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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 20:00

 

 

  Elle avait l'air parfaite, et chaque journaliste guettait le moindre de ses pas, la moindre de ses paroles, afin d'y dénicher un scoop, LE scoop qui confirmerait la réputation d'idiotes des Miss France. C'est fou comme on attend toujours ces pauvres filles au tournant. Plus le temps passe, et plus je me dis que les journalistes seraient fichus de trouver quelque chose de stupide dans sa façon de tenir sa cuillère en mangeant.

  Et voilà, après une semaine de suspense, Miss France a enfin eu le mot qui fâche, celui qui fait bondir du siège en hurlant de colère ou en riant au larme – en tout cas, celui qui permet à moult journalistes d'écrire un torchon infâme rempli de blagues lamentables (et souvent misogynes, d'ailleurs). Miss France a fauté.

  N'ayant que 15 matières à réviser et donc beaucoup de temps à tuer, j'ai décidé d'aller voir de quoi il s'agissait afin de me faire une idée par moi-même de l'étendue de sa soi-disant énormissime et impardonnable bourde. Et en lisant le premier article, je n'ai pu me dire que « tiens ? Mais elle est où la connerie, là ? Moi, j'vois pas ». Mais comme d'autres journaux en ligne adoptaient le même point de vue, j'ai dû me rendre à l'évidence : soit je suis aussi conne que Miss France, soit ces gens sont de mauvaise foi.

  Non pas que je meures d'envie de défendre cette brave fille, même si j’avoue que j'étais curieuse et déjà prête à l'excuser. Mais non, ma réaction va bien au-delà, il ne s'agit pas pour moi de défendre Miss France, mais un sujet qui m'est cher.

 

  Et là quelqu'un au fond ronchonne un « bon c'est quand elle veut pour cracher le morceau ». Voici donc les propos de miss France qui sont considérés comme une terrible gaffe, en commentaire à un fait d'actualité terrible (le coup du bébé dans le lave-linge) : « Si on commençait à respecter son chien ou ses animaux, ça serait plus facile de respecter ses enfants.' Commençons par les animaux, après les hommes' ».

  Ce que cette jeune fille tout juste majeure a exprimé, certes maladroitement, c'est tout simplement que si on commençait pas respecter les animaux, il y aurait a fortiori encore plus de chances qu'on respecte nos pairs. En gros, si une personne ne respecte pas la vie en général, elle va difficilement être encline à faire une exception pour la vie humaine. Commençons par respecter la vie, quelle qu'elle soit.

Franchement, je veux bien admettre qu'elle a utilisé une formulation maladroite, mais je suis profondément d'accord avec elle. Seulement, il y a des gens qui, au lieu de réfléchir deux minutes au sens de ses propos, se sont tout de suite mis à brailler que c'était tout de même un scandale d'oser comparer un « clébard » à un « enfant ». Déjà, on notera le choix judicieux des mots. Dans le monde de ces personnes, les adorables petits chiens et les sales mioches n'existent pas. Quand je vois le mot péjoratif employé pour désigner un animal, j'ai du mal à imaginer son auteur être doux avec nos amies les bêtes. En tout cas, j'aimerais bien que ces gens donnent des raisons argumentées pour avancer que « un enfant c'est tellement plus précieux ».

 

En réalité, ce dont il s'agit, c'est de la valeur de la vie. Il y a des gens qui, malgré la misère humaine que la mondialisation nous offre de constater si aisément chaque jour, continuent d'affirmer ou de croire inconsciemment que la vie humaine vaut plus que la vie animale. Le corollaire qui s'en suit est qu'il est nécessairement moins grave de maltraiter un animal qu'un humain (voire pas grave du tout). C'est sûr que ce raisonnement permet de justifier certains faits : tous ces animaux qui servent de cobayes dans les labos, tous ceux qui sont abandonnés, frappés (parfois à mort) par leurs maîtres, ceux qu'on tue parce qu'ils ne servent plus à rien, ceux qui sont parqués les uns sur les autres dans des cages avant de se faire bouffer, et j'en passe. Ce sont des réalités bien tristes que les gens n'aiment pas se rappeler. Elles nous renvoient à la figure toutes les horreurs dont nous sommes capables lorsque les contraintes de la société ne s'appliquent pas.

 

Non, je n'arrive pas à voir dans ces actes une prétendue supériorité de l'Homme sur les animaux. En vertu de quoi le serait-il ? Presque tout le monde s'accorde pourtant à dire qu'il est « un animal comme les autres », mais lorsqu'il s'agit de maltraitance, il bénéficie d'un statut doublement privilégié : on lui accorde plus de protection s'il est la victime, et plus de droits s'il est le bourreau.

Quand je vois ce que nous en faisons parfois, je ne peux pas me convaincre que notre conscience nous rend supérieurs. A quoi sert-elle, si nous ne cherchons pas à corriger nos défauts et à devenir meilleurs ? Ne devrait-elle pas être l'instrument d'une remise en question de nos comportements, d'une relativisation de notre place dans le monde, et par là, d'une prise de responsabilité vis-à-vis des conséquences de nos actions sur l'environnement, qu'il s'agisse de la nature ou des animaux ?

 

Mais voilà, les gens qui ont un point de vue comme le mien, ou celui de notre Miss, sont toujours mal vus, où qu'ils aillent. Nos détracteurs aiment d'ailleurs extrapoler notre position, nous faisant passer pour des misanthropes qui voudraient voir les animaux dominer les humains.

Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que pour les défenseurs des animaux, il n'est jamais question de domination, ce trait si cher à la nature humaine (et animale). On souhaite le respect, tout simplement, ce respect de l'altérité qui fait tout autant défaut dans d'autres combats pourtant plus « in », comme la lutte contre le racisme.

 

Maintenant que j'en ai cherché d'autres, je m'aperçois que les principaux auxquels je pensais n'en font en réalité pas partie : le féminisme et la lutte contre l'homophobie sont mal vus aussi... même si c'est un peu moins le cas, parce qu'il s'agit tout de même de défendre des êtres humains.

 

Nos fesses passent toujours en premier !

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commentaires

Kadcom 15/12/2011 10:40

IDIOCRATIE.
Je ne retrouve plus de qui 'c'est mais quelqu'un a dit un jour qu'on mesure la valeur d'une personne non pas à respecter ses supérieurs mais ses inférieurs. Ça correspond pas mal je trouve.

Audrey 14/12/2011 22:48

La bêtise, ça peut toujours s'éduquer. ^^

Reika 14/12/2011 22:55



Certes, mais dans ce cas, pourquoi existe-t-elle encore?



Audrey 14/12/2011 22:38

Un enfant est censé être plus précieux parce qu'on est de la même espèce.
Mais de toutes façons, dès le moment où l'on s'implique pour une cause, quelle qu'elle soit, les animaux, la lutte contre l'homophobie, le féminisme, où même la lutte contre la misère qui se trouve
devant nos portes (parce qu'aider la misère au loin, c'est plus classe, t'vois), on se fait critiquer. Peut être parce que les gens ont besoin de critiquer pour se sentir mieux parce qu'eux ne
s'impliquent nulle part ? Même si je dis et redis qu'on est cernés par les cons, j'espère encore profondèment qu'il s'agit de ça plutôt que d'un égoïsme primaire.
Le spécisme à encore de beaux jours devant lui.

Reika 14/12/2011 22:45



Je me demande ce que je préfère...que ce soit de la bêtise, ou de l'égoïsme primaire?