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  • : Du cinéma, de la littérature, et un peu de féminisme au milieu.
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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 16:43

   Beware, sujet sensible.

 

  J'ai pris quelques vacances de mon blog, mais je reviens avec un article qui manquera fort de cohérence... je le crains. Ces derniers jours ont été riches en débats féministes, entre le harcèlement de rue et le presque-viol de cette brave Lara Croft. Beaucoup de choses ont été écrites à leur sujet, je n'ai donc pas vu en quoi j'aurais bien pu contribuer au débat (à part en ne répétant que ce qui a déjà été dit). Et puis j'ai quand même été révoltée ou attristée parfois, et du coup, j'ai quand même quelques sentiments qu'il me tient à coeur d'énoncer. Les voilà donc.

 

  Comme beaucoup de femmes, je n'aime pas me faire aborder dans la rue. Comme beaucoup de femmes, je considère les hommes qui le font avec méfiance. Quand je sors de chez moi, je n'ai pas envie systématiquement qu'on vienne me parler. Que ce soit pour me faire des avances, me demander du fric, ou autre, d'ailleurs. Oui parce que tous ces gens qui ont quelque chose à demander, ils se disent qu'a priori, une femme jeune sera plus naïve, facile à berner, à extorquer, quelque chose comme ça, et ça me donne juste envie de leur défoncer la gueule avec une matraque. Si j'avais une bite et que je faisais 1m80, je suis sûre que je serais beaucoup plus tranquille, et rien que ça, ça me gonfle. Ce qui me gonfle encore plus, c'est quand on se fait aborder par un type louche, et qu'après notre refus, il nous poursuit de son assiduité, comme si c'était impensable de se refuser à eux.

  Mais ce qui pousse mon énervement à son paroxysme, c'est quand on attend un soutien d'une autorité quelconque, et qu'on ne la reçoit pas, à l'image de ce flic qui, quand j'ai porté plainte contre un mec qui nous a harcelées, une amie et moi, en bas de mon immeuble, n'a cessé de parler de drague. Aller se plaindre à ceux qui sont censés vous protéger de par leur métier, leur fonction, et sentir que tout ce qu'ils pensent, c'est que ce qui nous arrive est normal, ça donne profondément envie de vomir sur l'humanité toute entière. Si même les flics nous expliquent que si on voulait pas être violées, on n'avait qu'à pas avoir un vagin, qu'est-ce qu'il faut qu'on fasse ? Qu'on change de sexe ?

 

   Je suis contente qu'il existe des gens pour protester contre ça. Femmes, hommes... peu m'importe. Savoir que je ne suis pas seule, et qu'il y a des gens qui ont une voix qui porte mieux que la mienne pour me défendre, ça me rassure. Aussi, j'ai été soulagée de voir le tollé provoqué par l'article de Joystick sur le nouveau Tomb Raider. Cela prouve au moins que ce genre de choses ne traversent pas encore l'indifférence totale. Il y aura toujours des gens pour être sexistes, racistes, homophobes. Je n'en doute pas une seconde. En plusieurs milliers d'années d'histoire humaine, nous n'avons fait que répéter les mêmes travers, encore et encore. Je prie seulement pour qu'il y ait toujours un équilibre, c'est-à-dire assez de gens pour lutter et essayer d'améliorer l'humanité en dépit de ce qu'elle est. Tant qu'il y aura des gens comme ça je pourrai avoir de l'espoir.

 

  *Mode Racontage de life [ON]*

 

  Pourtant, même quand je suis convaincue d'avoir raison, il y a toujours un moment où je m'interroge sur mes motivations, sur mes torts, sur tout ce qu'il pourrait y avoir de peu reluisant dans ma propre conduite. C'est ce qui m'empêche de défendre mes idées jusqu'au bout : je doute de moi, je doute du bien fondé de mes actes et de mes raisonnements, et je doute d'être en droit de les imposer à autrui comme ce qui est bien, bon et vrai. Mes opposants ne s'embarrassent que rarement de ce détail en ce qui les concerne, trouvent cette faille et appuient sur cette faiblesse pour faire vaciller ce que j'ai d'argumentaire. Et je remballe mes armes, parce qu'au fond, même si je souhaite être comprise, je n'aime pas me battre. De ce fait, je ne cesse de perdre et je ressens chaque défaite comme une invasion. Et au fond, peut-être que c'est effectivement ça : une invasion. Je suis comme un pays : après la guerre, mon ennemi victorieux marche sur mon territoire en conquérant.

