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  • : Du cinéma, de la littérature, et un peu de féminisme au milieu.
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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 10:18

   Tiens, ça fait longtemps que j'avais pas joué les féministes hystériques.

   Ca tombe bien, j'étais au cinéma hier soir pour voir un film d'Audrey Hepburn, Funny Face, et ça m'a donné l'occasion de me livrer à des réflexions féministes - sur ce qu'est la beauté féminine, pour être précise.

 

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/65/33/77/20528289.jpg


 

   J'ai vu un bon paquet de comédies romantiques dans ma vie, et dans certaines d'entre elles (pour ne pas dire beaucoup), la beauté de l'héroïne est centrale, soit parce qu'il n'y aurait tout simplement pas d'histoire si elle avait été moche, soit parce que le mec ne réalise pas qu'il l'aime avant que sa véritable beauté ne soit révélée au monde.

   Exemples :

- Funny Face, obviously : Audrey est une libraire qui se promène dans ce qui ressemble approximativement à un sac à patates, mais devient sublime lorsque l'équipe d'un magazine de mode la prend en main pour en faire son égérie (comme si on pouvait gober que qui que ce soit puisse trouver Audrey Hepburn hideuse, même mal fagotée).

- Elle est trop bien : L'héroïne porte de grosse lunettes, elle est donc très moche (paraît-il). On lui met des lentilles, on lui coupe les cheveux, et Freddie Prince Jr tombe sous son charme (moi je la trouvais mieux avant, mais ça n'engage que moi).

- Sabrina (toujours avec Audrey) : une gentille petite fille apprend à devenir classe et sexy à Paris, et soudain le gosse de riche oisif qui ne la voyait même pas en tombe amoureux.

- Princesse malgré elle (oui je vous cite de la très haute qualité... pardon) : Anne Hathaway est moche parce qu'elle a les cheveux frisés (ah bon), alors on lui lisse tout ça, on rajoute des robes de princesse, et hop, c'est un canon !

- My Fair Lady : Audrey toujours, devient belle en apprenant à être une lady (elle prend l'accent ET les fringues, j'insiste).

- Bimboland : on nous fait croire que Depardieu est incapable de reconnaître Judith Godiche... euh, pardon, Godrèche, dès qu'elle se teint en blonde et porte des minijupes. Déjà, je trouve que même mal arrangée, elle pourrait prétendre à mieux que Depardieu. Mais en plus, je pense qu'il a sérieusement besoin d'aller voir un ophtalmo parce qu'il n'y a que lui pour ne pas parvenir à la reconnaître.

 

   Mais les hommes dans les comédies romantiques ne sont pas obligés d'être beaux pour séduire, alors que les femmes, si (si vous ne me croyez pas, alors expliquez-moi Un Plan parfait qui rassemble Dany Boon et la sublime Diane Kruger). Ah non pardon, en Amérique les hommes sont beaux, c'est surtout en France qu'on a droit à cette injustice.

 

   Enfin, là n'est pas mon propos. Ce dont je veux parler, c'est des attributs de la beauté. Qu'est-ce qui fait que ces héroïnes sont belles à retardement ? Ne sont-elles pas naturellement belles ? Leur corps ne change pas du tout au tout quand même... Si on ne les croit pas belles au début, alors pourquoi est-ce que ça change ? Quels sont les éléments qui transforment ces petits canards en cygnes ?

   Il n'y a pas besoin de chercher loin : les agents de cette transformation sont les vêtements et les accessoires, typiquement féminins, autrement dit, collant parfaitement aux clichés de la définition de la féminité en vogue dans la bouche des avocats du sexisme. Etre une femme, ce n'est pas seulement avoir un vagin, paraît-il : c'est aussi porter des robes, et du maquillage, et des bijoux, des qui mettent en valeur notre "féminité". C'est la même conception de la féminité qui pousse un de mes collègues à me demander inlassablement quand je porterai de "vraies chaussures" à la place de mes baskets.

 

   Ce que j'en conclus donc, c'est que pour être belle, il ne suffit pas d'avoir de beaux traits, ni même un beau corps. Il faut porter haut l'étendard de la féminité. Une femme belle, c'est une femme qui s'habille de manière féminine, c'est-à-dire qu'en réalité, la beauté, ou l'impression de beauté, est au moins autant attachée aux vêtements et accessoires qu'elle porte qu'à son physique réel. D'ailleurs, quand on décide de mettre une robe, ou une jupe, ou des talons, ou du maquillage, etc, pour un rencard ou une grande occasion comme un mariage, ne parle-t-on pas communément de "se faire belle ?". C'est la tenue qui fait la beauté, et non la personne qui est dedans.

   Le côté cool de cette conception c'est que même une femme au physique ingrat peut prétendre à la beauté (c'est d'ailleurs ce que fait Barbra Streisand dans Leçons de séduction).

   Le côté nul c'est qu'être belle signifie en réalité qu'on se conforme tout simplement à un rôle que les hommes s'attendent à nous voir endosser. Si on allait appliquer ça de l'autre côté de la barrière, on pourrait dire qu'un homme beau est un homme qui a une voiture de sport ou une grande maison, ou un costard cravate associé au statut d'un homme riche ayant un poste bien placé.

 

   Heureusement, Barbra Streisand se moque de cette conception de la beauté, quand Jeff Bridges lui fait remarquer qu'elle ne porte jamais de maquillage :

"You don't use make up, do you ?
- What's the point ? I'd still look like me, only in colour".

 


 

   Barbra a raison : quand on sort des productions hollywoodienne, la beauté ne se fabrique pas si facilement. Notre apparence est ce qu'elle est, et ne change pas en fonction de nos vêtements. Moi en pantalon, ça ressemble à moi en pantalon, et moi en jupe, ça ressemble toujours à moi, mais en jupe. Pour certains, c'est pas de chance, pour d'autres, c'est cool, ils sont beaux tout le temps.

   Je sais que ça fait un peu Captain Obvious ce que je vous dis, mais quand je vois les tonnes de maquillage que portent certaines femmes, et leurs tenues, loin de vouloir les blâmer d'aucune sorte (on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, après tout), je m'interroge : ont-elles peur d'être laides, sans tout ça ? Ont-elles si bien intégré les injonctions à adhérer à cette beauté préfabriquée par notre société patriarcale ? (Attention, qu'on soit d'accord, je ne parle pas des féministes qui revendiquent leur droit de se mettre à poil mais simplement des femmes qui cherchent à plaire aux hommes).

   Et y a-t-il des hommes qui ont l'audace de se plaindre qu'elles soient moins belles, une fois le maquillage retiré et le pyjama en pilou enfilé ? J'ai le mauvais pressentiment que oui.

 


  Pour en revenir à Barbra, elle finira quand même par changer de look pour adhérer aux critères de la féminité (elle cherche à prouver un truc à Jeff Bridges). Et c'est alors que Pierce Brosnan lui explique qu'il devait toujours l'avoir aimée, c'est juste qu'il ne s'en rendait pas compte avant. On nous refait le coup de l'amour révélé par le changement de tenue/coiffure/maquillage de l'héroïne, sauf que Barbra n'étant pas stupide et si conformiste que ça, elle se dit que c'est quand même marrant, qu'il faille porter des jupes pour que le mec se dise qu'elle est intelligente (le film réutilise donc ce motif récurrent des comédies romantiques, mais pour le critiquer et l'invalider).

