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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 11:00

 

  Lecteurs, lectrices, je suis perplexe.

  L'autre jour, je suis allée voir Prometheus. Ça doit faire plus d'un an que j'attends ce projet avec impatience, et plus j'en avais de nouvelles, plus je trépignais. De la SF, par Ridley Scott, avec Michael Fassbender dedans...  Coooool, enfin un film de science fiction d'envergure, que je me disais !

 

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  Mais en fait, non.

  Quand je suis arrivée, on m'a dit "ouais, j'ai pas lu de bonnes critiques", mais comme moi et les critiques, on est pas très copains, j'en ai fait fi. De toute façon, je suis très bon public, surtout quand il s'agit de science fiction. Et puis le film a commencé, et je me suis dit : "ça va être bien !". J'ai attendu un peu, et je me suis dit "ça va être mieux après !". Et quand ça s'est fini, je me suis demandé pourquoi j'avais l'impression d'être un affamé à qui on donne une feuille de salade.

 

  Ce film, c'est du foutage de gueule.

 

  Et c'est d'autant plus rageant qu'il avait vraiment du potentiel. Y'a plein de bonnes idées qui se baladent d'un bout à l'autre, mais voilà, les scénaristes ont eu la flemme de les exploiter. Du coup, ça ressemble juste à un inventaire de conventions et de thèmes typiques de la science fiction, sans que qui que ce soit ne pense jamais à les exploiter. Bref, ils ont oublié de faire le truc essentiel qu'un jour, ma directrice de recherche m'a dit de faire : conceptualiser.

 

  Je vais maintenant vous faire part des "grands moments" qui m'ont marquée dans ce film, donc pour ceux qui veulent pas se spoiler, lisez pas, mais vous inquiétez pas, promis, je dévoilerai pas l'intrigue (kof kof... comme s'il y en avait une...).

 

  Ça commence bien, très bien, avec de belles images et une mystérieuse découverte. Ils ont même réussi à tourner sur l'île de Skye le seul jour de l'année où il ne pleut pas, ce qui doit être à peu près le seul exploit du film. On nous envoie de braves archéologues et une tripotée de scientifiques dans l'espace pour aller explorer la piste que cette découverte leur donne sur les origines de l'espèce humaine.

  Au début, on ne voit pourtant qu'un blond qui se balade de manière un peu raide dans le vaisseau. Ça, c'est pour que les neuneus comprennent tout de suite que c'est un robot, mais on remarque que sa démarche est de plus en plus fluide au fur et à mesure du film. Le robot, il est un peu bizarre : il regarde des films, fait du vélo, joue au basket, et espionne de temps en temps les rêves des passagers, vu qu'il a rien d'autre à foutre.  Alors là, logiquement, tu te dis que c'est trop cool, tu vas voir le thème de l'androïde qui veut devenir humain, comme dans l'homme bicentenaire, et comme tu adores Asimov, t'es sur le point de pisser dans ta culotte de jubilation. Mais en fait, non, il ne va pas se passer grand chose d'extraordinaire avec lui. Déjà, tu te demandes pourquoi il se teint les cheveux en blond. Ou plutôt, les racines, ce qui signifie qu'ils poussent, et là, on se demande comment c'est possible. Mais bon, ok, on va dire que ça fait partie du super thème du robot qui veut devenir humain.

  Comme ils arrivent enfin à destination, le vaisseau ralentit, et penche vers l'avant (??) ce qui fait valser les meubles un peu partout (??). Bon, euh, c'est pas le Titanic, hein, et on est dans l'espace... réveille toi, Ridley ! Le robot péroxydé réveille tout son petit monde, et une Charlize Theron en militaire castratrice débarque pour expliquer aux gens que c'est elle qui commande. Ensuite elle demande aux archéologues d'expliquer leur découverte. Pour ce faire, l'archéologue mâle se fout au milieu de la pièce, et... pose un rubik's cube gris par terre. Ah. Il appuie sur certains carrés, qui s'illuminent, et là, paf ! Ça projette un hologramme aussi grand que la pièce. Ok. Les rubik's cube ont beaucoup évolué en 80 ans, dites donc.

