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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 10:40

 

  Bien le bonjour mes amis lecteurs (et lectrices, surtout).

 

  Aujourd'hui je vais aborder un sujet qui a le don de me mettre dans tous mes états. il s'agit d'un comportement typiquement humain qui me semble largement répandu et on ne peut plus universel. C'est probablement, à mes yeux, le plus grand point commun entre tous les êtres humains de cette planète. Je pense même que c'est au coeur de toute forme de xénophobie.

   Il m'a fallu beaucoup d'années à tourner autour de ce point sans réussir à mettre le doigt dessus avant de terminer mon mémoire, et je suppose qu'il est la raison pour laquelle j'aime tellement les histoires de rencontres avec des vampires assoiffés de sang, extra-terrestres malveillants et autres monstres en tout genre.

 

  L'être humain ne peut pas s'empêcher de juger l'Autre. Comme l'a si bien développé Orson Scott Card dans son cycle d'Ender, il y a plusieurs sortes d'Autre: celui qui est d'une autre espèce, celui qui est de notre espèce mais d'un autre groupe culturel, celui qui est de notre espèce ainsi que de notre groupe culturel mais qui est physiquement extérieur à nous-même, et enfin, l'autre en nous, caché dans notre inconscient.

  Eh bien, c'est sur toutes ces formes d'Autre que nous ne pouvons pas nous empêcher d'émettre des jugements de valeur. Plus j'observe, plus je lis, plus j'écoute, et plus je constate qu'il y a partout, à chaque moment, quelqu'un qui émet un jugement sur une autre personne. Qu'il s'agisse d'insulte, de critique, de dévalorisation, ou au contraire de valorisation de quelqu'un, il y a toujours jugement. Toute notre vie, nous jugeons. Nous jugeons nos professeurs, et nos amis, mais aussi nos parents, nos contacts professionnels, et même des inconnus, qui n'ont rien demandé. Qui n'a jamais décrété que quelqu'un était méchant, idiot, ridicule ou laid?

  J'irai même plus loin en vous parlant d'Histoire: y aurait-il eu des guerres et des alliances s'il n'y avait pas eu de jugements de valeur? Hitler n'a-t-il pas estimé que les juifs, entre autres, devaient tous mourir parce qu'ils étaient mauvais pour son pays? Alors, oui, vous allez me dire, j'ai pris le pire exemple, et je vais vous dire pourquoi: c'est tellement facile de dire "il avait tort", c'est un sentier balisé. Ce qu'il a fait, c'est horrible, dramatique, c'est un monstre, une ordure... ce n'est pas bien difficile d'aller dans ce sens, c'est l'opinion généralement reconnue comme une vérité. Y adhérer est une simple question de bienséance. Mais je dirais presque: c'est trop facile. On n'y réfléchit même pas avant de s'exprimer. Le plus difficile à faire, c'est de se pencher d'abord sur sa version des faits, et pas seulement sur celle des Alliés (qui ne valaient pas forcément beaucoup mieux, quoiqu'on en dise). Ah, mais qu'est ce que je viens de dire? Non attendez, je vais vous choquer pour de vrai maintenant: de son point de vue, les choses étaient complètement différentes. Il pensait, lui, avoir parfaitement raison, et était convaincu qu'il avait des arguments tout à fait valables et fondés, et que donc, il avait raison. Il y a même encore aujourd'hui des gens qui pensent de la même façon que lui.

Non, je ne suis pas d'accord avec lui, n'allez pas vous imaginer que je vais vous démontrer quoi que ce soit allant dans son sens. Ca serait même plutôt l'inverse. J'ai délibérément choisis un exemple choquant pour vous destabiliser.

  Il y a des cas extrêmes dans lequel juger du bien et du mal, de qui a tort et qui a raison, parait si simple et évident que quiconque dirait le contraire serait automatiquement mal vu par la majorité. Je crois que parfois, remettre légèrement ces lieux communs en question, s'interroger sur notre propre jugement, serait une bonne chose.

 

  Il y a aussi des cas dans lesquels les choses ont l'air évidentes, mais ne le sont pas tant que ça. Pourquoi? Tout est une question de point de vue. Bien souvent, pour ne pas dire toujours, il ne s'agit au fond que de savoir quel point de vue aura le dernier mot, pas seulement entre deux individus, mais entre deux groupes de personnes différents, entre deux pays par exemple, comme dans toute guerre. Je vais vous donner des exemples.

 

  - Imaginons un couple qui se sépare. L'homme revoit des amis qu'il fréquentait avec son ex, et leur raconte alors à quel point il a souffert: infidèle, trompeuse, méchante... quand il lui a avoué qu'il savait qu'elle l'avait trompé, elle a simplement rit. C'est horrible non? Eh bien, un an plus tard, on apprend que longtemps avant qu'elle le trompe, il avait une autre relation en parallèle. Ne faut-il pas revenir sur le premier jugement et le nuancer? Et encore, là, je vous donne toutes les données.  Mais bien souvent, on n'a qu'une seule version des faits, ou une vision partielle et tronquée des événements. De toute façon, on ne sait jamais vraiment tout ce qui se passe entre deux personnes. Même lorsqu'on est l'une de ces deux personnes, on ne sait jamais vraiment tout ce qui se passe de l'autre côté. On ne ressent pas les mêmes émotions que l'autre, et on n'a pas les mêmes repères.

