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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 11:14

  Salut les lecteurs !

 

  Ca faisait longtemps que je vous avais pas parlé de ciné, hein ? Alors on va y remédier. Et en plus, cette fois je vous en fais deux pour le prix d'un ! Oui parce que je suis allée au ciné deux fois ce weekend, d'abord pour voir Cloud Atlas, fresque ambitieuse, et Warm Bodies, aux ambitions affichées de... version zombie de Twilight. Et contre toute attente, j'ai une plus haute opinion du second que du premier. Et les deux m'ont donné matière à réfléchir, alors je vais vous parler des deux.

 

  Commençons par Cloud Atlas.

 

 

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  Je vais pas vous refaire le synopsis mais je vous rappelle que le principe c'est de nous montrer plusieurs histoires en parallèle, qui se déroulent à des époques différentes et mettant en scène une sorte de continuité entre certains personnages (je suppose qu'on peut parler de réincarnation, même si les caractères peuvent varier légèrement pour certains - par exemple, deux Tom Hanks gentils et un méchant). C'est donc une sorte de puzzle, déroutant au début, puis qui commence à faire sens petit à petit, une fois que les morceaux se rassemblent. Beaucoup se plaignent de l'effort intellectuel à faire, alors au risque de passer pour une prétentieuse, je trouve que franchement, ça va. Oui, c'est sûr, c'est pas le scénario de Transformers. Mais bon, ça va, être attentif suffit, je pense, à comprendre, sinon les subtilités, au moins l'essentiel.

 

  Le but de cette grande fresque de presque 3h est de démontrer, à travers une multitude de destins croisés, ce qu'est la nature humaine. Le film repose sur deux grands thèmes de base. Le premier est que chaque rencontre - et certaines plus que d'autres - a une incidence sur notre trajectoire dans la vie. Ainsi, certains personnages se recroisent pour changer le monde à plusieurs époques différentes. Une idée sous-jacente à ce grand thème est que nos actes ont des conséquences sur les autres, un peu comme le coup du papillon. Autre idée qui va avec, c'est qu'à plusieurs, on fait des choses qu'on n'aurait pas pu faire seul.

  Le deuxième thème est qu'il y a, qu'il y aura toujours, une lutte sans merci entre les dominants, les grands de ce monde, et les dominés (les minorités opprimées quoi). Un propos un peu communiste donc, qui illustre la lutte des classe d'une manière peut-être un peu trop facile à mon goût (on pourrait presque voir ça comme un exercice didactique pour expliquer les concepts de prolétariat et de lutte des classe). Les dominants, bien-sûr, sont généralement des hommes blancs (même si éventuellement on leur bride un peu les yeux pour faire genre) assez méchants et cupides, et les dominés sont représentés par un éventail plus large de noirs, d'homos et de femmes. On leur fait même parfois cumuler (la femme asiatique, la femme noire). Tout ça, ce sont des codes faciles à percevoir et relativement pertinents étant donné le propos qu'ils cherchent à illustrer, et comme je suis convaincue que les rapports humains se résument, grosso modo, à savoir qui va dominer l'autre, j'ai plutôt adhéré à cette partie du discours.

 

  Avec ces deux thèmes, Cloud Atlas devait être pile poil fait pour moi. Il aurait dû me parler, m'illuminer, m'apporter réflexion et enrichissement personnel. Et d'une certaine manière j'ai été enchantée.

  Mais (oui il y a un mais), l'ampleur de la fresque et la complexité du montage ne masquent qu'à moitié le côté manichéen un peu trop facile à mon goût de l'ensemble. Je trouve dommage que tous les personnages de dominés soient foncièrement bons et que tous les dominants soient franchement puants (ah, le vilain grand patron d'entreprise !), parce que je pense que la vie, c'est un peu plus compliqué que ça.

  D'une part, il n'y a qu'un bourgeois de gauche pour croire au mythe du gentil prolétaire (enfin j'espère), parce que pour avoir grandi au milieu des paysans, je peux vous dire qu'ils ne sont pas forcément meilleurs que les autres en termes d'humanité, de moralité et d'altruisme. Donc je ne peux pas souscrire à leur schéma du gentil oppressé vs le méchant oppresseur.

  D'autre part, je crois plutôt, comme il est développé dans le film l'Etrange pouvoir de Norman, que j'ai vu cet été (et qui pour le coup me paraît moins superficiel dans son propos) que si les opprimés s'étaient retrouvés dans une position de dominants, la majorité d'entre eux auraient aussi opprimé les autres. En gros, selon qu'on est oppresseur ou opprimé, on trouve ça normal ou pas. Notre lutte contre les discriminations et l'injustice peut alors se retourner contre nous, et on peut finir par se retrouver à maltraiter ceux à qui on reprochait de maltraiter les autres, exactement de la même manière qu'eux. Comme l'a fait remarquer un de mes amis aujourd'hui d'ailleurs : "l'ennemi est con, il croit que c'est toi l'ennemi". Et c'est peut-être ça qui m'a manqué : un peu de relativité et d'humilité, afin d'éviter le manichéisme.

 

  Mais c'était bien quand même.


 

  Passons donc à Warm Bodies.

 

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/68/60/20477287.jpg

 

 

  Pour faire court, c'est l'histoire d'un zombie qui tombe amoureux d'une nana qui est bien vivante. Cette histoire d'amour va permettre, non seulement au héros amoureux mais aussi à ses copains zombies, de renouer avec leur humanité perdue.