  Malgré le sentiment d'insécurité que cela engendre, j'ai envie de voir cette approche comme une solution. Depuis très longtemps, je tiens à appliquer deux proverbes : "ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse" et "avant de voir la paille dans l'oeil du voisin, il faut voir la poutre qui est dans le sien". Autrement dit, je crois dur comme fer que je n'ai pas le droit de demander quelque chose que je ne suis pas moi-même prête à faire pour quelqu'un. En cas de conflit, je me remets vite en question. Je me demande si je ne suis pas en train de faire ce que je reproche à l'autre, je présente facilement mes excuses lorsqu'on me dit que c'est le cas, et souvent, je me sens sale de ne pouvoir appliquer parfaitement mes principes. Je ne me fais pas d'illusions, ça m'arrive beaucoup plus souvent que je ne le voudrais. Je voudrais être meilleure, mais je ne suis pas au-dessus des autres sous prétexte que j'ai des idéaux. Je suis humaine, avec tout ce que ça implique de bassesse.

 

*Mode Racontage de life [OFF]*

 

  Du coup, malgré mes velléités féministes, je ne suis pas sourde à des arguments qui vont dans un sens totalement différent. Ni à une approche différente, plus contrastée et même parfois, plus ambivalente.

  En ce qui concerne le viol, donc - que je trouve être le crime le plus abject qui soit, quelque soit la victime, comprenez-moi bien - , je m'interroge lorsque je lis la mention d'une érotisation malsaine. Il est assez évident que le viol est souvent érotisé, dans la fiction à destination des hommes certes, mais aussi dans celle destinée aux femmes (lisez un manga érotique pour jeune fille, vous comprendrez de quoi je parle). Outre le syndrome de Stockholm, je me demande pourquoi, hommes comme femmes, nous y trouvons parfois une source d'excitation. Même des personnes a priori fortement horrifiées par cet acte peuvent se trouver émoustillées par la mise en scène fictionnelle d'un viol. Y compris, parfois, des féministes. Ça va à l'encontre de convictions, ou de principes qui nous ont été inculqués et sont durablement ancrés en nous (même les machos s'y opposent, quand ils se veulent chevaleresques). Je crois que cela met en lumière une part importante de notre ambivalence (et que ça a beaucoup à voir avec notre besoin inné de dominer, ou d'être dominé, mais je vous en reparlerai, sinon l'article sera trop long).

  La plupart des gens n'iraient pas mettre en pratique un viol sous prétexte qu'en lire une description ne les a pas laissés indifférents. Tout comme la majorité des gens qui prennent plaisir à voir des films d'action pleins de bastons et d'effusions de sang, ou des films d'horreurs pleins de carnages sanguinaires, n'iraient jamais mettre tout ce qu'ils ont vu en pratique, à moins de souffrir de graves troubles psychologiques. Parce qu'on fait la différence entre la fiction et la réalité.

  Aussi, je ne suis pas d'accord avec ceux qui prétendent qu'il y a certaines horreurs qu'on ne devrait pas mettre en scène. Au contraire, je trouve qu'elles ont produit des choses très intéressantes, en littérature comme ailleurs, ne serait-ce que d'un point de vue sociologique. En m'interrogeant sur ce sujet dans un vieil article ( Miroir, mon beau miroir, montre moi... l'humanité ), j'en étais arrivée à conclure que l'art, la fiction, nous permettent de mettre en mots, en forme, ces choses sombres, malsaines, qui sommeillent en nous, de la même manière qu'une phobie nous permet de reporter sur un objet concret des angoisses diffuses que nous portons en nous et qui nous échappent. Je crois donc qu'il s'agit d'une pratique salutaire, ou du moins, très parlante sur l'état de notre société actuelle. A condition, bien-sûr, de toujours savoir faire la différence entre la fiction et la réalité, et d'être capable de dépasser ces pulsions dans la pratique.

