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Zelda, Princesse bibliophile

Lettre à Ludwig

27 Juin 2012, 11:00am

Publié par Reika

  Lecteurs, lectrices, j'ai une confession à vous faire.

 

  Je me meurs d'amour.

 

  Oui, rien que ça.

 

  J'ai un amant depuis quelques temps, avec lequel je vis une relation passionnée et tumultueuse. Je ne sais plus exactement quand je suis tombée amoureuse de lui, mais je ne peux pas ignorer le tintamarre dans mon coeur à chaque fois que nous sommes ensemble.

  Cet amant, c'est Beethoven.

 

  Vous vous doutez, donc, qu'il ne faut pas prendre ma déclaration d'amour au pied de la lettre.

  Mais voyez-vous, je suis en train de lire Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent... d'Eric-Emmanuel Schmitt, et j'abonde tellement dans son sens que je me suis dis qu'il fallait absolument que moi aussi, je clame mon amour de Beethoven au monde entier.

 

  J'ai redécouvert la musique classique il y a quelques années maintenant, et comme pour beaucoup de gens, c'est grâce à Chopin que j'ai pu rentrer dedans en douceur. Il m'a enveloppée du voile rassurant de sa modernité, et de son romantisme, mais ce que je ne savais pas à l'époque, quand je lui jurais un amour éternel et supérieur, c'est qu'il ne faisait que m'ouvrir la porte sur un monde merveilleux qui agit sur les émotions avec une infinité de nuances.

Le problème de la musique classique, c'est qu'on n'y voit plus que de la musique d'ascenseur, surannée et décalée, et on ne prête plus attention aux notes. Alors pour apprécier cette musique, il fallait d'abord me sortir de la tête mes idées préconçues à la André Rieu. M'ouvrir aux surprises et écouter chaque note, chaque nuance, comme lorsqu'on goûte un morceau de gâteau.

  Chopin m'a ouvert l'appétit. Curieuse et affamée de musique comme j'étais, je me suis tournée vers d'autres compositeurs qui pouvaient me plaire. Le romantique et facétieux Schubert m'a attirée le premier, une amourette douce et légère dont on garde un souvenir reposant. Et puis je me suis ouverte à d'autres, comme Tchaikovsky, dont la fougue m'émeut toujours autant, ou encore Brahms et Grieg. Beethoven, parmi eux, a rapidement suscité un intérêt croissant en moi. Peut-être était-ce aussi plus facile, car ses morceaux m'étaient déjà bien familiers. Il ne me restait qu'à les découvrir sous un jour nouveau.

  Figurez-vous que le hasard de mes pérégrinations touristiques m'a offert une opportunité inespérée de le faire. Avec mes parents, on a pris pour habitude d'écouter Classic FM à chaque fois qu'on voyage en voiture au Royaume-Uni. On s'amusait à essayer de reconnaître la patte des compositeurs qu'on entendait, on débattait de ceux que l'on préférait, et on découvrait de nouveau morceaux avec bonheur. Et c'est au moment où nous nous sommes arrêtés dans un petit village écossais sous la pluie que la 5e symphonie a retenti. Les ruines d'une cathédrale se sont dévoilées sous mes yeux alors que l'orchestre déroulait ses célèbres accords comme une sentence irréversible qui tombait sur ce monument du passé. C'était une expérience inoubliable, une façon totalement nouvelle d'entendre et d'apprécier ces notes. Je n'avais jamais rien vécu de semblable.

 

  La musique de Beethoven me transcende et me fait passer du rire aux larmes; j'apprécie toutes ses nuances, aussi bien les plus vives et enjouées que les plus sombres et inquiétantes. Ce mélange, en apparence chaotique et aléatoire, mais d'une variété et d'une richesse si grandes qu'il parviendra toujours à vous surprendre, me fait penser à la vie elle-même.

  Sa musique a même un pouvoir inexplicable sur moi. Elle seule parvient à me calmer. C'est comme un tranquillisant. Elle m'apaise et me rend ma capacité à me concentrer et à penser. Elle dissipe l'opacité des angoisses qui m'oppressent, et me donne la motivation, la force et la patience nécessaire pour m'atteler à la tâche délicate de surmonter toute difficulté se présentant sur mon chemin.

 

  Ludwig, j'aime ton influence sur moi.

Lettre à Ludwig
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