  Juger quelqu'un dans ces conditions revient à à hurler "je te vois" alors qu'on a les yeux bandés. Pourtant, nous le faisons toujours. Je vois tous les jours des gens qui le font. Des gens qui critiquent ce que font et pensent les autres, alors qu'ils n'ont même pas pris la peine de se demander pourquoi les autres faisaient et pensaient différemment.

 

  - Prenons maintenant en exemple le roman sur lequel j'ai fait mon mémoire: Je suis une légende, de Richard Matheson. Le héros est le dernier homme sur une Terre où tous ses congénères ont été transformés en vampires par une terrible maladie. Tous les jours, il combat pour sa survie, taille des pieux, tue des vampires, et fortifie sa maison. Mais voilà, renversement de point de vue à la fin: celui qui luttait contre les monstres découvre qu'il est lui aussi un monstre à leurs yeux. Il est ce danger qui rôde pendant les heures de sommeil, laissant ceux qui se réveillent la nuit découvrir à leurs côtés leurs proches massacrés. Au fond, lequel a tort? Qui est vraiment le monstre? Matheson introduit avec son renversement de situation qu'en définitive, c'est le point de vue de la majorité qui l'emporte, et que l'un vaut l'autre, ou plutôt, qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre.

  Autrement dit, ceux qui sont les plus nombreux ont raison. Ce sont les valeurs des groupes dominants qui sont érigées en vérités, alors qu'il existe d'autre vérités pour d'autres groupes d'individus.

 

  Et l'on pourrait penser que se retrouver dans la peau de l'arroseur arrosé ouvre les yeux. Il est vrai qu'avec l'aide de ce roman, j'ai pu comprendre ma propre propension à juger les autres, trait qui me dégoute depuis. J'ai pu voir cette partie de moi qui, intransigeante, fustigeait toutes les personnes qui n'avaient pas les mêmes valeurs, tout en m'insurgeant qu'on me fasse subir ce même traitement. Mais au fond, tout en sachant cela, et en détestant particulièrement ce trait en moi, je ne peux m'empêcher d'y céder.

  De même, être victime de racisme n'empêche pas d'être raciste.

 

 Mais pourquoi ces réactions? Pourquoi sont-elles si courantes, et pourquoi est-ce si difficile de s'en défaire?

Je crois que nous nous sentons menacés par l'Autre, et qu'il y a une part de défense de notre propre individualité dans ce processus, mais aussi qu'il y a en l'homme un penchant naturel à vouloir imposer à l'Autre, quelqu'il soit, ses propres valeurs, ses propres schémas de pensée, et ses propres goûts, plutôt que de se remettre en question. Tout ce qui pense et vit différemment de nous a tort. Du voisin qui écoute du rap alors que nous aimons le métal aux Américains des années 50 qui voulaient que le capitalisme l'emporte sur le communisme, en passant par les gouvernements qui veulent en convaincre d'autres qu'ils devraient adopter les mêmes lois.

 

Et oui, nous tuons pour ça. Tous les jours. Et en plus, nous sommes persuadés d'avoir raison de le faire.

 

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commentaires

Luna 27/02/2011 10:33


J'aime beaucoup Orson Scott Card : il sait décrire avec précision des choses inconcevables, nous faire réfléchir et nous étonner...
Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur"la stratégie Ender" sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!


Reika 28/02/2011 03:51



Il a aussi fait des choses moins intéressantes, mais c'est vrai qu'il donne à réfléchir. J'aime beaucoup "la stratégie Ender".



Audrey 20/10/2010 23:01


(J'ai un sérieux problème d'accents ce soir. -___-")


Audrey 20/10/2010 23:00


Le jugement, à mon avis, est aussi, dans une moindre envergure, une manière de se "protèger" et de ne pas se remettre en question, parce que forcément, c'est l'autre qui a tort.

Quand à ton point Godwin, ça m'a rappellé un passage du livre "The Science of Discworld: The globe" (nan, il écrit pas que des bêtises) (re parenthèse, passage que j'ai lu hier soir, d'ailleurs),
où Pratchett pose la question de savoir si Hitler est le fruit de la société de son époque, et que, donc, s'il n'avait pas existé, quelqu'un d'autre se serait chargé de faire ce qu'il a fait, où si
c'est lui qui a façonné l'histoire. (Oui, bon, ça a pas grand chose à voir avec ce que tu dis, mais je voulais le mentionner quand même). ('fin, si, mais j'ai perdu le fil de ma pensée, donc je me
souviens plus de ce que je voulais exprimer...)

(J'aime les parenthèses.)