  Jeff Bridges, lui, l'aimait vraiment, avant, et non seulement il éprouvait déjà de l'attirance pour elle sans maquillage et froufrous, mais en plus, il n'aime pas son nouveau look, parce que ce n'est pas elle, pas la femme dont il est tombé amoureux (dans la vraie vie, les mecs se comportent plus comme Pierce Brosnan que comme Jeff Bridges - mais je remercie intérieurement Barbra Streisand d'avoir renversé cette convention le temps d'un film).

 

 

Merci Allociné pour l'affiche.

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 20:43

 

  Ça fait longtemps que je vous avais rien raconté, hein !
  Ben voilà, l'actualité m'a fait réfléchir.

 

  Je me suis demandée avec étonnement d'où venait cette si farouche opposition au mariage pour les homosexuels. Il semble que l'argument principal avancé n'est même pas celui auquel j'aurais pensé en premier. Non, on nous parle du but du mariage : fonder une famille, un foyer, et donc, avoir des enfants et les élever de façon à leur inculquer des valeurs morales et républicaines. Bon, vu comment se comportent les trois quarts des gosses de nos jours, j"ai quand même l'impression que cette option est passée à la trappe, et qu'on fait des gosses avec la même irresponsabilité qu'on adopte un chiot Labrador pour le laisser crever dans la rue dès qu'il est un peu plus grand et qu'il pisse sur le tapis du salon parce qu'on a la flemme de sortir le promener. Mais c'est une autre histoire...

  Jusque là, ce n'est rien que des homosexuels soient incapables de faire. Étant des êtres humains a priori comme vous et moi, avec des pensées, des goûts, des envies, une histoire personnelle et une éducation, ils ne sont pas moins aptes à éduquer des enfants que, par exemple, un(e) détraqué(e) sexuel(le), un(e) alcoolo, un(e) drogué(e)... Y'en a même qui sont profs et qui font apparemment plutôt du bon boulot.

  Mais les anti-mariage pour tous ont un autre argument, qui s'inscrit dans la notion de foyer : pour grandir équilibré, un enfant (membre inévitable du foyer) a besoin d'un papa et d'une maman. D'un homme, et d'une femme. Cette idée m'a interpellée, et pas seulement parce que jusqu'ici, j'ignorais qu'on était obligés de faire des enfants si on se mariait. Je croyais que c'était un truc qu'on faisait parce qu'on en avait envie. Oui, je sais, je suis tellement naïve.

 

  Bref, donc, une fois que l'enfant arrive, il a besoin d'être entouré d'un représentant des deux sexes.

  Sans vouloir réinventer l'eau chaude, il me semble que les homosexuels vivent encore au sein de notre société mixte, pour laquelle ils travaillent, afin de s'acheter un appartement dans une ville remplie d'hommes et de femmes, ou dans des villages peuplés eux aussi d'hommes et de femmes. Ils sont donc nécessairement amenés, parfois malgré eux (les homos misogynes, ça existe aussi, faut pas croire), à fréquenter des personnes du sexe opposé, comme par exemple, leurs parents (qui deviendraient grand-parents), frères et soeurs (qui deviendraient oncles et tantes) et leurs amis et amies (qui pourraient faire office de parrains et marraines). Il me semble donc assez peu vraisemblable qu'un enfant élevé par des parents homosexuels évolue réellement dans ce cercle fermé à l'altérité que décrivent les défenseurs du mariage exclusivement hétérosexuel.

  Preuve par l'existence d'une occurrence : je connais une femme (probablement la plus équilibrée de mes connaissances, d'ailleurs), qui a été élevée par sa mère seule, son formidable papa ayant préféré prendre la poudre d'escampette à la naissance (être hétéro ne fait pas forcément de nous des gens courageux et/ou responsables). A-t-elle souffert d'un manque d'hommes dans son entourage ? Non : elle avait des voisins, des amis, un oncle, un grand-père...

 

  Et puis j'ai tiqué.

 

  Un homme et une femme, pourquoi est-ce nécessaire ? Pour que l'enfant voit ce que c'est un homme, et ce que c'est une femme. Et s'il faut les deux, et qu'un seul des deux ne peux pas apprendre ça à son gamin en prenant en exemple d'autres proches, c'est bien parce qu'il y a derrière un présupposé très simple : un homme et une femme, c'est pas pareil, et la différence est suffisamment importante pour justifier qu'une personne d'un sexe doit être totalement ignorante au sujet de ce qu'est l'autre (les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, paraît-il, et sont donc incapables de se comprendre l'un l'autre). L'homme se comportera en bon père de famille, et la femme lui prodiguera son amour maternel.

  Autrement dit, c'est une conception particulièrement genrée du couple, qui renvoit à la traditionnelle distribution des rôles dans notre bon vieux schéma patriarcal.

 

  Donc en fait, quand ces anti-mariage pour tous disent ne pas être homophobes (alerte, mon correcteur orthographique ne connaît pas ce mot -_-'), c'est peut-être qu'il y a un fond de vérité dans ce qu'ils clament. Leur premier obstacle, c'est le sexisme. Il se cache bien, mais il est présent tout de même.

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 09:15

 

  Il y a un truc qui m'exaspère un peu chez certains hommes : cette propension à balayer d'un revers de la main les colères et protestations des femmes avec cette justification merveilleuse que serait cette prétendue hystérie inhérente à la nature féminine.

  Ainsi, ils ne diront pas d'une femme qu'elle se fâche, ou qu'elle se met en colère. Non, ils préféreront employer des expressions très neutres comme "monter sur ses grands chevaux", "s'énerver pour un rien", "péter un câble", ou encore le très subtil "casser les couilles". C'est bien connu, nous les femmes, des fois, on s'ennuie, alors on se dit que pour s'occuper, ça pourrait être marrant de faire chier un homme. Pouf, comme ça, juste pour le fun.

 

  C'est très pratique parce que ça leur permet de nier complètement qu'il puisse y avoir le moindre soupçon de bien fondé dans n'importe laquelle des colères qu'une femme pourrait éprouver. Une femme ne se fâche pas parce qu'elle a des raisons de le faire, non. Elle se fâche parce qu'elle est hystérique. C'est tout.  Du coup, il n'y a aucune raison de se remettre en question, ni de s'interroger sur le pourquoi de la colère, voire - oh, hérésie ! - d'en discuter avec elle pour essayer de comprendre ce qui la contrarie. On se retrouve donc avec tous nos sentiments niés d'un bloc, non seulement comme étant parfaitement infondés, mais comme étant, en plus, inexistants.

  C'est une façon assez efficace de réduire au silence. Je dirais même qu'on nous vole notre voix. A partir du moment où un homme a agité l'épouvantail de l'hystérie devant nous, on ne peut plus rien dire. Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, ça sera jugé comme irrationnel, et ce avant même qu'on l'ait dit ou fait. On est discréditée, du début à la fin, avant même d'avoir exprimé ce qu'on avait sur le coeur. Mais en plus, c'est un argument un peu empirique pour asseoir l'idée qu'ils ont toujours forcément raison. Si on s'offusque de quelque chose qu'ils ont fait ou dit, ce n'est pas parce qu'ils avaient effectivement tort... mais parce qu'on est irrationnelle.

  Et puis, si c'est pas l'hystérie, ce sont les règles.