  Sur le coup, j'ai gloussé comme une dinde, mais que voulez-vous, j'ai été tellement désarçonnée...

 

  Je me suis reprise en me disant que ça n'empêchait pas forcément que le film soit bien. Donc j'ai regardé nos scientifiques se promener dans une grotte et mourir les uns après les autres sans jamais utiliser une seule fois leurs compétences professionnelles. Ils auraient pu envoyer des caissiers de chez Match là bas qu'ils auraient pas été moins efficaces. Chose remarquable cependant : les quotas (donc le black et le chinois) sont pratiquement les derniers à mourir. Eux, ils servent jamais, mais alors jamais à rien. Déjà, le chinois, il fait jamais de blagues, il dit trois lignes dans tout le film, et puis... il fait vraiment jamais rien. Je veux dire, il se promène même pas trop avec les autres. Des fois, on voit sa tête sur un plan, et c'est tout. Pourquoi est-il là ? Mystère, mystère.

  Le black, lui, il débarque en disant qu'il est le capitaine et que donc, lui, il pilote, et rien d'autre. Au moins, il annonce la couleur, mais avec une vue aussi mauvaise, je me demande comment il a eu son brevet de pilote. Tous ses petits amis en promenade ont des caméras fixées à leurs combinaisons (qui doivent être chauffantes d'ailleurs, vu que personne ne tremblote à - 25 °C), mais quand il leur arrive quelque chose, au lieu de regarder sur son écran énorme qui rempli la moitié de la pièce, pour voir la même chose qu'eux, il braille comme un con "qu'est ce qui se passe ? ". Mais regarde devant toi, abruti. Ça sert à quoi de tout filmer sinon ?!

 

  Non seulement Ridley ne tue pas les quotas tout de suite, mais en plus, il zigouille les héros avant qu'ils aient eu le temps de faire quoi que ce soit qui explique pourquoi ils sont les héros. Le robot décide, comme ça, sur un coup de tête, que ça serait vachement marrant d'infecter l'archéologue mâle, qui avait envie de se bourrer la gueule au billard parce qu'au bout de 3h sur cette planète, il n'avait pas encore eu les réponses qu'il cherchait (mec, t'as voyagé pendant plusieurs années, un peu de patience...). "Tiens, et si je lui faisais boire de ce liquide noir qui bouge tout seul qu'on a trouvé dans la grotte ? Ça serait marrant si ça pouvait être dangereux", qu'il doit se dire. Ce à quoi j'ai envie de lui dire : franchement, ces guignols ont pas besoin de tes pitreries pour se mettre en danger. Ils partent en expédition juste avant la nuit, enlèvent leurs casques au bout de dix minutes, et se séparent rapidement parce que rester groupés dans un endroit potentiellement hostile, pourquoi faire ?

  Bref. Au moment où tu vois l'asticot remuer dans l'oeil de ce brave garçon qui se regarde dans le miroir, tu te mets de nouveau à trépigner parce que t'as toujours pas perdu espoir à ce moment-là, tu crois encore qu'il va finir par se passer des trucs extraordinaires. Mais en fait, non. Il se fait brûler vif par Charlize avant même d'avoir achevé sa transformation.

  D'ailleurs, pourquoi la transformation est pas pareille pour tout le monde ? Pourquoi certains mutent, et d'autres meurent avant de revenir en zombies ? Encore un mystère irrésolu.

 

  Non, mais ça encore, c'est rien. Le grand moment du film, c'est juste après, quand cette brave - et malheureusement stérile d'archéologue femme - Noomi Rapace, dont tu te dis des fois qu'elle est belle, et que t'as envie de taper d'autres fois - apprend (par le robot - il est partout, et pourtant, on s'en sert jamais, que c'est frustrant...) qu'elle est enceinte de trois mois. Vu que son bide est toujours aussi rachitiquement plat, je comprends qu'elle s'insurge "mais c'est pas possiiiible". Je veux dire, même en supputant que la gestation d'un extraterrestre prenne beaucoup moins de temps, il faut quand même le caser dans le bidou, le truc de trois mois, et ça se voit, en général. Surtout vu la taille qu'il fait.

