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  • : Du cinéma, de la littérature, et un peu de féminisme au milieu.
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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 11:00

 

  Quand on passe son temps à courir les rencards comme moi (mes chevilles vont bien, merci), on est forcément confronté à une question cruciale, plus souvent tôt que tard : qui est-ce qui paye le verre ou le resto ? Dans le temps, il allait de soi que c'était à l'homme de payer, sous peine de passer pour le pire des muffles. De nos jours, c'est un peu moins évident, et ça peut devenir un vrai casse-tête pour ces messieurs, qui doivent s'adapter à la personne qu'ils ont en face d'eux.

 

  En ce qui me concerne, je fais partie des femmes légèrement féministes sur les bords qui n'aiment pas trop se faire inviter, et ce pour deux raisons.

  La première est que si l'homme nous paye un verre, nous devenons redevables. Il a dépensé son argent en plus de son temps, ça devient encore plus délicat de le rejeter si finalement on décide qu'on n'a pas envie d'aller plus loin avec lui. Certains hommes vont pousser le raisonnement jusqu'à estimer que ça vaut bien une coucherie, mais nous, on aime pas trop, ça nous fait nous sentir un peu comme des putes.

  Et la deuxième, c'est que dans mon esprit, ce geste signifie que je ne suis pas capable de me payer de quoi me nourrir. Je suis une femme, je n'ai pas les moyens de me payer quelque chose sans un homme qui agite sa CB derrière moi. Il n'y a rien que je trouve moins séduisant que le type qui joue au bon prince qui va prendre en charge la pauvre petite chose fragile que je suis.

  Je suis d'accord, je n'ai ni beaucoup de forces, ni beaucoup de moyens, mais je suis capable de me débrouiller seule, merci. Je ne dis pas que je n'apprécie pas qu'on me tienne la porte, qu'on tue une araignée chez moi, qu'on me change une ampoule (c'est trop haut) ou qu'on porte mon sac trop lourd. D'ailleurs, si jamais vous avez un doute sur mon évaluation de son poids, guettez la langue qui pendouille et les râles de souffrance qui s'échappent de ma bouche. En général, ce sont de bons indicateurs.

  Mais je préfère qu'on fasse ces choses là par égard pour moi et non selon les principes de la galanterie. Pas seulement parce que je rejette ce sur quoi repose la galanterie, c'est-à-dire l'idée sous jacente qu'un homme se doit de faire des choses pour une femme parce qu'en sa qualité d'être supérieur, il est responsable de ce qui lui arrive, mais tout simplement parce que c'est aussi plus valorisant pour moi de savoir qu'il me rend service parce qu'il m'aime bien plutôt que parce que je n'ai pas la même chose entre les jambes que lui.

 

  Pourtant, ça reste toujours mal vu pour un homme ne serait-ce que de partager l'addition. Même parmi mes amies (elles n'ont pas toutes une conscience féministe aigüe, avouons-le), il y en a qui continuent de trouver ça normal que l'homme les invite, en particulier lors du premier rencard. Elles s'y attendent et le testent sur ce point, c'est-à-dire qu'il a plutôt intérêt à ne pas se montrer pingre s'il veut gagner leur estime.

  Moi-même, je laisse souvent faire les hommes qui m'invitent, même si je n'aime pas trop ça. Pas très cohérent, vous croyez ? Peut-être pas, mais je n'ai pas envie de froisser l'égo de quelqu'un avec qui j'ai des rapports de séduction. D'autant plus qu'il y a aussi de temps en temps des hommes qui ont juste envie d'être sympas (oui, ça existe), sincèrement. Et qui trouveront ça naturel d'inviter l'autre, qu'il s'agisse d'un ami, d'un plan cul, ou de la femme de leur vie. On ne va quand même pas les contrarier à chaque fois, alors qu'ils ont de bonnes intentions... si ?

  Ceci dit, j'ai pu remarquer qu'il valait mieux se méfier de ceux qui se vexaient quand on refusait de bénéficier de cette démonstration de générosité de leur part. De toute façon, un homme qui tique quand une femme revendique son égalité, ce n'est pas bon signe. Sur le coup, vous vous direz qu'il ne s'agit, après tout, que d'un truc tout à fait anodin, mais demandez vous quand même s'il ne risque pas d'appliquer le même genre de réactions à des rapports un peu plus intimes.

 

  J'en suis arrivée à la conclusion qu'il n'y a pas de mal à se faire inviter, de temps en temps, à condition que ce ne soit pas systématique, et qu'il n'y ait aucune affirmation de supériorité masculine dans ce geste. D'ailleurs, c'est aussi plus agréable de se faire tenir la porte plutôt que de se la prendre en pleine gueule. Et ça fait du bien de pouvoir quelques fois admettre qu'on a besoin d'aide, sans rejeter celle d'un homme sous prétexte qu'il est un homme. Ce qui doit surtout changer, en réalité, c'est l'état d'esprit avec lequel on fait ce genre de choses.

 

  Je m'oppose à la galanterie, donc. Mais je pense qu'on peut très bien la remplacer par la politesse sans que cela change grand chose dans les faits.

 

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commentaires

Kadcom 26/03/2012 12:55

J'ai eu très peur en lisant le début de l'article.
Heureusement la fin est plus tempéré.
Et si on avait...juste envie de payer l'addition juste parce que ça nous fait plaisir ? Ouai je sais c'est un peu capilotracté mais ça peut se tenir non ? :)

Reika 26/03/2012 13:06



Bah oui c'est ce que je dis, y'a des mecs qui font ça juste parce qu'ils ont envie d'être sympas :D. Donc du coup, c'est un peu con de s'obstiner à refuser catégoriquement à chaque fois. C'est
important de défendre ses convictions, mais parfois il faut aussi savoir se montrer plus modéré, et ce n'est pas toujours facile.