  De toute façon, on ne peux pas juste être triste, blessée ou en colère, non. On a nos règles, on exagère, on est folle, irrationnelle, confuse. Comme si on pouvait vraiment contrôler nos sentiments, comme si ça ne sortait jamais tout seul malgré nous. Et le pire, c'est qu'on va facilement nous reprocher de trop pleurer, d'être trop souvent contrariée par ce que l'homme dit/fait. Mais au lieu de se dire qu'il est peut-être incorrect, brutal, blessant, que sais-je, il mettra ça sur le compte de l'émotivité de la femme, et lui expliquera qu'elle n'a qu'à pas être émotive. Si on pousse l'argument jusqu'au bout, ça revient à dire : "Quoi, ça te fait mal quand je te marche sur le pied ? Mais arrête d'avoir des terminaisons nerveuses !".

 

  Alors moi j'ai envie de dire à ces hommes : si je suis chiante c'est parce que quelque part, tu me fais chier, et je te le rends bien. Et si on nous pousse à bout, c'est normal de péter un câble. Normal, oui. On ne peut pas attendre de quelqu'un qui se fait harceler moralement par un pervers narcissique qu'il reste calme et souriant. Au bout d'un moment, c'est juste plus possible.

 

  Et traiter d'hystérique quelqu'un qui se met à hurler comme un animal sauvage, face à son bourreau pervers, c'est de la non assistance à personne en danger.

  Parce que oui, quand on se sent en danger, quand on a très peur, quand on a mal, ou quand on est désespéré, c'est un peu un réflexe naturel de crier.

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 19:25

 

  Qui n'a jamais utilisé ou entendu cette expression lorsqu'il était confronté à une information qu'il avait besoin de chercher ? Dans le temps, on aurait répondu "l'encyclopedia universalis est ton amie", mais depuis l'invention du moteur de recherche le plus célèbre (et le plus controversé ?) du globe, on ne peut plus poser une question aux gens sans que ça leur démange de nous envoyer sur les roses en nous rétorquant qu'on n'a qu'à demander à Google, puisque lui, c'est notre ami, et eux, visiblement, non.

  Eh bien moi j'en ai vraiment ras la casquette de ces abrutis à qui demander conseil paraît déjà trop demander. "Oui, on est potes, et je lis toutes tes aventures passionnantes sur facebook, même quand tu racontes que t'as bouffé une pomme, et j'adore suivre l'évolution de tes statuts amoureux et les commenter comme quand je lis Gala, mais bon, me demande pas si je sais un truc, t'es lourd ... hein, quoi, mon métier ? Que ça concerne mon métier ? Ah mais je m'en fous moi ! Même si je sais la réponse, t'as pas à poser la question. Cherche la réponse toi-même, loin de moi, de préférence".

  Et puis, quand on balance une question sur facebook, un forum, ou quelque chose approchant du réseau social d'une manière ou d'une autre, en se disant qu'il doit bien y avoir un pelé dans le lot qui connaît la réponse, ou qui saura au moins où nous dire de chercher (mais là je dis où vraiment chercher, c'est-à-dire que si vous avez un problème de grammaire, il aura le bon sens de vous suggérer un manuel de grammaire ou sa version en ligne, au lieu de Google), franchement, c'est pas la peine de vous la ramener avec un "Google est ton ami" qui ne sert strictement à rien parce que figurez-vous que

1. On connaît Google aussi, alors si on vous pose la question c'est que justement, on avait pas envie de la lui poser à lui.

2 Ou alors on l'a déjà fait mais on n'a pas trouvé sa réponse satisfaisante.

3. Si vous n'en savez rien, ce n'est pas la peine de l'ouvrir... on pose la question à ceux d'entre vous qui pourraient savoir. Vous allez quand même pas me faire croire que quand vous étiez môme, vous leviez le doigt à chaque question de la maîtresse pour lui répondre "je sais paaaaaaas, demandez au livre de maaths !".


  Alors ça va paraître peut-être subtil mais en ce qui me concerne, je considère que poser la question à des gens susceptibles de connaître la réponse (à tout hasard, interroger mon pote informaticien quand mon windows update fomente une rébellion) c'est aussi une façon de chercher la réponse soi-même. Plus qu'en posant son cul sur un canapé en maugréant que "ça marche paaaas".

  J'ai cette tendance naïve à croire que je peux faire confiance aux gens que je connais pour m'informer sur des domaines qui se trouvent appartenir à leurs passions ou à leurs qualifications professionnelles. Un livre, Google, Wikipedia, un forum, tout ça c'est très bien... mais moi je veux parfois l'avis de quelqu'un qui a fait l'expérience de ce qui m'intéresse, comme par exemple, la sagesse de nettoyer ses cds avec du dentifrice. Google a beau me répéter que ça se fait, moi, je préfère l'entendre de la bouche de quelqu'un qui l'a fait et qui en est content.

 

  C'est peut-être aussi ma formation qui veut ça. On m'a appris qu'il fallait se méfier des informations qu'on trouvait sur internet. C'est une mine d'or, je suis d'accord - on y trouve tout et n'importe quoi. Ce qui veut dire qu'on peut avoir de la chance, tout comme on peut tomber sur un rigolo qui a eu envie de se moquer des gens qui utilisent les forums de Doctissimo.

  Wikipedia, c'est un peu le même problème que les forums, d'ailleurs. C'est collaboratif, ce qui veut dire que tout le monde peut apporter sa pierre à l'édifice. J'ai beau trouver l'idée formidable et constructive, ça ne m'empêche pas de savoir qu'il y a parfois des gens qui y mettent des informations erronées ou carrément à côté de la plaque (allez voir les fiches des catcheurs, vous allez vous marrer, si ça a pas changé depuis que j'y étais).

  Quand il s'agit de se donner des idées, de glandouiller tout en s'intéressant à des domaines divers et variés, c'est très bien, mais quand on cherche une information précise et fiable, surtout dans un contexte professionnel, on ne peut pas juste se fier à Google et Wikipedia sans avoir le réflexe ensuite de vérifier l'information auprès d'une source fiable. Par exemple, en cours, on s'est retrouvés à modifier la page Wiki d'Anne Perry parce qu'on s'est rendus compte que les dates de publication étaient fausses. Où trouver cette information ? Le site de la BnF. Un truc officiel, quoi, de gens dont c'est le boulot.

  Alors, je dis pas, il peut y avoir des physiciens très calés qui contribuent à l'enrichissement du net, mais je vous assure que tous les gens que je rencontre à la bibliothèque ne sont pas forcément capables de faire la différence entre sa contribution à lui et le site web amateur d'un collégien qui raconte des conneries.

 

  Et comme tout le monde n'est pas forcément un professionnel de la documentation, tout le monde ne connaît pas tous les sites officiels (ou vraiment reconnus) les plus indiqués dans tel ou tel cas. Dans ce cas, demander aux gens qu'on connaît, à l'ancienne, ça peut être pas mal aussi.

  Et puis, au lieu de toujours se tourner frénétiquement vers une machine ou un objet quelconque, s'adresser à des gens, c'est tout bête hein, mais ça peut renforcer une chose sympa qui s'appelle les rapports humains. Avec des gens, vous voyez. Des fois, discuter avec des gens, ça peut nous en apprendre tout autant, voire plus.

