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Zelda, Princesse bibliophile

L'Exception - Audur Ava Olafsdottir (Zulma, 2014)

8 Juillet 2020, 17:15pm

Publié par Zelda

Histoire de me reconnecter avec le monde de la littérature mainstream actuelle, j’ai entrepris de lire trois romans, de trois auteurs de nationalités différentes. Le mot d’ordre : pas de fantasy ni de SF, cette fois.

Je n’ai pas choisi la première autrice par hasard : je voulais lire Miss Islande de Audur Ava Olafsdottir avant même qu’il reçoive le prix Médicis étranger. Malheureusement, qui dit prix, dit très demandé. Il n’était pas sur les étagères, mais il y avait quelques autres titres d’elle, alors j’en ai pris un après avoir parcouru les résumés : l’Exception.

 

L'Exception - Audur Ava Olafsdottir (Zulma, 2014)

 

L’histoire de l’Exception est simple, et tient en peu de mots. Nous suivons Maria, travaillant dans l’humanitaire et mère de deux adorables jumeaux de 2 ans et demi, qui cherche à se reconstruire après la rupture avec son mari, Floki, le soir du Nouvel An. Heureusement, sa charitable voisine, naine, conseillère conjugale en ligne le jour et écrivaine la nuit, veille sur elle.

 

Le début de ce roman sonne comme une fin : lorsque nous entrons dans le monde de Maria, c’est pour voir celui-ci s’effondrer, et notre héroïne sombrer dans un sentiment d’incompréhension totale. L’histoire qu’on nous raconte ici, ce n’est pas tout à fait celle d’une rupture, mais plutôt celle d’une lente reconstruction. Pour Maria, la perte de son mari est une perte de sens. Mais l’autrice exploite cette rupture comme l’occasion d’un voyage initiatique, qui mènera Maria à la (re)découverte de ce qui compte pour elle.

A l'inverse, la fin du livre a tout d'un début. On retrouve en filigrane dans toute l'oeuvre ce va-et-vient entre commencement et achèvement, qui en brouille les frontières.

Cette femme qui se rencentre sur son identité et ses envies m’a beaucoup touchée. Mais au-delà de l’histoire, c’est le traitement qui en est fait qui m’a vraiment emportée.

 

La différence entre la vie et la fiction, c'est que dans la vie, il est souvent difficile d'assigner avec précision un point de départ à quoi que ce soit.

 

L’autrice joue avec les souvenirs de l’héroïne, nous rappelle que notre mémoire est faillible, qu’elle réécrit sans cesse les faits avec le temps qui passe et les ruminations qui s’empilent, au point de les déformer, et de nous plonger dans la confusion. Cela confère à la narration une sorte de recul, et permet d’explorer également les non-dits et le déni sur lesquels on peut s’appuyer pour enjoliver une relation, de la même façon qu’on peut éplucher couche après couche d’un oignon, avant d’atteindre enfin le point où on en souffre. Jusqu’au point où, le temps aidant, on commence à se rappeler des détails qui nous avaient échappés sur le moment, et qui sont si révélateurs qu’on se demande comment on a pu ne pas les voir, éclairant d’un jour nouveau tout ce que l’on prenait pour acquis.

 

J’ai également aimé la justesse avec laquelle l’autrice dépeint la sidération que traverse Maria au début du roman, entre pur choc émotionnel, incompréhension, et rejet d’une réalité trop douloureuse parce qu’elle remet en cause ce qu’elle prenait pour un fondement de sa vie. Toute la trajectoire du personnage m’a fascinée, par la sensibilité, la délicatesse avec lequelle elle est décrite.

 

Enfin, tout cela est servi par une plume assez poétique, qui m’a donné l’impression d’évoluer dans du coton à chaque fois que je lisais. Et même si le style est recherché, c’est juste assez pour sonner juste ; il n’est jamais prétentieux ou abscons, ne vous laisse jamais de côté. Il parle au coeur, plutôt qu’au cerveau.

 

Au-devant de moi s'étend une immensité de temps, tout un désert à mon usage exclusif.

 

Cette lecture a donc été une excellente surprise pour moi. J’ai dévoré ce livre en quelques jours et me suis comportée comme une adolescente amoureuse : j’avais envie d’en parler à tout le monde. Je suis bien décidée à lire d’autres œuvres d’Audur Ava Olafsdottir !

 

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