  Je ne suis pas en train de renier mes convictions, seulement en train de pointer du doigt que nous ne sommes pas de blanches colombes, peu importe l'intensité avec laquelle nous aimerions en être. Plus le temps passe, et plus j'apprends que nos convictions et nos actes sont parfois deux choses très distinctes... On croit en une chose, mais on fait son contraire, et je commence à me demander si ces ces choses ne sont pas nécessaires l'une à l'autre... peut-être est-ce justement pour lutter contre ce qu'on n'aime pas en nous-même qu'on développe des idéaux qui pourraient nous en affranchir ?

 

 

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commentaires

Pauline Arrighi 09/12/2012 15:30

Chère Reika,

Je te remercie pour cet article, qui parle d’un sujet beaucoup trop occulté.
Tu soulèves une question importante : celle du fantasme féminin sur le viol. De nombreux hommes utilisent ce fantasme, qui existe, je ne le nie pas, pour commettre eux-mêmes des abus.
Nous avons toutes et tous des pulsions masochistes et sadiques. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est un fait. Nous répétons nos échecs, nous nous empêtrons dans des situations nocives en toute
connaissance de cause, notre imaginaire ne souhaite pas toujours notre bien. En tant que femme, il est courant d’imaginer avec plaisir être brutalisée par un homme ou plusieurs. A part que cette
violence fantasmée sera consentie (forcément, si ça se passe dans mon imaginaire, ce n’est pas une violence imposée par qui que ce soit). Ce n’est donc pas un fantasme de viol à proprement parler.
Consentir à un acte non-consenti (selon la définition) est un non-sens.
De la même façon, il est possible, voire sain, d’avoir une sexualité variée et qui peut inclure des actes de domination avec un ou une partenaire attaché par exemple. Une fois encore, il n’y a
aucune violence dans ces pratiques, et faire un glissement de sens entre des jeux et un viol est non seulement erroné mais aussi dangereux.
De même qu’il n’y a pas de “vrai” ni “faux” viol, il n’y a pas de désir d’être violée.

Quand tu dis que les femmes “ne sont pas de blanches colombes”, honnêtement je ne comprends pas.

Le viol n’est pas un sujet avec lequel faire des compromis. C’est un acte avec une définition claire et qui n’est strictement jamais justifié ni mérité. Pourtant les victimes sont sujettes à la
méfiance, l’incrédulité et le rejet. Plutôt que d’essayer d’apporter des nuances, pourquoi ne pas oeuvrer à la prévention des violences sexistes et leur condamnation effective?

Bien à toi,
Pauline

Reika 10/12/2012 14:55



Merci de ta contribution. Tes réflexions sur le fantasme de viol qui n'en est pas un sont pertinentes.


Dans la seconde partie de ton commentaire par contre, tu te méprends sur ce que je voulais dire.


Je trouve le viol absolument inexcusable dans quelque situation que ce soit. Je l'ai d'ailleurs précisé dans mon article pour éviter ce type de contresens mais visiblement ce n'était pas
suffisant. Je n'ai absolument pas écrit tout ça pour expliquer ou minimiser quoi que ce soit de la violence de cet acte.


Et je n'ai pas dit que "les femmes" ne sont pas de blanches colombes, j'ai dit "nous", pour inclure toute l'humanité. J'ai dit que tout le monde avait ses propres ambivalences et je pointais le
fait que le "fantasme de viol" pouvait en faire partie. Mais contrairement à ce que tu sembles croire, je ne limitais pas ce "fantasme de viol" aux femmes.


Je disais plutôt que le viol était un acte mis en scène de manière parfois érotique dans la fiction, et je cherchais à soulever la question que posent nos réactions, que nous soyons hommes ou
femmes, face à ces mises en scène, car il y a des gens qui trouvent cela excitant, d'un côté comme de l'autre. Pour preuve, j'évoquais les nombreux mangas érotiques mettant en scène des viols,
aussi bien dans ceux destinés aux hommes qu'aux femmes.


Il s'agit de fictions, certes, mais les actes représentés n'en restent pas moins des viols. L'héroine ne désire pas être violée, elle a peur, elle dit non, c'est clairement une agression... mais
c'est présenté comme quelque chose d'excitant pour le/la lecteur/lectrice. S'imaginer se faire forcer par quelqu'un qui nous attire (auquel cas la relation est en fait consentie, comme tu le
soulignes) et lire ou voir une scène de viol et y réagir en étant émoustillé, ce n'est pas la même chose. C'est de la seconde chose que je parlais, c'est celle-là qui me pose problème.