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 19:12

  Cet article était au départ incorporé au précédent : il y fait donc suite, mais je l'ai séparé pour que mon propos soit moins décousu.

 

  Mes réflexions relativistes mises à part, il y a une autre chose qui me chiffonne, dans tous ces combats : ce sont des combats, justement. On lutte contre tout : contre les arabes, contre le racisme, contre les amazones castratrices, contre le patriarcat, contre les loups, contre la maltraitance animale... Nous passons littéralement notre temps à nous battre les uns contre les autres au nom d'idées que nous croyons bonnes et meilleures que celles des autres. J'ai du mal à croire que cette attitude soit réellement productive, et ma meilleure preuve de ce que j'avance est le conflit israélo-palestinien.

  Je ne connais pratiquement rien des tenants et aboutissants de ce conflit, mais ce que je sais, c'est qu'il ne cesse d'empiler les morts dans une terrible escalade de violences et d'injustices, commises aussi bien par un camp que par l'autre, tant et si bien qu'il me semble à moi, que tout le monde a les mains si sales qu'on a atteint un point de non retour. Je suis partisane de la discussion, du compromis, de l'entente (même si je tombe sûrement souvent dans l'attitude que je dénonce - je ne me fais pas d'illusions à ce sujet). Je vois beaucoup de gens, dans ma vie quotidienne aussi, qui refusent le compromis parce qu'ils ont trop peur d'y perdre quelque chose, oubliant trop facilement que s'ils obtiennent le dernier mot, ce seront leurs interlocuteurs qui y perdront quelque chose. Ça me désole de voir autant de gens qui n'arrivent pas à penser au delà de la victoire et de la défaite.

  Les solutions aux conflits historiques n'ont pourtant pas toujours été trouvées dans le bain de sang et l'écrasement d'une volonté par celle d'un autre. L'Allemagne et la France se sont longtemps disputées, faisant de l'Alsace et la Moselle des dommages collatéraux fréquents. C'est au moment où chaque pays a décidé d'y mettre du sien pour faire ami-ami que cela a enfin cessé. Je suis heureuse, même, de voir à quel point cela dure et semble appartenir au passé. De la même manière, de Luther King, qui prônait une solution de préférence non-violente et basée sur la démonstration de bonne volonté et d'égale capacité des noirs, et de Malcom X, qui optait pour une lutte plus radicale et violente, c'est le premier que l'Histoire a le plus retenu. Et même si l'on trouve Magneto plus séduisant que le professeur X, celui des deux que l'on finit par soutenir, c'est celui qui souhaite le compromis et la bonne entente. Alors je garde espoir.

   Et le débat féministe dans tout ça, on en fait quoi ?

  C'était un peu le point de départ et je m'en suis beaucoup éloignée, mais c'est parce que je pense que toutes ces choses sont inextricablement liées, d'une manière très complexe.

  Dans le débat féministe, on parle souvent de lutte contre le patriarcat. Les mots qui reviennent sont tous liés à la violence et à la confrontation : agression, domination, humiliation, oppression... Je suis entièrement d'accord avec l'idée, mais je ne peux pas m'empêcher de trouver ces formulations, bien que réalistes, un peu négatives. Je crois qu'il est important aussi d'avoir une approche positive (comme le faisait Luther King d'ailleurs) : au lieu de ne parler que d'un seul aspect du problème en n'évoquant que les femmes victimes... pourquoi ne pas mettre davantage l'accent sur celles qui font leur chemin ? Pourquoi ne pas souligner l'existence de ces nombreuses femmes qui ont fait l'Histoire, d'une manière ou d'une autre ? Pourquoi ne pas parler plus souvent de ces femmes qui ont réussi, qui se battent ? Pourquoi toujours rappeler nos faiblesses (physiques en général) au lieu d'encenser nos forces ? Mais j'ai bon espoir, c'est en route. Les films pleuvent : Margaret Thatcher, Aung San Suu Kyi, Elizabeth 1ère, ou d'autres sur des efforts plus anonymes mais tout aussi importants. Si on pouvait, en plus, arrêter de se foutre sur la gueule et marcher enfin main dans la main pour trouver des solutions qui soient plus justes envers les femmes sans inquiéter les hommes (qui n'ont pas plus envie d'être dominés et humiliés que les femmes), ce serait parfait.

  Et puis je me posais une autre question : pourquoi les personnages féminins émancipés de la fiction doivent-ils si souvent s'approprier les attributs traditionnellement masculins que sont la force, le courage et l'adresse au combat, par exemple ? Ne peut-on pas envisager un moment de chercher à imposer des qualités traditionnellement féminines comme la norme ? N'aurait-on pas à y gagner quelque chose si on laissait tomber la force physique au profit de la douceur ? Et si on échangeait la fierté "masculine" contre la patience "féminine" ? Et si on vantait les vertus d'une approche mesurée au lieu du passage en force ? La ruse féminine, de ces femmes qui ont retourné les armes des hommes contre eux (en exploitant leur faiblesse face à la chair pour obtenir ce qu'elles veulent, par exemple), n'est-elle pas aussi efficace que la force brute de celui qui prend par la force ce qu'il aurait pu obtenir aussi en cultivant de meilleures relations avec l'autre ?

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 16:43

   Beware, sujet sensible.

 

  J'ai pris quelques vacances de mon blog, mais je reviens avec un article qui manquera fort de cohérence... je le crains. Ces derniers jours ont été riches en débats féministes, entre le harcèlement de rue et le presque-viol de cette brave Lara Croft. Beaucoup de choses ont été écrites à leur sujet, je n'ai donc pas vu en quoi j'aurais bien pu contribuer au débat (à part en ne répétant que ce qui a déjà été dit). Et puis j'ai quand même été révoltée ou attristée parfois, et du coup, j'ai quand même quelques sentiments qu'il me tient à coeur d'énoncer. Les voilà donc.

 

  Comme beaucoup de femmes, je n'aime pas me faire aborder dans la rue. Comme beaucoup de femmes, je considère les hommes qui le font avec méfiance. Quand je sors de chez moi, je n'ai pas envie systématiquement qu'on vienne me parler. Que ce soit pour me faire des avances, me demander du fric, ou autre, d'ailleurs. Oui parce que tous ces gens qui ont quelque chose à demander, ils se disent qu'a priori, une femme jeune sera plus naïve, facile à berner, à extorquer, quelque chose comme ça, et ça me donne juste envie de leur défoncer la gueule avec une matraque. Si j'avais une bite et que je faisais 1m80, je suis sûre que je serais beaucoup plus tranquille, et rien que ça, ça me gonfle. Ce qui me gonfle encore plus, c'est quand on se fait aborder par un type louche, et qu'après notre refus, il nous poursuit de son assiduité, comme si c'était impensable de se refuser à eux.

  Mais ce qui pousse mon énervement à son paroxysme, c'est quand on attend un soutien d'une autorité quelconque, et qu'on ne la reçoit pas, à l'image de ce flic qui, quand j'ai porté plainte contre un mec qui nous a harcelées, une amie et moi, en bas de mon immeuble, n'a cessé de parler de drague. Aller se plaindre à ceux qui sont censés vous protéger de par leur métier, leur fonction, et sentir que tout ce qu'ils pensent, c'est que ce qui nous arrive est normal, ça donne profondément envie de vomir sur l'humanité toute entière. Si même les flics nous expliquent que si on voulait pas être violées, on n'avait qu'à pas avoir un vagin, qu'est-ce qu'il faut qu'on fasse ? Qu'on change de sexe ?

