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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 22:55

 

Me revoili, me revoilou, cher lecteur!


Aujourd'hui, j'ai dû me lever tôt pour aller à un colloque. Oui je sais on s'en tape, mais je te confie cet événement passionnant de ma journée, ami fidèle, parce qu'il a inspiré le billet que tu es déjà en train de lire. Non, je n'ai pas envie de te parler du sujet de recherche -à-la-mort-moi-le-noeud-plein-de-statistiques-et-de-tableaux, surtout que j'ai pas tout compris, et que franchement, la seule chose que j'ai retenu, c'est le titre d'un livre porno du 18e siècle (oui, on s'éclate parfois dans la recherche, tu vois).


Ce qui m'a interpellée dans ce moment majeur de ma vie universitaire est une chose toute simple et hautement pragmatique.

Au début de la "séance", mon amie et moi (merci cher lecteur), pouvant enfin rentrer dans la salle, avons commencé à avancer d'un pas lent et incertain, balayant les lieux du regard. Je suis sûre que toi aussi tu as expérimenté ce moment crucial de l'entrée en salle, dont on explore les quatre coins avant de regarder ses amis, la bouche en coeur, et de sortir un rauque "on se met où?".

De là part la question existencielle qui me taraude depuis, car il me semble qu'il s'agit d'une question incontournable dans la vie: "mais où est-ce que je pourrais bien poser mes fesses?".


Il me semble que sous ses airs anodins, cette question sous-tend l'angoisse essentielle de chaque personne en ce monde. Au delà de la simple question pratique qui nous suit partout où nous allons, de la salle de classe au cinéma, du cinéma au bar, du bar à la boite, de la boite à la rue (oui, même dans la rue, on marche où? A droite où a gauche? Et la vieille, là, je la double par quel côté?), voire de la rue à l'ascenseur (tout citadin s'est un jour demandé: "j'me coince dans quel coin pour que le voisin puisse rentrer aussi?") qui consiste uniquement à savoir quel espace physique nous préférons occuper, il y a deux autres points qui m'intéressent.

 

Le premier est, comme je le disais, l'angoisse sous-entendue par la question, pas tant par le biais de ce qu'elle signifie que par l'effet que sa nécessité produit sur nous. Lorsqu'on se la pose, ou pire, que l'on est contraint de la poser à quelqu'un d'autre, et quelque soit l'endroit, elle nous met invariablement mal-à-l'aise.

Dans le premier cas, on est désorienté, indécis, et d'autant plus perdu que personne ne peut nous secourir en prenant la décision à notre place. On ne sait pas quoi faire, on reste planté comme un piquet au milieu du chemin (énervant au passage une bonne femme hyper pressée qui devait absolument s'acheter un nouveau vernis à ongles), on fait des demi-tour insensés, on regarde à droite, à gauche, on zigzague, et on se mange un poteau sous les regards médusés d'une bande de lycéens aux faux airs de rebelles. Etant donné le nombre croissant de personnes névrosées dépendantes, cela peut devenir un gros problème qui, à la longue, peut pousser ces dernières à s'isoler de plus en plus pour éviter au maximum toutes les situations décisionnelles, handicapant par là même leur vie, tant sur le plan social que professionnel.

Dans le second cas, on peut certes partager notre malaise avec quelqu'un d'autre, et se sentir moins seul, mais c'est à double-tranchant: on doit avouer d'abord l'embarras qu'on ressent. Du coup, on rougit, on bafouille, on bégaie, on murmure ou au contraire, on hurle, attirant l'attention de tout le monde autour, ou pire, on coâsse au beau milieu de la phrase - ou notre voix part en couille à la fin, au choix.


Bref, on se sent con, ridicule, encombrant, et encombré.


Le deuxième point que je voudrais aborder est celui de l'autre angoisse, plus profonde, que cette question peut signifier si on l'applique à un contexte général. Tout le monde doit définir la position qu'il souhaite occuper dans la société, et se battre pour l'obtenir ou la garder, et beaucoup de gens, je suppose, redoutent de se voir attribuer une place non seulement qui n'est pas celle de leur choix, mais qui en plus ne leur plait pas et ne leur convient pas. Je suppose également que peut de gens peuvent un jour dire "j'ai foutu mes fesses là où je voulais bien qu'elles attérissent". Qu'il s'agisse d'un travail qu'on n'aime pas, d'une habitation qui ne nous correspond pas, ou d'un couple qui nous rend malheureux, nous finissons nombreux à être déçus par la place qu'occupent nos augustes derrières.

Avec tous les problèmes grandissants du chômage, de l'augmentation du nombre de diplomes aussi bien que du nombre d'années d'expérience que les employeurs réclament, les jeunes d'aujourd'hui, dont je fais hélas partie, voient grandir sans cesse la crainte, sûrement fondée je crois, de ne pas trouver leur place, et avant ça, de savoir où essayer de se la faire.


Et aujourd'hui, lecteur, je vais te faire une grande confession:


Je ne sais vraiment pas où je vais bien pouvoir foutre mes fesses.



Mademoiselle Sanchez.

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