un rencard ou une grande occasion comme un mariage, ne parle-t-on pas communément de "se faire belle ?". C'est la tenue qui fait la beauté, et non la personne qui est dedans.

   Le côté cool de cette conception c'est que même une femme au physique ingrat peut prétendre à la beauté (c'est d'ailleurs ce que fait Barbra Streisand dans Leçons de séduction).

   Le côté nul c'est qu'être belle signifie en réalité qu'on se conforme tout simplement à un rôle que les hommes s'attendent à nous voir endosser. Si on allait appliquer ça de l'autre côté de la barrière, on pourrait dire qu'un homme beau est un homme qui a une voiture de sport ou une grande maison, ou un costard cravate associé au statut d'un homme riche ayant un poste bien placé.

 

   Heureusement, Barbra Streisand se moque de cette conception de la beauté, quand Jeff Bridges lui fait remarquer qu'elle ne porte jamais de maquillage :

"You don't use make up, do you ?
- What's the point ? I'd still look like me, only in colour".

   Barbra a raison : quand on sort des productions hollywoodienne, la beauté ne se fabrique pas si facilement. Notre apparence est ce qu'elle est, et ne change pas en fonction de nos vêtements. Moi en pantalon, ça ressemble à moi en pantalon, et moi en jupe, ça ressemble toujours à moi, mais en jupe. Pour certains, c'est pas de chance, pour d'autres, c'est cool, ils sont beaux tout le temps.

   Je sais que ça fait un peu Captain Obvious ce que je vous dis, mais quand je vois les tonnes de maquillage que portent certaines femmes, et leurs tenues, loin de vouloir les blâmer d'aucune sorte (on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, après tout), je m'interroge : ont-elles peur d'être laides, sans tout ça ? Ont-elles si bien intégré les injonctions à adhérer à cette beauté préfabriquée par notre société patriarcale ? (Attention, qu'on soit d'accord, je ne parle pas des féministes qui revendiquent leur droit de se mettre à poil mais simplement des femmes qui cherchent à plaire aux hommes).

   Et y a-t-il des hommes qui ont l'audace de se plaindre qu'elles soient moins belles, une fois le maquillage retiré et le pyjama en pilou enfilé ? J'ai le mauvais pressentiment que oui.


  Pour en revenir à Barbra, elle finira quand même par changer de look pour adhérer aux critères de la féminité (elle cherche à prouver un truc à Jeff Bridges). Et c'est alors que Pierce Brosnan lui explique qu'il devait toujours l'avoir aimée, c'est juste qu'il ne s'en rendait pas compte avant. On nous refait le coup de l'amour révélé par le changement de tenue/coiffure/maquillage de l'héroïne, sauf que Barbra n'étant pas stupide et si conformiste que ça, elle se dit que c'est quand même marrant, qu'il faille porter des jupes pour que le mec se dise qu'elle est intelligente (le film réutilise donc ce motif récurrent des comédies romantiques, mais pour le critiquer et l'invalider).

  Jeff Bridges, lui, l'aimait vraiment, avant, et non seulement il éprouvait déjà de l'attirance pour elle sans maquillage et froufrous, mais en plus, il n'aime pas son nouveau look, parce que ce n'est pas elle, pas la femme dont il est tombé amoureux (dans la vraie vie, les mecs se comportent plus comme Pierce Brosnan que comme Jeff Bridges - mais je remercie intérieurement Barbra Streisand d'avoir renversé cette convention le temps d'un film).

"You don't use make up, do you ?
- What's the point ? I'd still look like me, only in colour".

Leçons de séduction (Barbra Streisand, 1997)

La beauté féminine
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