 

   Je suis contente qu'il existe des gens pour protester contre ça. Femmes, hommes... peu m'importe. Savoir que je ne suis pas seule, et qu'il y a des gens qui ont une voix qui porte mieux que la mienne pour me défendre, ça me rassure. Aussi, j'ai été soulagée de voir le tollé provoqué par l'article de Joystick sur le nouveau Tomb Raider. Cela prouve au moins que ce genre de choses ne traversent pas encore l'indifférence totale. Il y aura toujours des gens pour être sexistes, racistes, homophobes. Je n'en doute pas une seconde. En plusieurs milliers d'années d'histoire humaine, nous n'avons fait que répéter les mêmes travers, encore et encore. Je prie seulement pour qu'il y ait toujours un équilibre, c'est-à-dire assez de gens pour lutter et essayer d'améliorer l'humanité en dépit de ce qu'elle est. Tant qu'il y aura des gens comme ça je pourrai avoir de l'espoir.

 

  *Mode Racontage de life [ON]*

 

  Pourtant, même quand je suis convaincue d'avoir raison, il y a toujours un moment où je m'interroge sur mes motivations, sur mes torts, sur tout ce qu'il pourrait y avoir de peu reluisant dans ma propre conduite. C'est ce qui m'empêche de défendre mes idées jusqu'au bout : je doute de moi, je doute du bien fondé de mes actes et de mes raisonnements, et je doute d'être en droit de les imposer à autrui comme ce qui est bien, bon et vrai. Mes opposants ne s'embarrassent que rarement de ce détail en ce qui les concerne, trouvent cette faille et appuient sur cette faiblesse pour faire vaciller ce que j'ai d'argumentaire. Et je remballe mes armes, parce qu'au fond, même si je souhaite être comprise, je n'aime pas me battre. De ce fait, je ne cesse de perdre et je ressens chaque défaite comme une invasion. Et au fond, peut-être que c'est effectivement ça : une invasion. Je suis comme un pays : après la guerre, mon ennemi victorieux marche sur mon territoire en conquérant.

  Malgré le sentiment d'insécurité que cela engendre, j'ai envie de voir cette approche comme une solution. Depuis très longtemps, je tiens à appliquer deux proverbes : "ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse" et "avant de voir la paille dans l'oeil du voisin, il faut voir la poutre qui est dans le sien". Autrement dit, je crois dur comme fer que je n'ai pas le droit de demander quelque chose que je ne suis pas moi-même prête à faire pour quelqu'un. En cas de conflit, je me remets vite en question. Je me demande si je ne suis pas en train de faire ce que je reproche à l'autre, je présente facilement mes excuses lorsqu'on me dit que c'est le cas, et souvent, je me sens sale de ne pouvoir appliquer parfaitement mes principes. Je ne me fais pas d'illusions, ça m'arrive beaucoup plus souvent que je ne le voudrais. Je voudrais être meilleure, mais je ne suis pas au-dessus des autres sous prétexte que j'ai des idéaux. Je suis humaine, avec tout ce que ça implique de bassesse.

 

*Mode Racontage de life [OFF]*

 

  Du coup, malgré mes velléités féministes, je ne suis pas sourde à des arguments qui vont dans un sens totalement différent. Ni à une approche différente, plus contrastée et même parfois, plus ambivalente.

  En ce qui concerne le viol, donc - que je trouve être le crime le plus abject qui soit, quelque soit la victime, comprenez-moi bien - , je m'interroge lorsque je lis la mention d'une érotisation malsaine. Il est assez évident que le viol est souvent érotisé, dans la fiction à destination des hommes certes, mais aussi dans celle destinée aux femmes (lisez un manga érotique pour jeune fille, vous comprendrez de quoi je parle). Outre le syndrome de Stockholm, je me demande pourquoi, hommes comme femmes, nous y trouvons parfois une source d'excitation. Même des personnes a priori fortement horrifiées par cet acte peuvent se trouver émoustillées par la mise en scène fictionnelle d'un viol. Y compris, parfois, des féministes. Ça va à l'encontre de convictions, ou de principes qui nous ont été inculqués et sont durablement ancrés en nous (même les machos s'y opposent, quand ils se veulent chevaleresques). Je crois que cela met en lumière une part importante de notre ambivalence (et que ça a beaucoup à voir avec notre besoin inné de dominer, ou d'être dominé, mais je vous en reparlerai, sinon l'article sera trop long).

  La plupart des gens n'iraient pas mettre en pratique un viol sous prétexte qu'en lire une description ne les a pas laissés indifférents. Tout comme la majorité des gens qui prennent plaisir à voir des films d'action pleins de bastons et d'effusions de sang, ou des films d'horreurs pleins de carnages sanguinaires, n'iraient jamais mettre tout ce qu'ils ont vu en pratique, à moins de souffrir de graves troubles psychologiques. Parce qu'on fait la différence entre la fiction et la réalité.

  Aussi, je ne suis pas d'accord avec ceux qui prétendent qu'il y a certaines horreurs qu'on ne devrait pas mettre en scène. Au contraire, je trouve qu'elles ont produit des choses très intéressantes, en littérature comme ailleurs, ne serait-ce que d'un point de vue sociologique. En m'interrogeant sur ce sujet dans un vieil article ( Miroir, mon beau miroir, montre moi... l'humanité ), j'en étais arrivée à conclure que l'art, la fiction, nous permettent de mettre en mots, en forme, ces choses sombres, malsaines, qui sommeillent en nous, de la même manière qu'une phobie nous permet de reporter sur un objet concret des angoisses diffuses que nous portons en nous et qui nous échappent. Je crois donc qu'il s'agit d'une pratique salutaire, ou du moins, très parlante sur l'état de notre société actuelle. A condition, bien-sûr, de toujours savoir faire la différence entre la fiction et la réalité, et d'être capable de dépasser ces pulsions dans la pratique.

  Je ne suis pas en train de renier mes convictions, seulement en train de pointer du doigt que nous ne sommes pas de blanches colombes, peu importe l'intensité avec laquelle nous aimerions en être. Plus le temps passe, et plus j'apprends que nos convictions et nos actes sont parfois deux choses très distinctes... On croit en une chose, mais on fait son contraire, et je commence à me demander si ces ces choses ne sont pas nécessaires l'une à l'autre... peut-être est-ce justement pour lutter contre ce qu'on n'aime pas en nous-même qu'on développe des idéaux qui pourraient nous en affranchir ?

 

 

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 13:40

 

  Voilà un article que j'ai envie d'écrire depuis longtemps, pour vous livrer mes réflexions sur la position des femmes en tant qu'êtres dotés d'une sexualité.

 

  Pendant très longtemps, la femme a été, littéralement, un objet : possession du père, puis du mari. Objet sexuel, qui plus est : sa raison d'être était de satisfaire les besoins sexuels masculins et de fournir des héritiers, elle devait donc se faire belle, sexy, et conciliante au lit. Et puis est arrivé le féminisme, qui lentement mais sûrement a permis de libérer les femmes de l'oppression masculine : droit de vote, travail, égalité des salaires, avortement, contraception, et tout le toutim. Les deux derniers points portaient sur le principe que les femmes devaient reprendre la possession de leur corps : c'est à elles de décider de ce qu'elles en font et comment. C'est donc dans les années 70, et avec ces combats, qu'a eu lieu ce qu'on appelle la révolution ou libération sexuelle.