  Ce qui est bien, c'est que Ridley tue le suspense. Au lieu de nous faire attendre une demi-heure le moment crucial ou la bête va sortir et mettre en péril le vaisseau, il décide de tout de suite détruire la menace qu'il a introduite si subtilement dans son film (oui je vous rappelle : chéri infecté - baise avec chéri - chéri brûlé vif - bébé de trois mois - et tout ça en 15 minutes de film). Elle ne veut pas du gosse, pas possible (alors que juste avant elle pleurnichait de pas pouvoir en avoir) alors elle se découpe le bide elle-même, en étant consciente.

  Parce que oui, elle arrive à rester conscience, à souffrir, et à rester maîtresse de ses gestes, malgré les trois ou quatre énormes seringues d'anesthésiant qu'elle se plante un peu partout dans le corps, histoire de faire genre, et l'énorme trou qu'elle se fait elle-même dans le ventre. Quand on voit la taille du poulpe qui lui sort du bide (oui, un poulpe, Noomi Rapace accouche d'un poulpe qu'elle a conçu avec un mec qui se transformait vraisemblablement en quelque chose qui n'a pas grand chose d'un poulpe), on se demande où ils l'ont caché. Je veux dire, il est plus gros que le ventre de l'actrice, et on voit même pas une bosse.

  Non seulement elle parvient à se le sortir du bide toute seule, mais en plus, elle repart en courant partout dans le vaisseau, une minute plus tard. Même en s'arrêtant deux ou trois fois pour faire "beuaaargh" en se tenant le ventre, c'est pas crédible.

  Et donc, comme je disais, Ridley est devenu allergique au suspense et aux thèmes qu'on exploite jusqu'au bout. Donc le bébé mi-humain, mi-goutte noire, mi-poulpe, on ne le revoit plus qu'une fois, à la fin du film - pour le voir mourir tout seul. Bon, enfin, si, sa mort débouche sur un truc qui fait le lien avec la saga Alien (le seul intérêt du film, peut-être ?), mais c'est tout.

 

  Voilà, j'ai essayé de suivre à peu près le déroulement des événements, sans raconter vraiment l'histoire, mais y'a encore deux ou trois trucs qui m'ont choquée.

  La première, c'est le manque de consistance des personnages. Soit ils sont tous cyclothymiques, soit les scénaristes n'ont aucune once de psychologie. Ils oscillent entre la joyeuse niaiserie et le désespoir colérique d'une seconde à l'autre, et sont tantôt chaleureux, tantôt froids et distants. Même le robot est cyclothymique. Des fois, il fait des trucs tordus, genre, ramener des substances dangereuses dans le vaisseau et infecter l'équipage avec, et d'autres fois, il est tout gentil et essaie de sauver les gens. Je comprends pas. Je comprends vraiment pas ce qu'il fout là, ce qu'il veut, pourquoi il fait ce qu'il fait. Ça paraît tellement aléatoire...

  Deuxième chose qui me surprend toujours, quel que soit le film : les gens, quand ils courent pour pas se faire écrabouiller par un truc cylindrique qui roule derrière eux, ils pensent jamais qu'en partant sur les côtés, pour sortir de sa trajectoire, ça serait plus malin. Alors forcément, ils meurent écrasés. Mais là, le pire, c'est que Noomi se casse la gueule, et à ce moment fatidique, ses neurones se connectent enfin : elle roule sur le côté, et est épargnée. Heureusement qu'elle s'est cassé la gueule, parce que si elle avait continué à courir, elle serait morte.

  La troisième, c'est qu'on nous case une merveilleuse intrigue parentale, qui est avortée tout de suite : le vieux qui a financé l'expédition s'avère être le papounet de Charlize, mais une fois qu'on nous l'a appris, on ne s'en sert plus du tout. D'ailleurs, Charlize se tape aussi le capitaine black, mais le reste du film se déroule comme s'il n'y avait pas eu la moindre relation entre eux. Vraiment déroutant, ces relations qui n'aboutissent à rien.