 

  Comme dans Cloud Atlas, l'influence que les rencontres ont sur nos vies est centrale. Dans un film comme dans l'autre, les rencontres sont porteuses de mouvements, de changements, d'accomplissements divers et variés. Le rapport à l'autre est indissociable de ce qui nous fait changer et/ou avancer.

  Mais là où Cloud Atlas se veut être une grande dissertation qui nous révèlera le sens profond de la vie humaine, Warm Bodies n'a que la prétention d'être une jolie histoire d'amour avec des zombies dedans, un peu à l'instar de ce que Twilight est aux vampires, avec plein de bons sentiments à la fin. Craignant le pire, mais rassurée par les bandes annonces, je ne savais pas trop à quoi m'en tenir, alors j'ai bougé mes fesses pour les poser au cinéma. Et finalement, je suis contente de l'avoir fait.

  Alors, oui, c'est tout chou tout niais, MAIS le film évite brillamment le pathos dégoulinant, la situation des personnages suffisant déjà amplement. Il y a quelques passages horribles (sur un plan psychologique surtout) mais ce n'est pas poussif. Evidemment, il y a un parallèle complètement abusé et pas du tout subtil avec le Roméo et Juliette de Shakespeare : entre les héros, Julie et R le zombie qui ne se souvient que de la première lettre de son prénom, et la merveilleuse scène du balcon, où je m'attendais vraiment à l'entendre pleurnicher "oooh, R, pourquoi es-tu R ?", il ya de quoi faire sourire. Heureusement c'est fait avec humour, et ils ont eu le bon goût de s'arrêter en chemin.

 

  Mais ce qui m'a vraiment plu, c'est que le traitement du sujet est à l'opposé de la vacuité de Twilight. Je ne dis pas que c'est une grande oeuvre de philosophie, loin de là, et le film assume sa légèreté, mais même si ça reste une jolie bluette pseudo-fantastique, c'est une jolie bluette pseudo-fantastique intelligente. Je dis intelligente dans le sens où pour une fois, mon plaisir n'a pas été gâché par tout un ramassis de clichés (contrairement à Cloud Atlas), ni sexistes, ni racistes. Il y en a pour les quotas, oui, mais point de meilleur ami noir qui meurt, point de vilain russe psychopathe, point de bonnasse-badass ni de grand héros. Enfin, si, le zombie est un héros, mais s'il sauve la vie de l'héroïne, elle, elle le ramène à la vie... alors j'ai envie de dire, 1 partout, la balle au centre. J'aime cette réciprocité, qui est d'ailleurs reproduite dans le rapport entre humains et zombies en général. Il y a aussi une petite scène au début qui se moque des personnages de bonnasse-badass en nous collant un ralenti ridicule sur l'héroïne (et complètement assumé), mais si elle est une femme "forte", elle est aussi fragile. Humaine, quoi. Et les personnages masculins sont pareils, avec leurs forces et leurs faiblesses, qui ont assez peu à voir avec ce qu'ils ont entre les jambes.

  Le propos du film est simple et basique, mais efficace : l'amour rassemble, l'amour apporte la réconciliation et la rédemption à celui qui y est disposé.

  Et puis, malgré le côté romantique qui va énerver certains puristes du genre qui voudraient que rien ne change jamais (personnellement, je trouve que ce qui est le plus intéressant dans la fiction de zombies et de vampires, c'est la façon dont elle évolue avec nos moeurs à nous, mais bon), il y a quelques apports à la figure du mort-vivant que j'ai trouvé fort à-propos. Les zombies qui ont atteint un point de non-retour dans leur déshumanisation, contrairement aux autres, ont perdu toute apparence individualisée. Ce sont tous les mêmes, des squelettes noirs et terrifiants, alors que les autres, s'ils sont complètement léthargiques, et sans aucun souvenir de leur vie passée, ont encore une apparence humaine, et parfois, des réflexes humains (comme reproduire les gestes de leur emploi passé). L'amour et la solidarité réveillent les souvenirs endormis de ces derniers, qui peu à peu, réapprennent à être humain. Mais c'est uniquement grâce à l'aide des vivants qu'ils parviennent à achever cette guérison. Autre chose, c'est que le héros nous explique pourquoi les zombies aiment manger des cerveaux : ils récupèrent les souvenirs de leurs victimes. C'est une sorte de drogue qui leur procure des sensations perdues. Je trouve - moi personnellement, vous êtes pas obligés d'être d'accord - que c'est une super idée d'expliquer ça comme ça.

   Cerise sur le gâteau, le personnage principal est attachant, drôle - surtout quand il ironise sur ses difficultés de zombie à séduire sans avoir l'air effrayant - et l'acteur qui l'incarne m'a vraiment épatée.

 

  Rien à voir, donc, avec Twilight, sa distribution sexiste des rôles, son vampire boule à facettes et son traitement superficiel des émotions humaines.

 

  Résultat de mon weekend ciné ? J'ai vu un film qui se veut pour gens intelligents, et un autre qui ne prétend que divertir, et finalement, j'ai trouvé le deuxième à la fois plus touchant et plus intelligent. En plus, il est plus court.


 

Crédits : Allociné

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commentaires

Kadcom 05/04/2013 12:26

Cloud Atlas j'avais prévu de le voir mais peut être pas warm bodies. C'est marrant dans mon idée le premier était plus profond que le 2ème. Je vais peut-être changer d'avis du coup.

Reika 05/04/2013 19:35



Le premier se veut plus profond que le 2e, mais disons que je le trouve pas tellement plus profond que ça, en fait... Je te garantis pas que tu vas aimer Warm Bodies hein, je dis juste que j'ai
préféré celui-là :). Je pense que les deux sont pas mal à voir.