  Ça y est, nous pouvions faire ce que nous voulions de notre corps : on brûlait les soutien-gorges, symboles de la soumission sexuelle, on portait des jeans au lieu de jupes, on rechignait à s'épiler sous les bras, et on ne se maquillait presque plus. On a aussi voulu défendre, et à raison je pense, le droit des femmes d'avoir une sexualité. S'affranchir ne signifiait pas ne plus avoir une vie sexuelle, mais avoir celle que l'on entendait. Cela signifiait qu'on allait pouvoir admettre qu'on avait des désirs et aller au bout de ceux-ci sans que quelqu'un d'autre ait son mot à dire. Une femme devait pouvoir coucher avec qui elle voulait, sans amour si elle le voulait. Elle pouvait avoir plusieurs amants.

 

  C'est aussi dans cet esprit qu'on est arrivés à des tenues plus découvertes : si une femme a le droit de s'habiller comme elle veut sans être jugée, elle doit pouvoir se mettre en mini-jupe sans que quelqu'un lui explique que ça fait salope. Encore aujourd'hui, il faut batailler contre les gens qui soutiennent qu'une tenue estivale, sexy, ou simplement jolie, justifie toutes les exactions. Combien de fois n'entend-on pas qu'une femme méritait d'être violée, habillée comme elle l'était ?

  Tout ça c'était donc en théorie, puisque le concept de fille facile a prospéré depuis, à tel point qu'on ne peut pas avouer un grand nombre d'amants sans qu'en face, il n'y ai pas de réaction surprise (qu'elle soit positive ou négative). Dans les faits, nous étions, sommes, toujours soumises à certains signes de domination masculine, qu'elle soit bienveillante ou non : la protection physique, la galanterie, l'inégalité effective des salaires...

 

  Mais moi, ce qui me frappe surtout, c'est que peu importe le sens des évolutions de la place de la femme, d'abord en robe, ensuite en jean, ensuite en jupe, et puis tout ça à la fois, avec une sexualité très active et le droit de refuser les rapports si on le souhaitait, il y a quand même une chose qui reste constante : le rôle central de la séduction.

  Le cliché de la féministe, qui sert à déprécier le mouvement féministe, la représente en femme poilue, mal baisée et pas habillée de manière féminine (déjà, rien que partir du principe qu'il y a une manière féminine de s'habiller, ça me pose problème). Autrement dit, la féministe n'est pas une femme séduisante, dans l'esprit de ses détracteurs. Et puis il y a le mouvement inverse, de ces féministes qui clamant le droit des femmes de se montrer, usent et abusent d'un look et d'une attitude qui sont fortement sexualisés, le but étant de prouver qu'on peut être féministe et séduisante, et avoir une vie sexuelle satisfaisante. Mais j'ai peur qu'en faisant ça, on ne finisse par tomber dans un extrême tout aussi péjoratif et avilissant pour les femmes, puisqu'on se retrouve, encore une fois, particulièrement marquées par notre sexualité. Dans un sens ou dans l'autre, celle-ci nous poursuit, et personne ne soulève la question d'une autre forme de séduction que physique et sexuelle.

 

  Et du coup, on en arrive à voir les femmes à nouveau transformées en objets, non plus fonctionnels, mais de désir pur et brut. C'est comme ça qu'on voit pulluler à la télé toutes ces chanteuses qui, à force de vouloir être plus sexys les unes que les autres, finissent carrément à poil dans leurs clips et sur scène. Moi, je veux bien qu'on me dise que ces femmes font ce qu'elles veulent de leur corps, et que leur demander de se couvrir reviendrait à cautionner la burqa, quoi que je trouve ce raccourci dangereux. Mais avec un nombre aussi élevé de femmes médiatisées qui se comportent de cette manière, je commence à me demander si elles ne se sentent pas un peu forcées, ne serait-ce que sur un plan inconscient, parce que la sexualité féminine fait vendre. Ca me rappelle le film d'horreur que j'ai vu hier : il y avait cette blonde à gros seins, dont le corsage était à moitié déboutonné, alors que même s'il avait été boutonné plus haut, on aurait encore pu voir son décolleté. Et tout ce que j'ai réussi à penser, c'est que j'avais de la peine pour cette fille qui avait été payée pour montrer ses seins à la caméra. Je ne vois pas de libération sexuelle là dedans, simplement une autre façon de nous objectifier. Et à tous ceux qui me rétorquent qu'il n'y a pas de problèmes là dedans parce qu'elle l'avait accepté de plein gré, je dis non, elle l'a accepté parce que c'était ça ou pas de boulot. Ce n'est pas un vrai choix, mais un rapport de force dans lequel il faut accepter d'être dominé ou ne pas être tout court.

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/31/93/20137621.jpgLa blonde à gros seins, personnage obligé du film d'horreur, dans Chroniques de Tchernobyl


  Parallèlement à ça, j'ai aussi vu la lingerie fine prendre de plus en plus d'importance. Quand j'étais petite, une culotte en dentelle, c'était bien assez sexy. Et puis les strings sont arrivés, et si tu n'en portais pas, tu n'étais qu'une prudasse qui ne méritait pas qu'on la regarde, sauf pour en rire. Et puis les porte-jarretelles et autres choses que tu mets trois fois plus de temps à enfiler qu'à enlever sont revenus en force. L'épilation a fait l'objet d'une attention similaire : les poils, c'est sale, c'est pas sexy, tu ne dois point en avoir (les hommes par contre, ils peuvent). Et ç'en est arrivé au point où c'est devenu complètement ringard et digne de moqueries de ne pas se faire l'intégrale. Quoi, t'as seulement le ticket de métro ?? Mouhahaha, mais tu mérites pas que je te baise ! Donc les femmes se sont mises à s'épiler avec frénésie.

  Et puis est arrivée encore une nouvelle façon de faire de nous des objets sexuels : le bon coup. Si dans le temps, l'impératif de performance ne concernait que les hommes, puisque nous étions passives, désormais, la femme passive est rejetée. Quoi, tu refuses la levrette ? Mais à quoi ça sert de te fréquenter, alors ? Hein, tu te contentes d'écarter les jambes ?? Mais comment tu fais pour te trouver des mecs ? Eh oui, le fameux article sur la pipe, "ciment du couple", ne faisait qu'illustrer avec un exemple ce malheureux état de fait : une femme doit être un bon coup, sinon elle ne vaut rien du tout. Qu'elle soit gentille, intelligente, drôle, patiente, dévouée, persévérante, dotée d'un talent artistique quelconque, ça n'est pas intéressant. Ou du moins ça l'est, à condition que ses performances sexuelles ne viennent pas foutre la pagaille. Notre caractère est un plus, pas un aspect essentiel. Il y a une pression assez importante sur les femmes d'aujourd'hui, pour être sexuelles, sans quoi nous ne saurions être des femmes. On peut fustiger comme on veut les femmes qui se soumettent à cette pression, il n'empêche que cette pression est très forte, et que le rejet en cas de non conformité est bien réel. Moi-même je la ressens très fortement et n'arrive pas totalement à m'en dégager, mais elle a plutôt l'effet de me bloquer complètement plutôt que de me pousser à faire des choses étiquetées comme sexys.