 

  Vous l'aurez donc compris : Prometheus, c'est n'importe quoi.

 

Crédits : Allociné

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commentaires

Reppie 13/06/2012 22:16

Merci, tu viens de résumer à la perfection une partie des perplexités et incompréhensions, suivies parfois de moments de franche poilade qui se sont emparés de moi durant le visionnage du film.
Honnêtement j'ai rarement vu un réalisateur se tirer une balle dans le pied avec une telle abnégation... Passés les clins d'oeil filmiques qui tiennent d'ailleurs plus de l'oeillades appuyée voire
du repompage assumé, et l'aspect visuel qui parvient à nous interpeller pendant la première demi-heure, on a droit à une interminable foirade d'une heure et demi... A tel point que je me suis un
instant demandé si Ridley Scott n'avait pas eu l'intention de s'autoparodier, mais je ne pense pas que ce soit le cas, ni le genre du personnage. Tu as oublié de signaler cette révélation
incroyable(!) selon laquelle le père de Noomi Rapace serait mort atteint par le virus d'Ebola. On croise ce type au début du film en Inde, lorsque sa fille, encore en stase dans le vaisseau, est
espionnée par le robot qui s'emmerde tellement qu'il a décidé d'apprendre une hypothétique langue première de l'humanité en trifouillant dans des racines indo-européennes. Donc nous nous retrouvons
pendant quelques secondes en Inde, ambiance Indes Britanniques à la Rudyard Kypling d'ailleurs, et l'on voit un autochtone crever et le père de la sus-citée s'en émouvoir assez peu, puisqu'ils ne
"veulent pas de son aide". On n'en entendra pas reparler avant la fin du film, on l'on apprend donc que papounet est mort d'Ebola. Cette révélation étant bien sûr supposée nous donner le vertige et
nous ouvrir des horizons inconnus sur la psychanalyse des profondeurs, la psychologie des peuples et la geste prométhéenne. Sauf que... "Pendant ce temps à Tombouctou" Noomi Rapace accouche par
césarienne d'un poulpe géant et... et bien c'est tout ma foi.
Un peu plus tard dans le film, bien avant qu'il n'ait commencé à s'enfoncer dans les tréfonds de la nanariture, le petit copain de Noomi Rapace, ethno-anthropo-socio-archéo-xénologue de profession
manipule quelques tablettes sur un écran géant à la croisé de Minority Report, de l'écran tactile Microsoft et de l'hologramme de R2D2, pour montrer à tous les crétins du vaisseau qui avaient passé
deux ans en stase le but de l'expédition auxquels ils participent mais sur lequel ils n'avaient pas eu la présence d'esprit de s'informer : on a remarqué que les Hittites, les Egyptiens, les Incas
et plein d'autres civilisations très très anciennes avaient le même groupe de cinq étoiles sur leurs "tablettes" (pas tactiles). On s'en tiendra là pour l'immense opération de déduction qui a
permis de localiser la bonne planète d'où viennent peut-être nos créateurs... C'est à dire qu'en comparaison, les explications "scientifiques" d'Indiana Jones ont l'air de sortir de la revue
Nature...
Bref, après des films comme 2001 Odyssée de l'Espace, Blade Runner, The Thing, Alien, Solaris, Avatar et j'en passe, autant d'indigence scénaristique et intellectuelle ne passent absolument pas.

Reika 13/06/2012 22:47



Merci pour ton assentiment.


Je suis d'accord, c'est aberrant qu'ils ne prennent pas la peine d'expliquer comment ils ont fait pour localiser la planète en question. Et puis, sans déconner, si dans la réalité on venait avec
des preuves aussi maigres que ça, le gouvernement se contenterait de nous rire au nez...


Je me permets de t'arrêter dans ta liste de films : je veux bien qu'Avatar soit joli, très joli même, mais il n'y a pas de quoi s'extasier devant le scénario... c'est du vu et revu, et de manière
très convenue, je trouve.