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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 13:00

 

  Quand j'étais gamine, j'écoutais Mariah Carey chanter "I can't liiiiive if living is without youuuu" avec des trémolos dans la voix, et je me disais que c'était quand même magnifique d'aimer à ce point. Il n'y a pas qu'elle qui tienne ce type de discours, et même dans la vie ordinaire, combien de fois n'ai-je pas entendu des amies me dire "je ne peux pas vivre sans lui" ?

  C'est vrai qu'au moment d'une rupture, on est souvent tenté de croire que notre vie s'arrête avec le départ de l'autre. A l'instar de Vonda Shepard quand elle reprend The End of the World, on a une certaine tendance naturelle à se demander comment la vie peut continuer alors que pour nous, c'est la fin du monde.

 

Why do the birds go on singing?
Why do the stars glow above?
Don't they know it's the end of the world?
It ended when I lost your love.

 

  Mais voilà, la réalité n'est pas aussi romantique et absolue. On peut vivre sans l'autre. On peut toujours, peu importe la force de notre amour et la masse de bons souvenirs qu'on a. On n'arrive peut-être pas forcément à se débarrasser de toute trace de sentiments pour lui, mais malgré tout, le temps et l'habitude atténuent beaucoup de choses. Au bout d'un moment, on se retrouve à nouveau emporté dans le tourbillon de notre vie, dont les impératifs plus pressants et plus réels que notre nostalgie pour une relation qui n'est plus se font ressentir de plus en plus vivement.

  Les premiers jours, on pleure, on passe son temps à y penser et on n'arrive plus à se concentrer sur rien. Les jours suivants, on regarde toujours autant dans le vide, mais on pleure un peu moins. Le temps passe, on se remet un peu à travailler. On rigole avec bon coeur aux blagues de nos amis, entre deux soupirs. Quelquefois, on fait des rechutes. Et ces rechutes deviennent de plus en plus espacées. Parfois, on rencontre quelqu'un d'autre.

  Alors oui, sur le moment, on a l'impression que c'est la fin du monde et qu'on ne peut pas continuer sans l'autre. Mais cette impression est fallacieuse. On est un peu comme un drogué en plein sevrage. Au début, on ne peut pas se passer de notre drogue, et son absence nous rend fébrile. Et puis avec le temps, le manque se fait de moins en moins ressentir.

 

  J'ai remarqué une chose étrange : cette sensation concerne aussi ceux qui sortent d'une relation toxique, et ceux qui chérissaient leur indépendance comme personne avant que leur relation ne commence. Une de mes amies, par exemple, se trouvait très bien toute seule, mais lorsqu'elle a quitté son sombre connard d'ex, qui lui manquait de respect de toutes les façons possibles et imaginables, elle s'est quand même retrouvée à avoir peur d'être à nouveau seule et de ne plus jamais retrouver l'amour. Comme s'il n'y avait qu'avec lui qu'elle pourrait vivre ça.

  Pour un observateur extérieur, c'est facile de se dire "comment un type pareil peut-il lui manquer ?", mais il ne faut pas oublier la force des habitudes. Elles peuvent, dans une certaine mesure, transformer notre façon de voir les choses. Et là, on voit clairement que les sentiments amoureux ne rendent pas particulièrement lucide. Au contraire, ils déforment la réalité à nos yeux, et quand on discute avec d'autres personnes, qui n'éprouvent donc pas ces sentiments, on a parfois l'impression d'évoluer dans un monde parallèle.

 

  A chaque rupture, on croit que notre vie s'arrête, et pourtant, on a surmonté chacune d'entre elles, n'est-ce pas ? Alors évidemment, quand un mec me dit "tu m'oublieras, tu te remettras, va", j'ai beau avoir envie de le contredire de tout mon coeur, je sais bien qu'au fond, c'est vrai.

 

  Ou alors, j'en suis convaincue parce qu'en réalité, je n'ai jamais rencontré "l'homme de ma vie", et si c'est pas l'homme de ma vie, c'est normal que je puisse vivre sans. Mais même en supposant que je me fasse plaquer par "l'homme de ma vie", je crois que je surmonterais quand même cette épreuve. J'en suis arrivée à penser qu'on peut très bien se remettre d'une rupture sans cesser d'aimer l'autre. Autrement dit, je sépare le deuil d'une relation du deuil des sentiments.

  Si j'affirme qu'on peut tous vivre sans un être aimé qui nous quitte, dans la pratique, je pense également qu'il faut distinguer notre capacité de notre volonté à le faire. On pourrait, oui, mais au moins sur le moment, on n'en a pas envie. Je n'ai pas souvent souhaité le dire mais ça m'est arrivé de protester que même si je pouvais effectivement me remettre, ça ne m'intéressait pas. Me remettre, pourquoi faire ? Pour retomber amoureuse d'un autre, qui me fera à nouveau traverser cette souffrance ? Autant continuer à souffrir pour toi. Ou renoncer aux relations amoureuses et me satisfaire de t'aimer de loin. Étant donné que vivre seule ne me fait pas peur, cette solution me convient.

 

  J'aurais pu écrire ma propre conclusion, mais je vais me contenter de citer Jennifer Aniston dans La rumeur court... , étant donné que je n'aurais pas pu formuler ma pensée mieux que ça :

"I didn"t come here to tell you I can't live without you. I can live without you. I just don't want to".

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