 

  Un jour, un mec avec lequel je m'apprêtais à coucher m'a demandé ce que je faisais pour être sexy et exciter un homme. Et je lui ai répondu que jusqu'ici, je n'avais jamais eu besoin de faire grand chose. Pourtant, je dois bien être honnête : je me force à m'épiler, j'ai jeté la majorité de mes culottes en coton, et quand j'ai un rendez-vous, je me demande si je dois mettre une jupe et si mon décolleté est assez profond.

  Je trouve ça assez triste de me dire que si je ne corresponds pas aux standards actuellement très élevés de la sexytude, je ne parviendrai pas à séduire simplement avec mon charme naturel, mes sourires et mon esprit.

 

  Quoiqu'il en soit, ce qui ressort de tout ça, à mes yeux, c'est que d'une façon ou d'une autre, nous sommes soumises à l'approbation des hommes.


 

Crédits : Allociné

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 11:30

 

  Il n'y a pas si longtemps, je vous expliquais que dans le couple de Barbie, celui qui restait à la maison et ne servait qu'à se reproduire, c'était Ken (cf l'article Barbie).

  Eh bien, l'autre jour, en me promenant dans un magasin de jouets, je suis passée au rayon des célèbres poupées, et j'ai encore été confortée dans mon opinion par ce que j'ai vu.

  La première chose qui a attiré mon oeil, c'était Ken. Normal, il était en début de rayon. Mais c'est surtout qu'il a désormais un look de toy boy blond, métrosexuel, tout fin mais musclé quand même (il a dû passer par la chirurgie esthétique celui-là). Et puis mon cerveau a buggé : quoi, Ken rasage ? Il se rasait pas déjà quand j'étais petite ? En l'occurrence, ce Ken rasage fait beaucoup moins ours mal léché que celui de ma tendre jeunesse.

 

  Et puis mon regard a été attiré par son voisin. Voyez par vous-même.

 

Ken-paroles-de-reve.jpg

 

 

  Non, vous n'avez pas la berlue. Ils ont inventé un Ken Paroles de Rêve, et insistent sur la boite : c'est le petit ami idéal. Le principe ? Vous enregistrez un message que vous aimeriez qu'il vous dise, un truc super romantique du genre "t'as d'beaux yeux tu sais", "je veux mourir en te donnant un rein", "je t'aimerai toujours, jusqu'à la fin des temps et même plus loin que Pluton", ou encore "chérie, j'ai descendu les poubelles et nettoyé les chiottes". Et puis vous appuyez dessus, et il le dira lui-même, avec sa propre voix de tombeur.

  Probablement que c'est un jouet qui croit s'adresser aux midinettes qu'on s'imagine que toutes les filles sont, mais il n'empêche que ce jouet, c'est un peu l'homme-objet. On en fait ce qu'on veut, il est là pour être beau, nous aimer, et dire ce qui nous fait plaisir. Il n'y a pas de place pour autre chose (j'attends toujours Ken Personnalité de rêve). Ken est là pour faire l'amour.

  D'ailleurs, pendant que lui continue à ne pas trouver du travail (Ken a probablement poussé au suicide la moitié du pôle emploi), Barbie continue son ascension sociale. Deux mètres plus loin, j'ai découvert que depuis que je l'avais laissée, elle s'était lancée dans la politique.

 

Barbie-presidente.jpg

 

  Eh oui, Barbie se la joue Barack Obama, et son slogan n'est pas sans me rappeler les tweets pleins de sagesse de Paris Hilton : "si tu peux le rêver, tu peux le réaliser". Rien que ça.

 

  Je sais bien qu'elle est encore habillée en rose, et encore en jupe, avec son petit collier de perles de femme bien comme il faut, mais il n'empêche que elle, elle bosse, et elle a de sacrées responsabilités. De son côté, Ken n'a toujours pas fini de se raser. Entre deux coups de rasoir, il a juste trouvé le temps d'améliorer ses fonctions reproductrices, pendant que son ex et nouvelle compagne, non contente de ramener du fric à la maison, prenait le pouvoir sur le pays.

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 00:00

 

  Il y a une chose que je trouve dommage dans le débat sur le féminisme et le sexisme, c'est qu'on parle le plus souvent des souffrances et des difficultés que traverse la femme, victime de la domination des hommes. Pourtant, le sexisme a deux visages. S'il a des conséquences sur l'image de la femme, il en a aussi sur celle des hommes, et pas des moindres.

 

  J'ai déjà évoqué dans un article précédent les stéréotypes masculins véhiculés par les médias, mais j'ai encore envie de montrer du doigt à quel point le sexisme peut être aussi stigmatisant et réducteur pour les hommes que pour les femmes.

 

  La femme, c'est quoi ? Un être inférieur, faible, soit-disant plus doux et sensible, mais aussi pleurnichard, instable et hystérique. C'est la peste vénale qui fait la course au mari en déployant des trésors de futilité et de superficialité. Bon.

  Et l'homme, du coup ? C'est le plus fort, celui qui est supérieur, qui maîtrise ses émotions, qui fait preuve de courage et qui pourvoit aux besoins des siens, oui. Flatteur, a priori. Mais si on ne s'arrêtait pas à cette partie du discours, et qu'on jetait un petit coup d'oeil à la partie immergée de l'iceberg, on y trouverait quoi ?

  Si on creuse un peu, on voit que cela implique aussi que dans cette séparation des rôles et des caractéristiques, l'homme est celui des deux qui réfléchit le moins. C'est l'éléphant dans un magasin de porcelaine dès qu'il essaie de participer au ménage, c'est l'homme des cavernes poilu et sale, tellement basique que les soirées bière-pizza à beugler devant le foot représenteraient le summum du bonheur pour lui. L'homme, c'est aussi cet obsédé sexuel, qui ne pense aux femmes qu'en termes de vagins à conquérir, et ne cherche jamais à connaître et à valoriser les individus auxquels ils appartiennent.

  Je ne reconnais pas la majorité des hommes que je connais dans cette définition. Je les trouve beaucoup plus intéressants, et je trouve dommage que certains d'entre eux soient complexés de ne pas parvenir à se reconnaître dans cette vision établie de la masculinité, et qui leur est autant imposée depuis leur naissance qu'une certaine idée de la féminité est imposée aux femmes depuis leur plus jeune âge.

 

  Les mecs, je sais pas pour vous, mais moi, si j'étais un homme, j'aimerais pas trop qu'on me voit comme ça. J'aimerais qu'on voit que je suis beaucoup plus complexe que ça. J'aimerais qu'on admette que je puisse avoir des sentiments et des convictions, et qu'on m'autorise à les exprimer avec sensibilité et sans avoir nécessairement recours à la force et à l'intimidation. J'aimerais aussi ne pas être réduite à une simple brute épaisse, espérant être bien plus évolué que cela. J'ai un cerveau, zut !

  Non, vous avez pas envie de dire ça ?

 

  Et c'est aussi pour ça que le mot "féminisme" me pose un problème. Il place les hommes et les femmes en adversaires, alors qu'il serait bien plus constructif d'oeuvrer ensemble pour leur bien commun : l'abolition des clichés réducteurs pour les deux sexes confondus. Enfin, je trouve. Tout le monde a quelque chose à y gagner, après tout. On pourrait tous y trouver notre compte, si on n'était pas aussi occupés à se battre.

