Shining : traduire, c'est trahir (mais parfois, il vaut mieux)
J'ai lu déjà beaucoup de livres de Stephen King, mais je n'avais encore jamais lu Shining.
Après avoir revu le film en fin d'année 2024, j'ai senti que c'était le moment, et j'ai profité aussi de la sortie de la nouvelle traduction pour me lancer. Si vous voulez savoir ce que je pense de l'histoire, je vous invite à lire mon autre article à ce sujet (Shining, hysterie mascunazie et shelley-duvall), car ici je vais parler de la traduction.
C'est un grand roman, mais je regrette un peu de l'avoir lu en français. Et si j'en crois ce que j'ai entendu d'autres lecteurs, il vaut mieux lire le King en VO, si on en a la possibilité. C'est vrai que j'ai parfois tiqué en lisant Salem et Christine, mais je ne me souviens pas avoir été gênée par Simetierre, ni le plus récent et excellent Après. Alors, quand j'ai su que ce grand classique de sa bibliographie serait retraduit, je me suis vraiment réjouie. C'était nécessaire, et une bonne nouvelle pour tous ses lecteurs francophone.
A ma grande déception, je n'ai pas toujours trouvé la nouvelle version très fluide, bien qu'elle a indéniablement le mérite d'actualiser le texte et de le restaurer dans son intégralité. J'ai rapidement eu envie de comparer les traductions, d'ailleurs, alors je me suis pris un deuxième exemplaire, dans la première traduction. Expérience éminemment intéressante, mais qui a ralentit ma lecture. La première était plus ampoulée, mais assez claire. La deuxième est beaucoup plus fidèle au texte original, mais parfois peine à se détacher de formulations très anglophones, ce qui la rend occasionnellement confuse.
Je n'ai pas lu les deux exemplaires côte à côte par manque de temps, mais j'ai comparé certains passages, dont un en particulier que j'avais trouvé assez confus. La première traduction était plus claire, mais ampoulée et un peu laborieuse. La nouvelle, elle, était plus jolie, mais plus confuse, au point que je n'en avais pas compris le sens.
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Mais pour juger vraiment, j'ai relu le passage en anglais quelques temps plus tard : il faut reconnaître que ce n'est pas très heureux en anglais non plus, mais aussi que ce sont des tournures difficiles à rendre en français.
Un autre passage m'a rendue très perplexe, car je l'ai trouvé d'un mauvais goût un peu gratuit et inopportun. Mais alors, quelle surprise lorsque j'ai voulu voir comment le premier traducteur s'y était pris : il avait tout simplement été supprimé ! Je me suis demandé si c'était parce qu'il en avait pensé la même chose que moi, et j'ai eu besoin d'en avoir le coeur net : qu'avait écrit King ? Etait-ce une erreur de traduction, une simplification de son propos ou une surinterprétation ? Le texte original en anglais est clair : il a bien écrit cette phrase étonnante. On aime ou on aime pas, mais je comprends mieux son absence dans la première version... peut-être que dans ce cas précis, le trahir était lui rendre service.
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J'en suis venue à plusieurs conclusions :
1) Lisez King en anglais, autant que possible, quand ce sont des textes un peu anciens.
2) La première traduction était véritablement une trahison de l'intention de l'auteur à mon sens, tronquée de nombreux passages singuliers qui participaient vraiment à construire une atmosphère étrange et angoissante. Cela ne veut pas dire que c'est le traducteur qui a souhaité effectuer ces coupes, car ce genre de pratiques éditoriales étaient courantes à une époque. Merci donc à l'éditeur et au nouveau traducteur d'avoir fourni ce travail.
3) J'aime beaucoup Stephen King, mais alors que son style a la réputation d'être assez simple et direct, il m'apparaît finalement assez difficile à traduire sans en perdre la fluidité.
4) GG à Marina Boraso, la traductrice d'Après.
5) Shining est un pur chef-d'oeuvre parce que même maladroitement traduit, et amputé, ce roman est marquant et profondément dérangeant.
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