  C'est pour ça que je suis consternée quand j'entends des féministes gueuler contre les mecs qui sont pro-féminisme, comme si c'était pas légitime de leur part de se sentir concernés par le débat. Déjà, c'est complètement absurde : si on leur tape dessus, je vois pas comment ils pourraient ne pas être concernés. Ensuite, je trouve ça encourageant, personnellement, aussi bien pour les femmes que pour les hommes, d'ailleurs, que ces derniers puissent être en accord avec le souhait d'égalité du mouvement féministe, et qu'on leur donne le droit d'exprimer cette opinion. Ce serait libérateur de deux façons : d'une part pour les femmes, qui seraient légitimées par le soutien de ces hommes dans leur démarche, et pour les hommes d'autre part, qui ne seraient plus obligés de se conformer à un modèle qui ne leur correspond pas forcément.

 

  Alors, effectivement, messieurs, il n'y a pas de mouvement "hoministe" pour vous défendre contre les attaques du sexisme, et c'est bien dommage, je vous l'accorde, mais toutes les féministes (aaaah, je hais ce mot) ne sont pas des amazones castratrices mal baisées non plus. Il y en a - moi par exemple * Tatataaaa lancé de fleurs, trompettes qui retentissent * - qui rejettent le sexisme sous toutes ses formes, y compris lorsqu'il dévalorise les hommes. Et qui ont envie d'une égalité réelle. Il existe une lutte contre le sexisme qui ne se contente pas de larmoyer sur la condition des femmes.

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 11:00

 

  Un jour, je suis allée voir Thor.

 

  Honnêtement, je l'ai trouvé très inégal. Mais à ma grande surprise, j'ai eu un gros coup de coeur pendant ce film, pour le méchant.

  Je vous ai déjà parlé de mon affection pour le personnage de Loki, je ne m'attarderai donc pas trop sur lui (même si j'en meurs d'envie). Mais il a quand même ravivé mon opinion déjà bien installée que les méchants des films sont bien souvent beaucoup plus intéressants que les gentils. Beaucoup de gens pensent de la même manière et j'en suis ravie. Ce qui revient moins souvent, c'est de penser que les soi-disant gentils ne valent pas forcément mieux. En dehors du formidable Avengers qui souligne les imperfections de chacun de ses héros (ce qui à mon avis, les rend tous mille fois plus intéressants), on ne remet en général pas en cause les qualités du gentil. Voilà qui a donc relancé mon envie d'écrire un article sur cette lutte manichéenne entre les beaux gentils et les vilains méchants.


 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/77/96/35/19719784.jpgL'irréprochable gentil blond et le viceux méchant aux cheveux noirs

 

 

  Je trouve que le gentil, souvent... c'est un con, franchement.

  Pourquoi je dis ça ? Parce que je les trouve très obtus, ces héros. Oh, oui, ils sont pleins de bonnes intentions, et ils veulent civiliser la planète pour vivre au pays des Bisounours, tout ça tout ça... mais dans leur vision du monde, il n'y a pas de place pour d'autres points de vue que le leur. Ils symbolisent à merveille cet Occident paternaliste et autrefois colonialiste qui prétend sans se remettre en question qu'il va apporter le progrès et la civilisation partout où il passe.

Plus le temps passe, et moins j'aime les gens qui veulent faire croire que eux, ils savent ce qui est bon pour nous. Ils ont beau emballer tout ça dans de la guimauve, je ne peux pas m'empêcher de penser que cette attitude a le tronc pourri à sa base.

  Ils font exactement ce qu'ils disent vouloir empêcher les "méchants" de faire, à l'image de ces fervents défenseurs de la démocratie qui bloquaient ma fac pendant les grèves contre le CPE, en faisant des pieds et des mains pour que notre vote (contre le blocage) ne soit pas pris en compte. Ils nous tenaient sans arrêt de grands discours sur la liberté, le libre arbitre, et la démocratie, mais leurs méthodes étaient tout sauf démocratiques.

  Allez vous promener au milieu de partis politiques et d'associations qui disent oeuvrer pour le bien commun, et je vous garantis que vous tomberez toujours sur des gens qui cherchent avant tout à s'imposer eux-mêmes, et leur mode de pensée.

 

  Mais assez parlé des gentils, ce sont les méchants qui m'intéressent.

  Quand j'étais petite, je jouais aux barbies.

  Jusqu'ici rien de surprenant, sauf que j'y jouais avec mon frère, et nos scénarios ressemblaient plus à des thrillers et à des films d'espionnage qu'à des comédies romantiques. Je vous raconte pas le nombre de dealers et de psychopathes à qui on est allés casser la gueule. Mes voitures ont morflé d'ailleurs. Le camping-car, aussi. Trop d'embuscades...

  Mais je m'égare. Je vous raconte ça parce que bien-sûr, nous faisions toujours gagner les gentils. Enfin, mon frère les faisait gagner, étant donné que c'est lui qui décidait du tournant que prenait l'histoire. Moi, je n'étais là que pour répéter les répliques qu'il attribuait à mes poupées ("et alors là, tu dirais ça ! Mais non, pas comme ça !!" - un vrai réalisateur capricieux en herbe). Je ne protestais pas, mais intérieurement, j'éprouvais de la compassion pour ces personnages de vilains qu'on inventait, et qui finissaient invariablement vaincus, malheureux, et submergés par  les échecs. Je ne pouvais pas m'empêcher de me dire que ce n'était pas étonnant qu'ils soient de mauvais poil tout le temps, avec le manque de bol qu'ils avaient dans la vie et tout l'acharnement dont ils faisaient l'objet. Toujours malheureux, toujours en échec, et toujours rejetés par tout le monde.

  Et puis un jour, je me suis rebellée. Je me suis fâchée, et j'ai demandé pourquoi le méchant, il gagnait jamais. Enfin, la méchante, en l'occurrence, parce que j'avais quand même beaucoup moins d'exemplaires de Ken, et le peu que j'avais servaient de chéris aux héroïnes (un homme, ça sert à rien d'autre que se reproduire, je vous l'ai pas déjà dit ?). Après une âpre négociation, j'ai enfin obtenu gain de cause pour cette brave Nathalie (ouais, ça m'a tellement marquée que je me souviens encore de son nom, et même de la robe que je lui avais mise). Je crois que c'était la meilleure fin qu'on ait inventée.

 

  Au fond, je n'aime pas trop ce lynchage en règle des méchants, parce que, tout comme Tom Hiddleston (celui qui incarne Loki, pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore), je crois que les "méchants" de ce monde ne sont pas conscients de l'horreur de leur conduite. Ils croient vraiment faire pour le mieux, et sont avant tout des personnes en souffrance.

  Oui, voilà, c'est ça. Je suis devenue endurante aux mauvais traitements, parce qu'à chaque fois, je me dis que pour en être réduit à ces extrémités, la personne en face de moi doit être à l'agonie. Et de penser ça, ça me fait toujours remuer un truc dans le ventre. Parfois, même, ça perturbe mes glandes lacrymales.

 

  Et des fois je me dis que le monde se porterait peut-être mieux si les traditionnels gentils essayaient davantage de comprendre et de réconforter les "méchants" au lieu de juste leur casser la gueule.

 

 

Crédits : Allociné

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